Martin Scorsese : You're talking too mean (bio)

Publié le par Systool

Mean Streets, Raging Bull, Les Affranchis… voici quelques films seulement qui figurent au palmarès impressionnant de Martin Scorsese, réalisateur américain parmi les plus talentueux, prolifiques et constants qui, depuis plus de trente ans, nous livre des compositions ambitieuses, mêlant histoire, critique sociale et rédemption.

 

 
 

Né à Flushing, dans l’état de New York en 1942, le jeune Martin se tourne d’abord vers la route de Dieu, bénéficiant d’une éducation passablement religieuse, mais se décidera à embrasser finalement la carrière de cinéaste. Il monte quelques courts-métrages dans les années 60 (dont It’s not just you, Murray ! et The Big Shave) avant de réaliser son premier long, Who’s that knocking at my Door ?, avec Harvey Keitel dans le rôle principal. On retrouvera d’ailleurs souvent l’acteur de Brooklyn dans les films de Scorsese qui a su s’entourer durant toute sa carrière de comédiens fidèles qui lui doivent énormément (Robert de Niro, Joe Pesci, Leonardo di Caprio). Les années 70 débutent avec des collaborations documentaires - une autre arme dont dispose Scorsese - telles que Woodstock ou Street Scenes, tandis que son premier chef-d’œuvre paraît en 1973. S’inspirant largement de sa propre expérience dans le quartier new-yorkais de Little Italy, Mean Streets relate les aventures de Charlie (Harvey Keitel) et Johnny Boy (Robert de Niro) expérimentant les joies de la criminalité et les affres de la spiritualité, deux thèmes récurrents de Scorsese qui nous dévoile par ailleurs sa maîtrise stylistique impressionnante et dont plusieurs réalisateurs actuels de renom s’inspireront, Quentin Tarantino le premier.


 
 

La période dorée de Martin continue avec Alice doesn’t live here anymore (et la fabuleuse Ellen Burstyn, récipiendaire d’un Oscar pour sa prestation) et Italianamerican qui retranscrit les souvenirs des parents de Scorsese, immigrés italiens. Un autre grand classique du cinéma voit le jour en 1976. Comprenant les interprétations éblouissantes de De Niro et la jeune Jodie Foster, Taxi Driver raconte la lente descente aux enfers de Travis Bickle, chauffeur de taxi esseulé et psychotique qui se met en tête de liquider un candidat à la présidence, avant de vouloir sauver une jeune prostituée des griffes de son « mac ». Vainqueur de la Palme d’Or, il s’agit d’une autre œuvre violente et sans concession de Scorsese, qui multiplie déjà les scènes cultes et les répliques d’anthologie.

 

 
 

Changement radical avec New York New York, une comédie musicale avec De Niro et Lisa Minnelli récoltant des suffrages mitigés et qui ressortira en 1981 dans une version différente. Après La dernière Valse, concert comprenant les prestations de Bob Dylan et Van Morrison, le réalisateur américain se penche sur la biographie du boxeur Jake La Motta, Raging Bull, un autre upper-cut d’anthologie du cinéma moderne comprenant une interprétation mirifique de De Niro, saluée par un Oscar. Scorsese retrouve le bon Bob avec King of Comedy, une critique acerbe et dérangeante du vedettariat et du fanatisme. On voit évoluer Rupert Pumpkin (De Niro), un acteur moyen persuadé de pouvoir percer en auditionnant lors de l’émission TV de Jerry Langford (Jerry Lewis), ceci après l’avoir tiré d’un mauvais pas. Cependant, Rupert se voit refuser cette possibilité et décide de kidnapper le présentateur.

 

 
 

Durant les années suivantes, Scorsese acceptera des films de commande et, dirons-nous, plus aptes à générer des profits : le troublant After Hours avec Rosanna Arquette ou encore La Couleur de l’Argent dans lequel Paul Newman reprend le rôle d’Eddie Felson de Hustler (1961). Scorsese a enfin la possibilité de réaliser un projet qui le tient à cœur depuis plusieurs années : l’adaptation du roman de Nikos Kazantzakis, soit La Dernière Tentation du Christ, qui traitera de manière frontale l’un des thèmes de prédilection du « Butcher » (le boucher, surnom de Scorsese). Willem Dafoe sera désigné pour interpréter Jésus Christ dans cette biographie très controversée à sa sortie, puisqu’elle met en scène une facette du messie que l’on ne découvre pas dans les textes saints, notamment au niveau de sa sexualité et de l’acceptation de son destin.


 

 
 

En 1990, Scorsese nous livre une autre pépite du cinéma, peut-être le film de gangsters le plus jouissif jamais représenté : Les Affranchis (Goodfellas), tiré du Wiseguy de Nicholas Pileggi, qui narre la progression de Henry Hill (Ray Liotta), un informateur du FBI, dans le milieu du crime organisé italo-américain. On retrouve également Robert De Niro et Joe Pesci (sans oublier Samuel L. Jackson pour une brève apparition) dans ce film doté en outre d’une excellente bande-son. Suivront Les Nerfs à Vif, un remake boiteux du classique Cape Fear (1962) de J. Lee Thompson, puis L’Age de l’Innocence, se déroulant dans la société victorienne et comptant dans le cast Daniel Day Lewis, Winona Ryder et Michelle Pfeiffer. L’année 1995 voit la sortie d’une autre épopée moderne du crime, Casino, où l’on suit l’ascension et la chute de Sam Rothstein (De Niro) dans la ville de Las Vegas.

 

 
 

Scorsese collaborera pour de nombreuses rétrospectives comme A personal Journey with Martin Scorsese through American Movies (le titre parle de lui-même) et nous offrira sa vision du monde musical en produisant des coffrets sur le blues ou le documentaire No Direction Home (2005) sur Bob Dylan. Avant cela, Martin traitera à nouveau de spiritualité avec Kundun, ou la vie du 14ème Dalaï Lama, mais aussi indirectement dans A Tombeau ouvert, virée nocturne de l’ambulancier Frank Pierce (Nicolas Cage) dans les rues new-yorkaises. Les deux dernières réalisations de Scorsese voient la présence de Di Caprio dans le rôle principal : Gangs of New York et les affrontements entre immigrés irlandais et « résidants » des Five Points, et en 2004 The Aviator, biopic du millionaire de génie Howard Hughes, devenu producteur émérite à Hollywood. A suivre The Departed,  avec un cast fabuleux (Di Caprio, Nicholson, Damon...)...

 

 
 

Une filmographie dense et majestueuse que celle de Martin Scorsese, qui aura placé soigneusement plusieurs jalons sur la route sinueuse du cinéma américain et qui détient le rare privilège d’avoir su proposer des œuvres à la fois critiques, stylisées et reconnues autant par les spécialistes que par le grand public.


 

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SysTooL 16/05/2008 22:08

Dasola : Ce qui est bien avec ces artistes prolifiques, c'est que chacun y trouve ce qui lui plait mais que l'on ne s'accorde pas forcément sur un film donné. Pour ma part, je n'ai jamais considéré RAGING BULL comme ce que Scorsese a fait de mieux, non plus... Par contre, j'ai adoré les Affranchis (Casino en étant presque une variation...)... Il faut dire que les histoires de mafia me fascinent toujours... Par contre, ce ne sont que les plus récents que j'ai vu au cinéma...

dasola 16/05/2008 14:58

Bonjour Systool, pour moi, les films de Martin Scorsese que je préfère sont Taxi Driver, New York New York et Casino. Je n'ai pas accroché à Raging Bull, le sujet ne m'a pas intéressée. Je reconnais que les Affranchis est une leçon de mise en scène mais pareil, l'histoire m'a ennuyée. En revanche je trouve le remake des infiltrés inutile mais c'est bien qu'il ait reçu l'Oscar. Pour le Temps de l'innocence, à mon avis c'est raté: j'ai été très gênée par la voix "off". PS: j'ai vu tous ces films au cinéma.

Carine 18/10/2007 15:38

Un cinéaste des plus talentueux enfin récompensé par un oscar !

Systool 18/10/2007 15:53

Oui, il méritait cet Oscar, peut-être pas pour ce film, mais pour tout ce qu'il a entrepris! Mais les Infiltrés était l'occasion de lui décerner ce prix!

Youkou en viendra Tabou ! :0029: 01/03/2007 22:36

Salut Sys, en venant chez toi je savais qu'il y avait un article sur Scorsese... je viens de m'enfiler les affranchis et les infiltrés... miam miam...Pour revenir à ton article:"qui narre la progression de Henry Hill (Ray Liotta), un informateur du FBI, dans le milieu du crime organisé italo-américain"... heu Henry,de souche irlandaise, est le petit qui va monter tout haut chez les italiens, il est bercé par l'odeur de l'argent et par cette vie facile que lui offre le crime organisé. Dans les 5 dernieres minutes, il est obligé de sauver sa peau.. et.. on connait la suite.Pour les infiltrés, j'en suis restée scotchée, si tu ne l'as pas vu...:DJe t'embrasse @+

Systool 02/03/2007 14:55

Toujours pas vu les Infiltrés... snif... ça ne saurait tarder ;-)

LIVOIRE 07/12/2006 12:51

Je me rend compte que c'est le 1er film de MARTIN SCORSESE que je vois

Systool 07/12/2006 19:03

Jamais trop tard... :-D