PINK FLOYD : La face cachée de la Lune (biographie)

Publié le par systool

La ville de Cambridge a vu naître deux des futurs membres de Pink Floyd : Roger Keith BARRETT (plus tard appelé Syd BARRETT) et George Roger WATERS (Roger WATERS), qui se révéleront successivement les leaders du groupe. En 1963, Roger Waters étudie l’architecture à Londres et c’est là qu’il rencontre Richard Wright et Nick Mason : ils formeront ensemble les Sigma 6 qui se rebaptiseront ensuite les Abdabs.

Enfin, Syd Barrett regagne Londres avec un certain Bob Klose et rencontre les Abdabs qui l’embauchent. Bon, Abdabs ça fait un peu Abba avant l’heure, alors finalement ils adoptent le patronyme de Spectrum 5. Voici la composition du groupe à l’époque : WATERS joue de la basse, BARRETT et KLOSE de la guitare, MASON de la batterie, WRIGHT se met aux claviers. Fin 1964, BARRETT se voit confier une mission pour trouver un chanteur charismatique. Il se rend à Londres mais revient malheureusement seul. Il a cependant trouvé un nouveau nom pour le groupe : les Pink Floyd.

Contrairement à ce que l’on a pu dire, le nom “Pink Floyd” n’est pas venu à BARRETT au cours d’un trip d’acide et ne lui a pas été transmis par des extraterrestres. La vraie origine du nom se trouve dans sa collection de disques. C’est un amalgame de deux prénoms : celui de Pinkney ANDERSON et de Floyd COUNCIL, deux bluesmen inconnus des années 60. Barrett décide par la même occasion de prendre le micro et quelques mois plus tard, Bob Klose quitte le groupe. Les Pink Floyd sont nés.

Les Pink Floyd se lancent alors dans une série de concerts privés où ils mettent vite en pratique leur talent en matière d’éclairage et de mise-en-scène. La presse de bon ton ne tarde pas à dénoncer les aspects moins esthétiques de ces jeux d’images et de lumières, qu’elle présente comme principalement destinés à amplifier les effets du LSD.
Peter JENNER, jeune producteur d’un petit label (DNA Productions) décide désormais de se consacrer à ce groupe qu’il avait remarqué depuis un moment mais qui ne le convainc qu’à cette époque. Pourtant le groupe ne décolle pas. Ils passent alors sous la houlette de Joe BOYD et les dernières sommes gagnées sont investies dans l’aménagement du premier club psychédélique de Londres : L’UFO. Nous sommes en décembre 1966. La salle devient vite un must de la ville et d’autres groupes se joignent au club, dont PROCOL HARUM.
Le 1er février 1967, les FLOYD deviennent pros et Joe BOYD décide de passer à la vitesse supérieure. Disposant de moyens techniques suffisants, il propose aux Pink Floyd de les produire et de gérer leurs relations avec les labels, qui montent vite au créneau : ELEKTRA, POLYDOR… mais c’est le grand EMI qui proposera la solution la plus juteuse.
Le premier single des Floyd sort en mars 1967. L’accueil est mitigé. Par ailleurs, une vague cabale est fomentée contre le groupe, que l’on décrit comme l’avant-garde d’une “contre-culture” dangereuse de drogués. On s’en étonnera peut-être, mais la plupart des Floyd se droguent peu. BARRETT, après l’herbe, s’est extasié pour le LSD, surtout pour son côté “religieux”. Les autres étaient très straight : WRIGHT fumait peu, les deux autres n’y touchaient jamais. D’autres problèmes occupent le devant de la scène : le groupe a la fâcheuse habitude de ne pas jouer les tubes que les gens veulent écouter (See Emily play, Arnold Layne…) et prolongent de longs instrumentaux qui n’enthousiasment pas les foules provinciales. De retour à Londres, le groupe est heureux de retrouver ses fans qui le soutiennent.

La gloire soudaine affecte sérieusement Syd BARRETT qui subit davantage que les autres le stress des concerts. Il se replie de plus en plus sur lui-même, prend de plus en plus de LSD et commence à avoir le trac. Ce comportement s’accentue en 1967. BARRETT est parfois négligé, peu enclin à jouer. Une trêve s’impose. Pendant ce temps, leur premier album, The Piper at the Gates of Dawn (titre d’un chapitre du Vent dans les saules de GRAHAME) se défend bien. Cet album, même s’il fait perdre au groupe certains de leurs fans de la première heure, lui en fait gagner bien davantage parmi les amateurs d’une musique plus accessible. Il reste l’un des albums les plus originaux des années 60. Après ces petites vacances forcées, c’est WATERS qui reprend le rôle de chef de file en assurant des interviews.

Le groupe se prépare alors pour sa première tournée outre-Atlantique. Les obstacles se multiplient : permis de séjour bloqués, matériel insuffisant (pour ne pas dire ridicule) pour les grandes salles et autres patinoires américaines…Quant à Syd, il disjoncte pour de bon. A Venice Beach, il désaccorde sa guitare en plein milieu d’un morceau. Il plante le reste du groupe en plein concert ! A la télévision, ça ne passe pas mieux : BARRETT oppose un mur de silence à l’animateur qui l’interviewe. Au label, on désespère. Ce n’est pas la tournée avec THE JIMI HENDRIX EXPERIENCE et THE MOVE qui arrangera les choses : à plusieurs occasions, Syd sera remplacé par le guitariste du groupe THE NICE.

Qu’en est-il à la fin de Syd BARRETT ? Beaucoup de choses ne semblent pas avoir été éclaircies. Comment cerner ce personnage énigmatique et inquiétant qui semble se moquer du destin d’un groupe dont il est le centre ? Artiste maudit au cerveau explosé par la drogue ou Hamlet machiavelique ? Vrai ou faux dingue ? Si les Floyd connurent jamais la réponse, le secret fut bien gardé. Quoi qu’il en soit, l’état d’esprit de BARRETT le rend incapable de continuer à créer les chansons qui ont propulsé le groupe en haut des charts. Par ailleurs on assiste à un changement de cap : les dernières compositions de WATERS (qu’on retrouvera sur l’album suivant) plaisent à un public désormais lassé du flower power. Après leur dernier concert de 1967, les Floyd se mettent à la recherche d’un deuxième guitariste. Plusieurs se proposent mais c’est finalement David GILMOUR, qui connaît Syd depuis longtemps, qui sera choisi. Les Floyd espèrent que son influence stabilisatrice les remettra à flot.



de gauche à droite : Nick Mason (batterie), Syd Barrett (chant, guitare), David Gilmour (guitare), Roger Waters (basse) et Rick Wright (claviers)


Hélas, même avec l’arrivée de David GILMOUR dans le groupe, il semble de plus en plus clair que Syd BARRETT ne compte pas revenir sur terre dans un proche avenir. Un moment, on pense le garder comme parolier offstage, à l’instar des Beach Boys avec Brian WILSON. Mais ce rôle de second plan n’est pas compatible avec la personnalité de Syd. Malgré cela, les Floyd font une poignée de concerts au mois de janvier 1968. Parfois Syd chantait peu, parfois il ne faisait rien du tout. Ca ne pouvait pas continuer longtemps comme ça. Le jour du sixième concert, comme le raconte GILMOUR, ils devaient le prendre en voiture et ils ne l’ont pas fait.

L’ombre de cette séparation en eau de boudin pèsera longtemps sur le groupe. La culpabilité, la frustration, le ressentiment ne laisseront aucun Floyd indemne, surtout pas WATERS, celui qui eut le courage de chasser leur ami. Malgré la courte durée de sa participation au destin du groupe qu’il aida à fonder, BARRETT y aura joué un rôle fondamental. Pour preuve la liste impressionnante des morceaux futurs du groupe qui lui sont plus ou moins dédiés (Shine on you crazy diamond, Wish you were here, Poles apart…). Notons que si le groupe voit mal son avenir avec BARRETT, leurs managers le voient très mal sans lui. Richard WRIGHT faillit même partir avec lui. Il dit que s’il avait pu penser que BARRETT tiendrait le coup, il serait parti.
Les Floyd nouvelle mouture sortiront plusieurs singles (It would be so nice, Point me at the sky) mais de déconvenue en désastre, ils n’en sortiront plus pendant 11 ans, tant ce fut une perte de temps, d’énergie et d’argent.

A saucerful of Secrets, leur deuxième album, est le fidèle reflet de cette période de transition. Si Storm THORGERSON (de la bientôt célèbre firme de design des 70s, HIPGNOSIS) dessine toujours la pochette, il reste bien peu de choses de l'époque psychédélique. L’album se vendra assez bien, en dépit de quelques réactions mitigées. La contribution de BARRETT est assez minime, se résumant au triste et beau Jugband Blues. La participation de GILMOUR est plutôt réduite, étant donné que l’album est déjà bien avancé lorsqu’il rejoint le groupe. Il lui faut par ailleurs du temps pour trouver ses marques avec des Floyd qu’il trouve assez déjantés. Surtout depuis le jour où il a observé WATERS et MASON en train d’élaborer une théorie architecturale du deuxième album. Avec le temps, GILMOUR trouvera sa place dans un groupe aux musiciens finalement assez complémentaires. WRIGHT est toujours considérés comme le plus talentueux musicalement, WATERS et MASON s’occupent plus du concept d’ensemble. Mais les solos de GILMOUR, à mesure qu’il s’affirme, deviennent vite indispensables.
Les Floyd commencent à être perçus comme les pionniers d’un nouveau genre de musique, à la fois expérimentale et attrayante. Le 14 avril 69, au Royal Festival Hall, c’est le baptême du feu pour le bientôt célèbre « Azimuth Coordinator », un système de sono ultra-perfectionné qui balaie la salle à 360 degrés. Le groupe veut en finir avec le système classique, il recherche une qualité théâtrale. Comme le disait BARRETT déjà en 67, « dans l’avenir, les groupes devront proposer bien plus que de la musique pop. Le public cherche une expérience globale. ». Plusieurs collaborations entérineront ce passage de maturité, dont la bande originale du film More de Barbet Schroeder (b.o. More, 69’). Cependant, les Floyd n’obtiendront pas la bande originale de 2001 : l’odyssée de l’espace de Kubrick.
Ensuite, les PINK travaillent sur leur nouveau double-album, Ummagumma. Le premier album est un live reprenant des morceaux de l’ancien répertoire et le deuxième contient de nouveaux titres : il est composé de quatre morceaux solo plutôt expérimentaux. Sysyphus (part 1-4) de WRIGHT. Grantchester Meadows de WATERS, Several species… de MASON et enfin Narrow way de GILMOUR composent ce disque. Le fait que chacun fasse son truc, dans son coin, est plutôt original mais ce troisième album des Floyd se révèlent être un échec et le groupe prend conscience des forces et des faiblesses de chacun, ainsi que de la place de leader que WATERS doit prendre, selon les autres. Début 1970, le groupe collabore à la bande originale du film Zabriskie Point d’Antonioni. Le groupe est enfin reconnu des deux côtés de l’Atlantique et la première véritable tournée américaine est un succès. Puis le groupe se lance dans la composition de son quatrième album, Atom Heart Mother. Le morceau titre, véritable monument de la mise en scène, comporte un chœur de 20 voix et une section de cuivres. C’est l’œuvre instrumentale la plus ambitieuse du groupe : le morceau, en six parties, dure 23 minutes.

Quatre autres titres composent ce disque qui renoue avec l’ancienne veine bluesy : If de WATERS, Summer 68’ de WRIGHT, Fat old Sun de GILMOUR. Ces compositions ont un côté estival et tranquille. Le dernier morceau, un instrumental en trois parties, s’intitule Alan’s psychedelic Breakfast et contient des bruits de cuisine ainsi qu’une conversation entre le groupe et Alan Stiles, un de leurs roadies. Atom Heart Mother aura du succès et attirera une fois de plus l’attention d’un cinéaste : Stanley Kubrick qui réclame le morceau-titre pour son film Orange mécanique. Le groupe, n’ayant pas aimé le ton autoritaire de ce dernier, le lui refusa.
Comment poursuivre dignement après Atom…? Avec Meddle (71). Ce cinquième disque des Floyd sera encore un tournant. Le groupe a d’abord l’idée d’enregistrer cet album sans instrument de musique, uniquement avec des ustensiles de cuisine, des bouteilles et autres bombes aérosol. Mais le projet est abandonné car le groupe prend vite conscience qu’il sera très difficile d’en faire de la musique.



Le groupe travaille alors sur un long morceau de 20 minutes, Echoes, qui occupera la deuxième moitié du disque. Ce morceau est considéré comme l’un des chefs-d’œuvre du groupe, établissant une sorte de limite dans la veine expérimentale. Cinq autres titres constituent la première moitié de cet album. Un autre projet se concrétisera en 1971 : un concert filmé dont sera issu le disque Live at Pompei.

L’album suivant, le sixième, traite de manière générale de la folie et de tout ce qui peut rendre fou. Il y a donc, pour la première fois, un concept. WATERS, plus que jamais principale source d’inspiration du groupe, a du pain sur la planche : il composera tous les textes et une partie non négligeable de la musique. Intitulé Dark Side of the Moon, cet album sera le plus grand succès des PINK FLOYD.



Le groupe s’interrogera longtemps sur la raison, s’il y en a une, de ce succès météorique : la simplicité du thème abordé ? La veine très FM des morceaux ? La cohérence du tout ? Plusieurs morceaux demeurent dans les annales du groupe : Time, Eclipse et surtout Money, probablement le titre le plus connu des Floyd. Par ailleurs, on peut noter la sortie en 1972 de Obscured by Clouds, la bande originale du film La Vallée de Schröder.Les Pink Floyd prennent une pause bien méritée après l’énorme tournée de Dark Side…

La trêve autoproclamée sera pourtant de courte durée : dès le printemps 1974, ils s’embarquent sur un nouveau projet : Shine on, qui deviendra un long morceau en deux parties, Shine on you crazy Diamond, hommage à BARRETT. Deux autres morceaux sont composés peu après : Raving and drooling et Gotta be crazy. Le groupe compose encore d’autres morceaux et fait une autre tournée américaine qui les a beaucoup éprouvés. Des fans complètement déchainés se tapent dessus, hurlent comme des dingues. Le groupe, et WATERS en particulier, a l’impression d’avoir perdu le contact avec son public. Ce décalage sera très mal vécu. Par ailleurs, le groupe est d’avis que Dark Side… est un point d’arrivée. Autrement dit, l’ombre menaçante de la rupture plane déjà sur le groupe. En studio, chacun traîne son ennui et ne voudrait en fait pas être là. L’habitude de jouer ensemble, de rester ensemble… Finalement, WATERS prend les choses en main : il estime qu’il faut accepter ces difficultés et essayer d’aller de l’avant. Il propose d’abandonner Raving and drooling et Gotta be crazy et de garder une structure avec Shine on… coupé en deux par Welcome to the Machine, Have a Cigar et Wish you were here. GILMOUR n’est pas d’accord mais accepte finalement ce compromis. On peut remarquer que ce septième album, Wish You Were Here, est pourtant son favori.

Quant à WATERS, il a du mal avec son chant, surtout sur Shine on…. Arrivé enfin à Have a cigar, il a la voix en compote. Par un concours de circonstances, Roy HARPER, qui enregistrait dans le studio voisin, le remplace. Pour couronner le tout, l’apparition d’un revenant jette l’émoi dans les troupes : Syd BARRETT. Le groupe ne reconnaît pas tout de suite l’homme qu’il voit apparaître : mal fagotté, le crane rasé, presque obèse, BARRETT a beaucoup changé. A peine prononcera-t-il quelques mots, avant de s’en aller furtivement. C’est la dernière fois que les PINK FLOYD verront cet homme surgi de leur passé. Comme par hasard, cette apparition fantomatique intervient au moment même où le groupe commence à se désagréger de nouveau.

Entré au printemps 76 en studio, le groupe en ressortira au mois de novembre. Le 8ème album, Animals, est terminé en un temps inhabituellement court. Pour l’heure, WATERS domine de plus en plus l’activité du groupe et imprime sa marque non seulement thématique mais aussi musicale ; les Floyd sont un peu devenus ses Floyd. Les autres supportent plus ou moins bien ce statut. On les imagine enregistrer des morceaux qui ont pour titre Sheep, Dogs ou Pigs… WRIGHT est particulièrement mal à l’aise à cette époque : il avouera quelques années plus tard qu’il n’aimait pas la plupart des morceaux du nouvel album ; WATERS imposait son joug sur le reste du groupe, ne prenant pas en considération le travail des autres. En même temps, WRIGHT avoue qu’il n’avait rien à proposer non plus ! Il faut dire que WATERS, en tant que parolier principal du groupe depuis de longues années, est efficace. Si on regarde Animals, on se rend immédiatement compte de sa maîtrise des mots, de la cohérence d’une vision à la fois thématique et musicale. Mais quelle vision…la colère et la haine s’y rencontrent bien souvent. Toute cette tonalité difficile, c’est aussi le caractère de WATERS, qui finit toujours par obtenir ce qu’il demande. Le groupe continue pourtant à fonctionner. Que celui qui en veut la preuve écoute Animals, un album magistral, d’une force obscure ; mélancolique et tourmenté. En fait, c’est un tableau de toute la dégénérescence de la société moderne, où la condition humaine n’est plus qu’une condition animale. Largement inspiré du livre Animal Farm de George Orwell, trois sortes d’humains sont définies : les chiens (Dogs, qui est une refonte de Gotta be crazy), les moutons (Sheep, pris de fragments de Raving and drooling) et les cochons (Pigs). La violence dans Animals se décèle dans le Psaume 23, réécrit du point de vue d’un mouton conduit à l’abattoir ou encore dans les attaques personnelles à peine voilées contre une certaine Margareth THATCHER… Cependant, l’album n’est pas d’une noirceur ininterrompue. Pigs on the wing, par exemple, est une sorte de message d’amour de WATERS à sa femme d’alors, Carolyne.

Les Pink Floyd partent encore une fois en tournée. Les effets de scène sont grandioses : un cochon gonflable, des écrans géants. Le clou du spectacle sera un film signé Gerald SCARFE pour la chanson Welcome to the Machine. Le film qui en résulte, Long drawn-out Trip, est un regard impitoyable sur les Etats-Unis (la célèbre scène où l’on voit Mickey Mouse complètement drogué restera dans les annales du genre). D’autres images accompagnant le morceau sont marquantes : succession de paysages géométriques, de têtes humaines en décomposition, ainsi qu’une ville engloutie dans un océan de sang dont les vagues se transforment lentement en milliers de mains levées, tendues en signe de prière vers une gigantesque machine. La tournée américaine sera un succès, mais le public devient parfois incontrôlable, ce qui crée un certain malaise. WATERS, lors d’un concert à Montréal, n’en peut plus : un « fan » au premier rang n’arrête pas de hurler à la mort pendant tout le spectacle. A la fin, WATERS lui fait signe de s’approcher et lorsque l’autre est assez proche, WATERS lui crache au visage. Il est aussitôt dégoûté par tout ça. WATERS, qui à l’issue de cette tournée cauchemardesque à tant d’égards frôle la dépression nerveuse, décide de faire un retour sur lui-même. Car il n’y a pas chez Roger WATERS que les ennuis d’une star incomprise et harrassée. Il y a aussi un sentiment d’aliénation qui remonte à l’enfance, la mort d’un père en 1946 (WATERS avait 3 ans), une scolarité traumatisante, un divorce. GILMOUR, WRIGHT et MASON en profitent chacun pour se retrouver un peu. Ils auront tout juste le temps de terminer leurs albums solo avant que WATERS ne réapparaisse avec une nouvelle idée pour les PINK FLOYD.

Si les ventes, tant d’albums que de places de concert, ont repris ces derniers temps, la situation financière des PINK FLOYD à la fin des années 70 est assez précaire. Une aventure dans les capitaux à haut risque, tentée pour compenser une fiscalité écrasante (sous les travaillistes, ils sont imposables à 83%), tourne mal. Le groupe apprend avec effroi que les courtiers chargés de gérer leurs investissements se sont débrouillés pour perdre 2,5 millions de livres. Cette faillite laisse les Floyd dans une situation désespérée : ils ont perdu pratiquement l’intégralité de leurs bénéfices sur plusieurs années. C’est donc dans un climat d’angoisse financière aiguë que WATERS refait surface, avec deux propositions : l’une s’appelle Bricks in the wall (plus tard simplement appelée The Wall), et l’autre, The pros and cons of hitch-hiking. WATERS préférant finalement faire seul son Pros and cons…, ce sera The Wall, le 9ème album des FLOYD.



C’est une histoire d’angoisse et de solitude ; les relents autobiographiques sont évidents. Le héros, « Pink », vedette pop, assiste au naufrage de son mariage pendant une tournée. Après avoir fait le bilan de sa vie, il décide de construire autour de lui-même un mur, brique par brique. Chaque brique représente l’une des personnes qui l’ont fait souffrir : une mère dévorante, des profs sadiques, des femmes déloyales, des groupies évaporées… Pink finit par s’imaginer en dictateur, en manipulateur machiavélique de son peuple, le public. Il se sert de son pouvoir pour éliminer les « malpropres », jusqu’au dénouement, où il confronte enfin ses propres bourreaux, et le mur s’écroule. Mais au même instant, un deuxième mur commence à s’élever inexorablement. La prison se reconstruit à partir de ses propres décombres. L’album contient de nombreuses allusions au vécu du groupe : Syd BARRETT, l’époque hippie, la mort du père de WATERS, la mise à sac d’une chambre d’hôtel, devenue une tradition chez les vedettes de pop pendant les années 70. Bob EZRIN sera chargé de mettre en forme cette histoire, et son travail est fraîchement accueilli par WATERS, même si ce dernier l’avertit tout de suite que son nom ne figurera pas dans les crédits. GILMOUR ne s’en tire pas mieux. Il doit se battre pour que lui soient bel et bien attribués les trois titres dont il a composé la musique (Young Lust, Run like Hell ainsi que l’excellent Comfortably numb). C’est Rick WRIGHT qui finit par craquer. Des problèmes conjugaux et la cocaïne l’empêchent de s’investir véritablement dans un projet miné dès le départ par la mégalomanie croissante de WATERS. Avant même la fin de l’enregistrement de The Wall, WATERS le chasse du studio. Le différend entre les deux remonte très loin ; des divergences politiques, le caractère provocateur de WATERS… Noël 78, on commence à penser à ce que sera la tournée : se déroulant dans des salles (et non plus dans des stades), le spectacle des PINK FLOYD est le modèle d’un genre qu’ils ont eux-mêmes inventé. La musique et le récit se déclinent plus que jamais en trois dimensions. Chaque soir, le mur (œuvre de FISHER et PARK, le tandem design des Floyd) est construit à partir de centaines de briques en carton. A la fin de la première partie du spectacle, il s’élève à plus de dix mètres du sol sur toute la largeur de la scène.

Gerald SCARFE est à nouveau mis à contribution : trois projecteurs mitraillent l’écran géant circulaire (que les Floyd utilisent depuis 1973) et le mur de nouvelles images infernales et cauchemardesques. Trois énormes marionnettes, autres produits de l’imagination tordue de SCARFE, font aussi leur apparition à des moments clés. Ce sont les trois méchants de l’histoire : la mère, le prof et la femme.

Le fameux cochon, quant à lui, traverse la salle à toute allure durant Run like Hell. Le vœu de WATERS se réalise enfin : ne plus jouer devant d’immenses foules, entassées dans les stades qu’il déteste tant, mais dans un espace intérieur, plus intime.
Le projet de The Wall au cinéma se concrétise enfin en 1981, mais il est une production bien distincte par rapport à la réalité scénique des Floyd : WATERS devra renoncer à jouer le rôle du héros du film, qui est attribué à Bob GELDOF, le chanteur des BOOMTOWN RATS. Par ailleurs, SCARFE sera obligé d’accepter le sacrifice de ses marionnettes (on gardera finalement une vingtaine de minutes de dessins animés). Le film est bien accueilli à Londres, considéré comme efficace en tant qu'œuvre de rock filmé.

WATERS continue à écrire et au printemps 1983 sort The Final Cut. Plusieurs titres sont inspirés de l’invasion des îles Malouines par l’Argentine et de la riposte britannique. La tonalité de l’album est donc nettement politique. Mais le processus de création n’est pas exactement démocratique, car il ne consulte ni Nick MASON ni David GILMOUR. Selon ce dernier, les choses en étaient arrivées au point que Roger ne voulait même pas entendre parler de la possibilité d’inclure leurs compositions ; The Wall, qui à l’origine était un album inécoutable, est devenu un album génial, mais c’est la dernière fois que ce compromis a fonctionné. Qu’en dit WATERS ? Il avoue que c’était une période déplaisante, mais exprime surtout sa frustration devant ce qu’il perçoit comme l’insoumission de la part de ses amis.

The Final Cut grimpera à peine dans le Top 50, confirmant l’avis de GILMOUR, qui souligne l’absence d’effort collectif cohérent et une certaine indigence du contenu par rapport aux autres albums. Il est vrai que la musique elle-même est reléguée au statut de support des paroles, qu’elle manque de mélodie.
Si l’histoire des PINK FLOYD doit se terminer ainsi, ce serait une fin peu reluisante. C’est pourtant ce qui s’annonce, d’autant que GILMOUR et WATERS multiplient les tournées solo depuis 1984…
Fin 1985, WATERS écrit que les PINK FLOYD sont à ses yeux une « force épuisée » et qu’il n’enregistrera plus jamais avec GILMOUR et MASON, ni avec personne d’autre sous le nom PINK FLOYD. Il ne songe pas un instant que les deux autres puissent être capables de continuer sans lui. On imagine sa fureur lorsqu’il apprend, à peine un an plus tard, que GILMOUR et MASON sont sur le point d’ouvrir un compte bancaire pour y consigner les dépenses et les recettes que devrait générer un « nouveau projet pour les Pink Floyd ». WATERS est hors de lui et n’hésite pas à attaquer ses amis, dans la presse et au tribunal : selon lui, le projet est totalement inacceptable car il a été le parolier en chef depuis plus de 15 ans. Il finira par abandonner son recours en justice, ne pouvant interdire l’exploitation commerciale du nom PINK FLOYD. Quant à GILMOUR et MASON, ils travaillent depuis l’automne 1986 sur le nouvel album, A Momentary Lapse of Reason. D’abord pensé comme un album conceptuel, ce sera en fait le premier depuis quatorze ans à ne pas l’être. Ce n’est pas faute d’avoir essayé : on assiste même à des séances de brainstorming. Au final, l’idée de concept sera abandonnée et GILMOUR et MASON se recentreront sur la musique. Désormais libérés du joug watersien, ils peuvent laisser libre cours à leur imagination. Rick WRIGHT est également de retour, et bien content de revenir dans le groupe, même en tant que prestataire.

A Momentary Lapse of Reason est perçu à sa sortie comme un étrange mélange de la dureté aride de Wish You Were Here et du pessimisme ardent de Animals. GILMOUR porte quasiment tout l’album sur ses épaules mais en tant que première réalisation du nouvel ensemble que forment maintenant les PINK FLOYD, c’est bien plus réussi que ne l’était par exemple A Saucerful…. Les Pink se relèvent du désastre et leur existence ne peut plus être remise en question. C’est l’heure de tourner. Les FLOYD doivent maintenant convaincre les promoteurs d’investir des sommes colossales pour la tournée, leur assurer que les foules vont se déplacer, même si WATERS n’est plus là. Par ailleurs, ce dernier revient à la charge ; GILMOUR exprime sa lassitude face à l’attitude de WATERS qui n’aurait jamais reconnu que lui seul dans le groupe. On peut noter que WATERS a eu l’idée brillante de sortir un disque solo juste avant A Momentary…, intitulé Radio K.A.O.S., mais malheureusement pour lui, les fans préfèrent suivre les FLOYD. Peut-être est-ce l’élément spectaculaire qui a tranché. L’impact visuel est sans précédent, à tel point que la presse affirmera parfois que le côté scénique des concerts distrait de la musique. Le 22 novembre 1988, à l’issue de leur tournée américaine, sort un album live intitulé The Delicate Sound of Thunder.

L’album que GILMOUR commence à enregistrer début 1993 sortira finalement en mars 1994 et il s’appellera The Division Bell.

Il tient ses promesses : à l’écouter, en particulier les paroles, on se sent un peu revenu à la grande époque des années 70. C’est un album plus chaleureux, plus libre que le précédent. Il y a un thème : la communication et la non-communication. On trouve l’émouvant High Hopes, peut-être le meilleur titre de l’album, les énergiques Take it back (assez axé U2) et Keep talking, les plus personnels Coming back to life et Lost for words (qui traitent respectivement du divorce de GILMOUR et de la brouille avec WATERS) ; ce n’est pas un album au ton uniformément souriant. Dans Poles apart, GILMOUR s’adresse à BARRETT, l’ange damné du groupe. La bonne humeur revenue, les FLOYD se sentiront aussi plus libres de puiser dans leur immense répertoire. Lors de la tournée suivante, ils mélangeront résolument les titres nouveaux et leurs classiques. Pour une fois, au lieu de jouer systématiquement les mêmes morceaux, ils varieront leur programme d’une représentation à l’autre. Ils commencent à se rendre compte qu’il y a des fans qui retournent les voir plusieurs fois de suite…on les comprend, car le spectacle des Floyd vaut le détour. L’équipe des tournées reste fidèle à la loi non écrite du groupe, qui veut que chaque tournée soit plus fastueuse que la précédente. Les images nouvelles conçues pour la tournée seront à la hauteur des moyens mis en œuvre. Les coûts astronomiques d’une telle entreprise sont faciles à imaginer. Voilà peut-être pourquoi le groupe s’embarque dans une aventure publicitaire avec la nouvelle Volkswagen Golf « Pink »…L’album The Division Bell ainsi que la tournée qui l’accompagne constituent une fois de plus des exploits dont on se demande comment les PINK FLOYD feront pour les dépasser. Des familles entières assistent aux concerts et, plus incroyable encore, les Floyd réussissent également à captiver la nouvelle génération. On n’arrive pas à comprendre comment ils ont fait pour captiver les jeunes d’aujourd’hui, d’autant plus que le groupe n’a aucun rapport avec la musique des années 90. Peut-être est-ce dû au lien entre l’esprit d’expérimentation et une sensibilité musicale qui fait des PINK FLOYD un authentique précurseur de la musique actuelle. Quel est donc l’état des lieux aujourd’hui ?

L’album live Pulse en donne une bonne idée. Le répertoire actuel du groupe y est repris presque en entier et, pour la première fois, on peut entendre la version live complète de Dark Side of the Moon. On peut noter la sortie en 2000 de l’album live de The Wall, intitulé Is there anybody out there ? The Wall live 1980-1981.

Les informations de cette revue extensive sont principalement tirées du livre Pink Floyd : Haute tension, de Glenn Powey et Ian Russell (editions SEUIL, 1997)

La carrière des Pink Floyd est longue et nombreux sont leurs albums, d'autant que le groupe est passé par plusieurs courants de l'époque : rock psychédélique à leurs débuts, progressif ensuite, rock plus dur... Difficile de faire un choix si l'on souhaite se procurer l'un de leurs disques. Voici 5 albums qu'il faut avoir selon moi...

THE PIPER AT THE GATES OF DAWN (67) pour la période psychédélique, ATOM HEART MOTHER (70) ou MEDDLE (71) pour le côté rock prog et instrumental, WISH YOU WERE HERE (75) pour un album plus orienté guitare et THE WALL (79) pour les textes. Enfin, DARK SIDE OF THE MOON (73), le classique.


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- un blog sur Pink Floyd : INSIDE OUT


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SysTooL 21/02/2009 14:49

Je pense que les best of en 2 CD représentent assez mal la carrière de PF vu les nombreuses évolutions du groupe, à la différence des DOORS ou JIMI HENDRIX ou un best of peut "suffire"... mais why not?Sinon j'aime bien THE WALL et je comprends que Waters avait besoin "de temps" pour exprimer son histoire, même s'il est vrai qu'il y a quelques longueurs ou titres moins intéressants...

eelsoliver 21/02/2009 10:55

je ne suis pas un grand fan de pink floyd mais je reconnais qu'ils ont composé quelques chefs d'oeuvres.Personnellement, je n'arriverai jamais à me faire à the wall. Pour moi, ce disque n'aurait jamais dû être un double disque.Pour ce groupe, j'ai un essentiel tenant sur 2 disques et ça me suffit même si je connais tous leurs albums.

Hope 27/04/2007 21:31

Bonsoir Systool,

Ah oui !!.. je suis fan !!!!! Les Pink Floyd sont pour moi dans ma vie depuis toujours, depuis ma naissance... j'écoutais même sûrement alors que j'étais encore bien au chaud dans le ventre de ma mère !..

Ce groupe et cette musique.... une légende qui ne s'éteindra jamais !!!

Quand j'étais petite, j'avais peur du bruit comme un vaisseau spatial dans l'album "wish you were here", le meilleur selon moi d'ailleurs.. lol.. Aujourd'hui, je plane et je frissonne lorsque j'écoute leur musique, lorsque je visionne le concert umplugged de David Gilmour, notamment lorsqu'il joue, justement, "wish you were here" à la guitare sèche ! Un régal !!!

Bref... je note également d'autres goûts musicaux communs, tels les Doors, Jimmy Hendrix, Led Zep...

Ravie !!!!
Bien à toi, bises.

Systool 28/04/2007 12:18

C'est un groupe qui a incontestablement marqué la musique moderne et pour cela, il mérite le plus grand respect. Il est passé par tant de tendances, a livré tant d'albums magiques! Chapeau! Je suis par contre moins emballé par la poursuite de la carrière de PINK FLOYD ces vingt dernières années, qui sape davantage la légende du groupe qu'autre chose!A+, bon week-end et merci de ton passage, Hope!

Marilou 24/03/2007 13:33

Bon c'est peut-être ringard mais c'est mon groupe préféré, mes premières amours ...lol
 

Systool 24/03/2007 13:42

Je vois mal en quoi ce groupe peut être considéré comme ringard... peu de groupes de musique moderne ont créé une oeuvre aussi dense et diversifiée... pour moi, le groupe s'est arrêté avec le départ de Waters, mais cela n'effacera pas les immenses albums qu'ils ont réalisé avant cela...