Nicolas Gogol : Les Ames mortes

Publié le par Systool

Prononcer le nom de Gogol revient en quelque sorte à dévoiler un pan mystérieux de la littérature russe, et plus précisément Les Ames Mortes, son seul roman. Il lui aura fallu cinq ans et de nombreux voyages en Europe pour mettre un point final à cette oeuvre inspirée par son maître, Pouchkine. A la fois ode exaltée à sa patrie et surtout portrait de la médiocrité de l'individu, Les Ames Mortes avait été pensé comme un triptyque, dans le même ordre d'idées que La Divine Comédie de Dante. Seul l'enfer aura percé de l'esprit de Gogol, puisqu'il ne fera qu'ébaucher son « purgatoire » avant de mourir d'inanition, perdu dans ses délires mystiques de sauver la grande Russie.

 

gogol ames mortes

 

Les Ames Mortes font référence aux serfs décédés appartenant aux propriétaires terriens. La législation voulait à cette époque que les registres soient mis à jour tous les cinq ans : ainsi, l'impôts des paysans morts dans l'intervalle était toujours valable, au grand dam des maîtres. Ceci donna l'idée à Tchitchikov – le héros de notre histoire – d'acheter à bon prix les « âmes mortes » de différents propriétaires et ainsi les délester de cet impôt. Par la suite, il pourrait obtenir un terrain bon marché et l'hypothéquer auprès du crédit foncier. Cette arnaque représente le fil rouge du roman, Gogol narrant avec sa plume caustique la visite de Tchitchikov auprès de plusieurs possesseurs terriens, l'un effaré par cette méthode saugrenue, l'autre faisant montre de son avarice. Ainsi, ce qui semblait une étude de moeurs plutôt comique s'avère en réalité une allégorie assez subtile des tares dont sont affublés les provinciaux russes, ces derniers représentant en fin de compte les « vraies » âmes mortes. Le personnage principal, bien déterminé à les berner, se heurte finalement à leurs craintes et n'obtient pas le nombre escompté de paysans. En cela, le passage chez Nasov est un exemple particulièrement frappant et surtout hilarant, celui-ci voulant lui refourguer ses chiens, flairant la supercherie, puis proposant une partie de dames pour déterminer le prix de la transaction. Tchitchikov, qui semble intouchable, bénéficie néanmoins d'une liste assez conséquente qu'il compte bien transformer en espèces sonnantes. Pour cela, il soigne ses relations avec les notables du village, une nouvelle occasion pour l'écrivain d'origine ukrainienne de tourner en dérision leur cupidité.

 

L'auteur passe sans cesse de l'absurde au drame, avec cette touche d'ironie si caractéristique et ce ton ampoulé qui est conservé dans la traduction parfois pesante d'Anne Coldefy-Faucard. Gogol demeure un écrivain à la fois atypique et traditionnel, jonglant avec le réalisme et le burlesque, injectant des mots ukrainiens dans son russe châtié et dressant des fresques caricaturales pour les détruire quelques phrases plus tard. En cela, Les Ames mortes ouvre la voie à Dostoïevski et Boulgakov et a fait de Gogol l'un des représentants majeurs de la littérature russe du XIXème siècle. (C) Systool, 3/2010

 

Nikolaï Gogol – Les Ames Mortes

disponible en poche aux éditions Verdier

Publié dans Books

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SysTooL 28/01/2011 14:55



Oui, mais qu'est-ce qu'on peut faire? Apprendre toutes les langues, c'est compliqué... et maîtriser aussi finalement ces nouvelles langues, c'est encore autre chose. Il faut faire
avec... malheureusement!
Bon week-end, D!!!



D&D 28/01/2011 12:50



Toujours stressant ce problème de la traduction quand il s'agit de choisir une édition d'une oeuvre étrangère. Je me sens assez démuni par rapport à ça.


Y un truc un peu vertigineux par là...


Mais bon week-end quand même :-)



SysTooL 06/11/2010 21:06



Hello! La traduction est un peu lourdingue, dans la version que j'ai choisie, mais en effet, c'est un roman exceptionnel! Cela m'a fait plaisir de croiser plusieurs statues de Gogol
en Russie, par ailleurs!



dasola 06/11/2010 14:54



Bonjour Systool, j'ai lu ce roman (inachevé) il y a plusieurs années. Il fait partie de mon Panthéon personnel. Je le conseille régullèrement. En plus, c'est un roman très accessible. Bon samedi.