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Mardi 2 septembre 2008

Trois éléments m'ont marqué dans BATMAN BEGINS : la bagnole tout-terrain du vengeur masqué, son trip en Asie et sa voix ultra-caverneuse. En dehors de cela, il s'agissait d'un bon divertissement qui relevait sensiblement le niveau des deux précédents épisodes (pas très difficile). Le choix de Christopher Nolan, un adepte de la géométrie sombre et du flash-back, semblait judicieux pour relancer cette franchise en perte de vitesse et évidemment, on a refait appel à lui pour cette suite. Beaucoup a été écrit sur The Dark Knight : un épisode apocalyptique, la prestation hallucinante de feu-Heath Ledger, les frontières de plus en plus ténues entre le bien et le mal. Soit. Je vais tâcher de ne pas répéter les mêmes choses, tout au plus nuancer certaines affirmations. Batman, toujours incarné par l'excellent Christian Bale (AMERICAN PSYCHO, LE MACHINISTE), s'est imposé comme un justicier efficace qui a fait le ménage dans les rues sordides de Gotham City, si bien qu'il collabore étroitement avec la police de la ville, et plus précisément le commissaire Gordon (G. Oldman). Par ailleurs, le brillant procureur Harvey Dent (A. Eckhart) se profile comme l'avenir radieux de la mégapole, capable d'apporter l'espoir et la justice au sein d'une cité qui voit paradoxalement grouiller les malfrats de tout poil. En somme, les perspectives sont plutôt positives jusqu'à ce qu'un nihiliste barbouillé fait son apparition : le Joker, ennemi ultime de la chauve-souris interprété par Jack Nicholson dans le premier volet de Tim Burton. Nolan prend le parti intéressant de nous dévoiler une facette différente du bouffon ; celui-ci, plutôt que de parader en dandy, porte un costume élimé et un maquillage trashy. En somme, il ressemble davantage à un musicien de SLIPKNOT qu'au clown du cirque d'à côté. Un point commun, cependant, constitue l'habileté avec laquelle il parvient à liguer les uns contre les autres et à mettre au point des situations machiavéliques. Heath Ledger, au sujet duquel les anecdotes ont plu concernant sa façon d'aborder le personnage, a intégré une dimension bien plus dérangeante, faisant de lui un paria incontrôlable et torturé. Il est clair que son interprétation laissera une marque indélébile au panthéon des gros méchants, tant sa présence provoque chez le spectateur un curieux mélange d'inquiétude et de rires nerveux. Dommage, en effet, que l'acteur nous ait quitté d'une façon si tragique (notons que seuls les naïfs croiront que l'on peut absorber accidentellement trente comprimés de somnifères), cet élément réhaussant inconsciemment notre jugement.

 

 

Un Joker, deux approches...

 


Même si la prestation mirifique de Ledger ne manque pas de nous impressionner, il serait injuste de ne pas louer également le jeu des autres comédiens : C. Bale parvient avec beaucoup de classe à passer de l'élégant Bruce Wayne (mention à son entrée fracassante avec trois bimbos lors d'une fête) au sombre justicier épaulé par Alfred, son majordome et confident (M. Caine). On constate avec un certain plaisir que Katie Holmes a cédé sa place à Maggie Gyllenhaal pour le rôle de Rachel Dawes. Celle-ci s'est désormais éloigné de Wayne pour tomber dans les bras de Dent, dont la représentation de la justice semble lui convenir davantage. Néanmoins, on remarquera que Nolan ne fait pour ainsi dire qu'effleurer la tension que ce choix provoque chez Bruce Wayne. Le réalisateur préfère proposer une discussion sur le statut de superhéros, déjà longuement étudiée dans WATCHMEN, la fantastique bande-dessinée d'Alan Moore bientôt portée à l'écran. Redresseur de torts ou pas, Batman n'en demeure pas moins un hors-la-loi qui, au moindre accroc, devra subir l'ire du peuple, comme le lui fait remarquer le Joker.

 


Du point de vue esthétique, Nolan poursuit le travail entamé avec Batman Begins, à savoir un univers crépusculaire et carré, orchestré par une bande originale du même acabit (Hans Zimmer et James Newton Howard). Fort heureusement, il évite de trop s'apesantir sur des bagarres interminables ou des détails technico-futuristes, si l'on excepte la scène un peu lourde du téléguidage par fréquences radio piloté par Lucius Fox (Morgan Freeman, assez discret). L'humour habituellement présent dans les dialogues se fait également assez rare et laisse la place à un sentiment d'insécurité, d'une population déliquescente et en manque de repères. En cela, The Dark Knight devient presque symptomatique de notre société emplie de doutes, l'aspect entertainment en plus...



BATMAN : The Dark Knight

USA – 2008

réalisé par Christopher Nolan

Avec Christian Bale, Heath Ledger, Gary Oldman, Aaron Eckhart

 













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