THE LAST SHADOW PUPPETS : The Age of the Understatement (chro, 2008)

Publié le par Systool

 

THE LAST SHADOW PUPPETS ont été annoncés comme un curieux side-project, pour certains plus intéressant que les formations principales dans lesquelles officient le duo Alex Turner et Miles Kane. Le premier jouit d'un succès éclair avec THE ARCTIC MONKEYS, le second crée la sensation avec THE RASCALS, deux groupes portant fièrement l'étendard d'un rock briton de jeunots décomplexés. On aurait pu faire la grimace en apprenant que le binôme a collaboré avec la London Metropolitan Orchestra pour cet Age of the Understatement, car même des musiciens affirmés tombent dans la grandiloquence la plus ridicule du moment qu'ils ont une partition « classique » sous les yeux (Matthew, si tu nous lis). L'introduction de la title track, dont les premières notes rappellent avec effarement le générique de Qui veut gagner des millions?, manquent nous faire avaler notre goûter de travers, mais par chance, les trois minutes qui vont suivre emportent l'auditeur sur des terrains autrement plus prometteurs : la batterie galopante, les guitares couinantes, mais surtout l'incroyable justesse vocale des deux comparses, qui par leur ton déclamatoire apportent une théâtralité étourdissante, magnifiée par les choeurs limite grégoriens. L'orchestration est certes passablement ampoulée, mais l'urgence qui transparaît dans la voix de Turner et Kane empêche ce premier titre de sombrer dans l'exhibition clinquante. Impossible de ne pas mentionner le clip qui accompagne le single, les deux gamins (avec leur faux air de BEATLES) paradant avec des chars russes.

 

last shadow puppets age of the understatement

 

On poursuit avec une ballade bien rétro, Standing next to me, dont on retiendra les harmonies vocales, ainsi que l'intermède sautillant des violons. Et 12 titres durant, THE LAST SHADOW PUPPETS enchaînent avec une aisance de tous les instants mélodies nostalgiques, embardées plus rock et ambiances de cabaret dans ce qui se révèle un melting pot délicieux de Bowie période 1969 (Calm like you), la pop symphonique de Scott Walker et les orchestrations à la Burt Bacharach. Les deux galopins, épaulés à la prod par James Ford (SIMIAN MOBILE DISCO), alternent avec intelligence les riffs nerveux (Separate and ever deadly), les mélopées tristounettes (The Chamber) et les atmosphères estivales, parfois un peu tout ça au sein d'un même morceau (Black Plant). Ainsi, The Age of the Understatement se place comme un album à la fois très accessible et génialement sophistiqué, accordant même un espace à quelques conclusions instrumentales au caractère très cinématique, à l'image de l'ébouriffante Only the Truth et son crescendo de trompettes. On pouvait craindre que le timbre de voix similaire de Kane et Turner ne constitue un handicap, mais la complicité qui semble les lier fait qu'ils ont su rester complémentaires, l'un se chargeant des leads alors que l'autre évolue dans des choeurs sur une autre octave.

 

The+Last+Shadow+Puppets

 

Le plus beau, c'est que la qualité ne faiblit pas en fin de galette, puisqu'on peut encore apprécier I don't like you anymore, à la bipolarité réjouissante (des arpèges neurasthéniques durant le couplet, des accords tranchants dignes de ARCTIC MONKEYS sur le refrain). Après la James Bondienne In my Room, il faut encore citer les harmonies nostalgiques de Meeting Place, ainsi que The Time has come again qui, avec ses intonationsmélancoliques et passéistes, vient mettre un doux point final à ces 34 minutes de plaisir auditif, à la fois symptômes d'un Age d'Or pop rock révolu et coup de pied dans les burnes aux pseudo-esthètes de l'indie. On dit que c'est grâce à cet album que les singes arctiques ont pris un virage avec leur troisième album Humbug. Même s'il ne comporte finalement que peu de similitudes avec l'opus du duo, on peut imaginer qu'Alex Turner a davantage pris conscience de ses qualités de songwriter. A 23 ans à peine, il s'impose en tout cas comme un talent brut du paysage rock britannique. (C) Systool, 1/2010

 

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THE LAST SHADOW PUPPETS – The Age of the Understatement (Domino Recordings, 2008)

 

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La chronique de Ben

 

 

Publié dans Rock

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SysTooL 05/12/2010 17:38



Excellente mémoire, D!!



D&D 05/12/2010 14:01



Ah oui, je me souviens du clip, dans un de tes videodromes.


La première écoute est séduisante pour mes petites oreilles :-)


 



SysTooL 13/08/2010 08:41



Un petit classique, en effet! :-)



Thierry 12/08/2010 23:49



Je l'aime toujours bien, ce disque, plus de deux ans après sa sortie. Bon, j'ai dû le réécouter 3 fois, et toujours au boulot. N'empêche qu'il m'est fort sympathique et risque de me durer dans le
temps et s'installer comme un très mineur "classique" sans la moindre prétention !


@ Ben : si tu écris creux, j'écris comment ?



SysTooL 11/08/2010 11:35



Je l'ai écouté intensément au début de l'année sans m'en lasser... et ça continue lors de mes écoutes occasionnelles ces derniers mois!