Les Sopranos (David Chase, Série TV)

Publié le par Systool

Gérer sa vie de famille, deux enfants qui grandissent, une mère acariâtre, c'est une chose. Etre à la tête de la mafia du New Jersey, c'en est une autre. Quand on ajoute à cela de mystérieux évanouissements, on peut se représenter le tableau complet du quotidien de Tony Soprano, le personnage principal de la série créée par David Chase et diffusée sur HBO de 1999 à 2007. Personne ne peut démentir le succès critique et commercial de cette TV Serie de luxe qui a raflé des dizaines de prix, dont deux Emmy Awards en 2004 et 2007 (fait unique pour une série), et que certains considèrent comme l'oeuvre culturelle américaine la plus importante de ces 25 dernières années ou encore l'égal du Parrain et de GoodFellas. Rien que ça. Les Sopranos possède certainement des points communs avec ses illustres prédécesseurs, surtout le film culte de Scorsese, dans la mesure où l'on suit le milieu de la pègre dans une dimension tragi-comique, à la différence de l'aspect classieux de la trilogie de Coppola. Au-delà de la qualité manifeste du script et des dialogues, Chase a surtout su s'entourer d'acteurs brillants, sans céder aux recommandations de la Fox, qui gérait le projet à ses débuts et souhaitait voir évoluer des acteurs plus remarquables par leur style que leur talent. James Gandolfini, que l'on a pu croiser dans True Romance ou encore Get Shorty, endosse le costume de Tony Soprano, le Capo autour de qui gravite toute l'histoire. Ce dernier sait se montrer tour à tour joueur, désolant, attachant et impitoyable, livrant un formidable jeu d'acteur que certains ont comparé à celui de Brando. Son épouse Carmela est interprétée par Edie Falco, et représente l'autre pilier de la maison. Une femme ordonnée, capable, dévote et tenant littéralement la baraque, son mari se prélassant souvent devant History Channel avec un cornet de chips durant les rares moments de la journée où il n'est pas en balade. Leurs deux enfants, Meadow (Jamie-Lynn Sigler) et Anthony Jr (Robert Iler), causeront parfois davantage de soucis à leur père que les pontes de la pègre du New Jersey. Citons encore Livia Soprano (Nancy Marchand), la mère de Tony à la personnalité plutôt particulière, ou encore Corrado « Junior » Soprano, l'oncle incarné par Dominic Chianese, que l'on a pu croiser dans Le Parrain (il y interprétait Johnny Ola). Il est à noter d'ailleurs que bon nombre d'acteurs des Sopranos sont des abonnés des films de gangsters, comme par exemple Tony Sirico (Paulie Walnuts) ainsi queVincent Pastore (Sal « Pussy » Bompensiero) qui officient dans Les Affranchis et campent ici des lieutenants de Tony, au même titre que son neveu Christopher Moltisanti (Michael Imperioli), ne ratant jamais une occasion pour faire une connerie, ainsi que le patibulaire Silvio Dante, joué par l'étonnant Stevie Van Zandt, musicien plus connu pour ses collaborations avec Bruce Springsteen. Au fil des saisons, d'autres acteurs viendront completer le cast (il faut bien remplacer la quantité industrielle de personnages qui se font dessouder) : Aida Turturro (la soeur déjantée de Tony), Joe Pantoliano (habitué aux rôles de salopards, cf. MATRIX et MEMENTO), ou encore Steve Buscemi, cousin et ancien taulard... 

sopranos-S6.jpg

Plantons le décor : c'est le départ définitif d'une famille de canards, installés dans la piscine des Soprano depuis quelques semaines, qui marquera le début des ennuis pour Tony Soprano. Celui-ci va sombrer dans une grave dépression et consulter une psychiatre, le Dr. Melfi (Lorraine Bracco), pour trouver une solution à cela. La relation tendue et conflictuelle entre les deux personnages représente un fil rouge dans la trame des Sopranos, une façon de confronter le mafieux à ses actions et d'avouer ses soucis plutôt que de les rejeter. Le passé de dépressif de David Chase (né DeCesare), créateur et scénariste de la série, y est certainement pour quelque chose, de même que le caractère de Livia Soprano, inspirée selon ses dires par sa propre mère... La démarche atypique de Chase (et ses nombreux collaborateurs à la réalisation) est illustrée en outre par le fait que l'intrigue se passe dans le New Jersey – et non pas à New York, comme cela est classiquement le cas – et qu'on nous dépeint une situation actuelle, à la différence d'un Godfather qui traite une période révolue. Les membres de la « Mob » ne sont pas simplement montrés en costards, paradant comme des paons, mais également en peignoir, grillant des saucisses et lisant le journal. La série est de plus entourée d'un symbolisme fort, à l'image des nombreux rêves que fait Tony Soprano et qu'il tente de décoder avec sa psychiatre, non sans grommeler face à cette « Freudian Shit ». On s'est par ailleurs souvent demandé si certains acolytes de Chase n'avaient pas des accointances avec la mafia, tant les situations et le parler des gangsters seraient bluffants de vérité. Cette notion de réalisme, saluée par des experts, est certainement l'un des points forts de cette série. La légende veut que les criminels américains laissent leurs affaires en plan, le dimanche soir, lors de la diffusion des Sopranos sur HBO... Inutile d'ajouter que les choix de la bande-son se révèlent excellents, eux aussi : on a droit à pas mal de vieux rock (ROLLING STONES, KINKS, PINK FLOYD) et quelques autres surprises, le plus souvent intégré véritablement à la scène (haut-parleurs, autoradio) plutôt qu'en bête fond sonore.

sopranos-S4.jpg

La famille, au même titre que la mort et la responsabilité, représente l'élément central des Sopranos, bien plus que les fusillades ou les magouilles du clan. La famille Soprano, bien entendu, mais aussi la Famiglia, synonyme de grosses tapes dans le dos, d'expressions italiennes (essentiellement axées sur la bouffe) et de vannes pourries. Ses codes d'honneur, sa hierarchie et ses règlements de compte. Son attitude de façade, les mouchards du FBI et cette nécessité de préserver ses proches sans les impliquer, mais aussi de dégommer sans ménagement celui qui osera nous trahir, fût-il notre meilleur ami. Six saisons, chacune formée de 13 épisodes (hormis la sixième et dernière, en comptant 21) d'une durée d'environ 50 minutes, dont la force est de posséder un sens de l'unité appréciable. Car malgré les intrigues multiples et les rebondissements, on pourrait considérer chaque épisode comme un film à part entière, grâce à ses dialogues brillants et sans concessions, le jeu d'acteurs au poil et un scénario qui évite les effets de style et le suspense à deux sous, dépeignant des figures vraies, et pas des superhéros de pacotille. Chaque image des Sopranos est une illustration supplémentaire de cet American Way of Life à l'italienne, avec toutes ses contradictions, son machisme ambiant et son clanisme, la chaîne en or, les poils et le gros bide, mais aussi ce formidable esprit de camaraderie, ce déni total d'une société de victimisation et de superficialité. Une façon certes extrême, mais diablement réussie de nous renvoyer la multiplicité de notre personnalité, nos doutes et nos frustrations, nos joies et nos faiblesses.


Les Soprano (The Sopranos)
1999-2007
créé par David Chase
réalisé par David Chase, Tim Van Patten, John Patterson, Allen Coulter...




WWW...

Le site officiel des Sopranos

Un excellent fansite

 

Un article de Thom

 


Publicité

Publié dans TV Series

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :