Mardi 1 septembre
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La Bay Area est surtout connue pour sa scène thrash metal des années 80,
puisqu'elle a vu naître METALLICA et d'autres hurluberlus permanentés comme TESTAMENT et EXODUS. A ce moment-là, Jonathan « Yoni » Wolf poussait ses premiers cris. Yoni Wolf, c'est le type qui apprend le décès d'un proche par téléphone alors qu'il est
en train de se branler parce que sa copine vient de le larguer. La frustration pure. C'est en tant que membre de cLOUDDEAD avec son ami de lycée Adam « DoseOne » Drucker (SUBTLE) que le chanteur se distingue, puis il crée sa propre
entité, WHY?, d'abord comme un projet solo, avant d'inclure d'autres
musiciens (Doug McDiarmid, son frère Josiah Wolf et désormais Austin Brown à la basse). Malgré sa signature sur le label hip hop alternatif
Anticon, WHY? évolue dans un pop-rock aux arrangements fleuris mais dont la technique n'est pas
la priorité. On pourrait penser à BECK pour le côté
fourre-tout et l'influence hip hop tout de même assez présente, notamment dans les beats ainsi que le phrasé de Yoni Wolf. Ce dernier compense une certaine pauvreté vocale avec des textes très
imagés et décousus, où la mort et le sexe (ou plutôt son absence) tiennent souvent le haut du pavé.
On constate dès la première écoute le soin tout particulier que prend Wolf pour rechercher des sonorités
intéressantes et des phrases choc, naviguant sans cesse dans un registre mi-amusé mi-résigné. La force de WHY?
réside dans cette propension à ne pas trop plomber
l'ambiance, ceci grâce à l'ironie de son parolier et les mélodies imparables que le groupe nous distille tout au long d'Alopecia, son troisième opus. Ainsi la solennelle These few Presidents ou encore le refrain de classe enfantine de Vowels, part 2. Même s'il ne paie pas de mine avec sa voix nasillarde, Yoni Wolf nous balance
d'excellentes lignes vocales, comme on peut le constater sur Fatalist Palmistry ou Brook and Waxing.
I'm not a ladies' man, I'm a landmine filming my own fake Death
(Vowels, part 2)
L'autre grande qualité de WHY?, c'est qu'ils parviennent à rester très accessibles malgré la
multiplicité des styles proposés (Song of the sad Assassin), sans doute en raison d'une structure musicale plus carrée que leurs amis de SUBTLE, par exemple, dont on
peut critiquer les titres par moments désordonnés. Et pourtant, entre les samples inquiétants de Gnashville, le rap beckien de The Fall of Mr Fifths et l'indie rock doucement
rétro de A Sky for shoeing Horses under, il y a un monde. C'est le choix minutieux des ingrédients de nos maîtres cuistots qui permet d'obtenir une recette si savoureuse : le quatuor
pioche allègrement dans la musique occidentale de ces quarante dernières années, n'oubliant aucune époque et nous livre ce panachage très lo-fi et digeste, malgré quelques écarts évitables (le
texte de The Hollows, le lyrisme de Simeon's Dilemma). Dommage d'ailleurs que les derniers titres n'aient pas la force de frappe des premières morses de la galette, mais
Alopecia demeure un album efficace, un témoignage déroutant mais délicieux de ce traumatisé de la vie, qui nous accompagne dans un dernier carrousel (Exegesis) au rythme
de ses frustrations, ses déceptions et ses soirées seul devant un porno moisi, à se demander pourquoi la vie est si dure, mais pourquoi on l'aime autant malgré tout. (C) Systool, 6/2009
WHY? - Alopecia (Anticon Records, 2008)
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