KULA SHAKER : Peasants, Pigs & Astronauts (chronique, 1999)

Publié le par Systool

Faisant office de bombe à défragmentation lors de sa sortie, l'album K des sautillants KULA SHAKER est resté dans les esprits et dans l'histoire des charts britanniques comme un condensé de pop rock psychédélique avec trente ans de retard. Menés par l'intrépide Crispian Mills, enfant d'artistes gâté, turbulent et versé dans le prosélytisme hindou, les secoués font paraître un deuxième album en guise d'épilogue : Peasants, Pigs & Astronauts. Oui, déjà. Le soufflé est retombé et la controverse au sujet d'une fameuse interview donnée par Mills au NME n'y est pas forcément étrangère. Faisant l'apologie de la swastika (dans sa forme hindouiste) et citant Hitler dans la même phrase, Crispian Mills nous a montré toute l'étendue de sa naïveté. Les tentatives de justifications ayant suivi n'ont pas été suffisantes et le public et la presse ont boudé ce Peasants, Pigs & Astronauts, pourtant très réussi. Par chance, la formation remet les couverts quelques années plus tard avec Strangefolk, toujours entouré d'une certaine indifférence.

 

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C'est Great Hosannah qui fait office de baptême du feu. Les KULA SHAKER nous délivrent un aperçu de leur talent d'instrumentistes avec une dizaine de plans béton en intro : arpèges classieux, funk débridé, riffs électrifiés au cordeau. Vous remarquerez que nombre de groupes ne sont pas fichus de proposer de telles trouvailles pour un album entier! Mais c'est la voix maléfique de Mills qui nous subjugue, celui-ci passant sans crier gare du velours au papier de verre. La grand messe est annoncée et ses disciples enchaînent avec Mystical Machine Gun, cocktail enivrant de sonorités indianisantes et de pop rock musclée, à l'image du riff ouvrant le refrain. Le talent des Shakers réside dans l'assemblage de ces sonorités psyché et d'une baba cool attitude digne de BECK – assez éloquent sur le couplet ou la conclusion. Le final apocalyptique, avec force voix mégaphonées annonçant la fin du monde, n'est pas sans rappeler les diatribes désespérées de Roger Waters sur The Wall. Comme par hasard, on retrouve Bob Ezrin à la prod de ces deux albums... Sur S.O.S., le titre suivant, c'est URIAH HEEP et DEEP PURPLE qui s'invitent pour une partouze de tous les diables : riffs bancals, claviers tremblotants, cuivres enflammés, solos de guitare magmatiques. Pas de doute, THE MARS VOLTA aurait dû en rester là, plutôt que de partir dans ses trips abscons.

 

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A cet instant, on se dit qu'on tient entre les oreilles le classique oublié du Summer of Love, celui de quatre anglais qui réinventent le rock psychédélique en cette fin de millénaire. Malheureusement, l'album comprend aussi quelques creux comme Radhe Radhe, ode aux radis made in India, dont la deuxième partie est cependant sympathique. Suit la ballade mélancolique de rigueur, I'm still here, avant un nouveau coup de boutoir : la déferlante poppy Shower your Love. On prend conscience du génie compositionnel de Mills qui mèle une nouvelle fois ses influences orientales avec les icônes de la pop anglaise des années 60, BEATLES et KINKS en tête. L'escalator n'est toujours pas en panne et on poursuit donc l'ascension avec 108 Battles (of the Mind), qui dégaine son harmonica frénétique et ses claviers déglingués. Sound of Drums, premier single, navigue pour sa part dans des contrées lysergiques en empruntant le Golden Gate de San Francisco sans oublier au passage le keyboard facétieux des DOORS. Nouvel arrêt avec la pénible Timeworm, qui cède sa place à Last Farewell, resucée sous barbituriques de Great Hosannah. On a droit à un kaléidoscope tridimensionnel avec Golden Avatar et sa guitare couillue, livré clés en main en compagnie de son intermède « George Harrison barbote dans l'aquarium après avoir fumé huit pétards ». Il est temps de mettre les voiles avec la contemplative Namami Nanda-Nandana, énième composition aux accents indiens. On ne se refait pas.

 

Malgré un parcours quelque peu en dents de scie, KULA SHAKER montre qu'il maîtrise son sujet avec ce deuxième album injustement boudé par la critique, qui met en valeur la qualité de son musicianship et des morceaux colorés en dépit de certains choeurs « Peace and Love » qui raviront le hippie qui sommeille en vous. Allez, Crispian, fais pas le con, contente-toi de jouer de la musique, tu le fais mieux que personne! (C) Systool, 3/2010

 

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KULA SHAKER – Peasants, Pigs & Astronauts (Columbia, 1999)

 

 

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SysTooL 29/10/2010 20:36



Ah oui, je sais bien. Mais bon, si on parlait de l'album? ;-)



dr frankNfurter 29/10/2010 18:04



Valable je ne sais pas. Mais disons qu'il y a quelques exemples de dérapages semblables provenant de personnes qui n'étaient pas totalement sain de corps et d'esprit... comme Bowie et son salut
nazi et ses itws de l'époque qui étaient pas mal non plus.



SysTooL 29/10/2010 18:01



Ah ça, je sais pas... c'est une excuse valable?



dr frankNfurter 29/10/2010 17:46



et bon, dire aussi que l'Angleterre aurait besoin d'une personne comme Hitler


Ah, parce que là, lui, il n'a pas l'excuse d'être alcoolique ou junkie pour sortir des âneries pareils?



SysTooL 26/10/2010 12:21



Disons que ce n'était pas malin, comme sortie... et bon, dire aussi que l'Angleterre aurait besoin d'une personne comme Hitler, ce n'est pas non plus très fin...


Après, au-delà de ces considérations politiques, KS demeure en effet un groupe en marge, totalement à part dans la scène british. Leur dernier album, que j'ai apprécié mais sans plus,
a le mérite d'aller fouiller dans d'autres directions