Le Concert (R. Mihaileanu, 2009)

Publié le par Systool

Chef d'orchestre dirigeant l'orchestre du Bolchoï dans les années 70, Andrei Filipov (Aleksei Guskov) est démis brutalement de ses fonctions lorsque le gouvernement de Brejnev, alors au pouvoir, apprend que des musiciens juifs font partie de sa troupe. Désormais, Andrei récure les toilettes du théâtre, mais les grandes symphonies des maîtres russes défilent toujours dans sa tête. Et un jour, alors qu'il lustre le bureau du directeur de l'établissement, il tombe sur un fax émanant du théâtre du Chatelet qui propose au fameux orchestre moscovite un concert unique, prévu deux semaines plus tard, le Philharmonique de Los Angeles s'étant désisté. Ni une ni deux, Andrei décide de donner vie à une idée fulgurante : répondre à M. Duplessis (François Berléand), le directeur du Chatelet, et réunir ses amis musiciens avec qui il n'a plus joué depuis 30 ans, pour un événement qui lui permettra pour ainsi dire de prendre sa revanche sur le passé.


Il faut environ 3 minutes à Radu Mihaileanu pour poser le décor, ou plutôt la partition. Et les deux heures qui vont suivre nous narrent comment Filipov est parvenu à réunir son équipe et obtenir les fonds pour arriver en grande pompe à Paris. Une fois sur place, il reste à gérer les répétitions et enfin, en point d'orgue, si je puis me permettre, ce fameux concert où l'on a l'insigne honneur d'écouter des extraits du Concerto pour violon de Tchaïkovski (Op. 35). Bien entendu, il faut mentionner également l'histoire parallèle avec Anne-Marie Jacquet (Mélanie Laurent), la soliste qu'Andrei souhaite à tout prix avoir dans son orchestre et le lien encore trouble qu'il entretient avec elle. La trame est simple, puisqu'elle est résumée ci-dessus. Mais là n'est pas le problème, à la limite : parvenir à berner tout le monde avec un e-mail et un coup de téléphone en se faisant passer pour la direction du Bolchoï, c'est fort en café, mais comme il s'agit d'un film, on a envie de dire que c'est la magie du cinéma. Là où la magie n'opère pas, c'est dans le traitement de Mihaileanu, le réalisateur du pourtant excellent Va, vis et deviens, témoignage subtil d'une enfance déchirée par la religion.

 

Le Concert


Dans Le Concert, les Russes sont soit des communistes alcooliques et incontrôlables, soit des papes du méthane dont le mariage prend des airs de decorum romain se terminant immanquablement par une descente de mafieux armés de kalachnikov. Les amis musiciens juifs, une fois à Paris, en profitent pour vendre du caviar et des téléphones portables tandis que les tziganes falsifient des passeports. Ces caricatures effroyables sont dépeintes par un réalisateur roumain, juif et fils de communiste et on laissera chacun se faire son idée de leur véracité. C'est plutôt le manque de subtilité qui dérange : Mihaileanu filme pendant deux heures le périple de la troupe en accumulant les lieux communs, les clichés et, sur la fin, les révélations tire-larmes. La structure binaire du récit avec a) un problème qui se profile et b) sa solution, devient par ailleurs vite lassante. Berléand, d'habitude caustique, n'est pas suffisamment présent pour réhausser le niveau et finalement, seul le duo Filipov et son ami Sacha (D. Nazarov) sauvent les meubles.


Demeurent quelques moments de franche rigolade, notamment les approximations francophones des personnages russes, mais c'est bien peu pour un Concert qui prend bien vite des allures de fiasco. Alors que la scène finale devait représenter un moment émouvant, où la musique et les images confinent au sublime, elle est entrecoupée de flash-forwards totalement imbéciles. La critique a été très mitigée, mais le public français a répondu présent, sans doute parce qu'en termes de cinéma, il n'y a rien à se mettre sous la dent en cet hiver bien morne. Pour ma part, ce Concert ne représente qu'un sous-Kusturica à la sauce Choristes : caricatural, lourdingue et larmoyant.

 

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Le Concert

France – 2008

Réalisé par R. Mihaileanu

Avec A. Guskov, D. Nazarov, M. Laurent, F. Berléand

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SysTooL 05/01/2010 09:21


Ah c'est marrant... tout le monde autour de toi a aimé ce film? Non, effectivement, c'est pas très bon, tout ça... :-)


dasola 05/01/2010 06:53


Bonjour Systool, ah, je me sens moins seule. Concernant les étoiles j'en aurais mis 1/2 pour Tchaikovski, à part ça, le film est nul. Bonne journée.


SysTooL 04/01/2010 13:01


C'est clair. Malheureusement, il ne s'agit pas du seul point noir du film, loin s'en faut...


Thierry 04/01/2010 13:00


Mon agacement face à Berléand, c'est qu'on sait d'avance "ce qu'on va voir".

Il est effectivement toujours dans le même registre / gamme.
Il a un jeu, je trouve, assez monolithique.
Moins que Clavier, c'est certain ^^


SysTooL 04/01/2010 11:27


Ah moi j'aime bien, Berléand, en général... même s'il joue un peu toujours le même rôle...