SYSTEM OF A DOWN : Hypnotize (chronique)
SYSTEM OF A DOWN nous a promis pour l’année 2005 un double album : la première partie, Mezmerize, est sortie au mois de mai. Daron Malakian, le guitariste, a pris véritablement les rênes du groupe puisqu’il compose la quasi-totalité de la musique et qu’il chante en compagnie de Serj Tankian sur la majorité des titres. On y trouve des chansons efficaces (BYOB, Sad Statue), de jolies surprises (Radio/Video, Old School Hollywood) mais aussi des plages un peu rébarbatives (Violent Pornography ou Cigaro). C’est donc avec une impatience non dissimulée qu’on attend la suite de ce diptyque, Hypnotize, qui voit le jour au mois de novembre. La pochette, réalisée par Vartan Malakian, père de Daron, reprend la thématique de son frère siamois Mezmerize, tandis qu’on retrouve Rick Rubin, fidèle au poste, à la prod.

1. Attack
Ça commence en trombe avec ce titre assez agressif. Un riff d’entrée bien speed suivi du couplet chanté à deux voix. On retrouvera souvent Serj et Daron derrière le micro simultanément, le second chantant souvent une octave au-dessus. Le refrain vengeur et hardcore illustre la portée politique de Attack. Un excellent apéritif.
2. Dreaming
Un lick déglingué ouvre la porte de Dreaming, l’une des pièces les plus réussies de cet album. Il est un peu difficile de s’immiscer dès la première écoute dans ce couplet à la limite de la cacophonie, où l’on retrouve 3-4 voix qui chantent des parties différentes. Le refrain, magnifique, est dans la lignée classique de SOAD : des accords trainants en mid-tempo sur les voix mélancoliques du duo. Un superbe intermède sur lequel Daron nous balance sa botte secrète : des notes orientales et une mélodie prenante. Une conclusion émouvante.
3.Kill Rock ‘n Roll
Un arpège véloce, qui enchaîne sur un couplet où Daron et Serj s’alternent. Un chorus déclamatoire et punky pour ce titre non dénué d’ironie (So I felt like the biggest Asshole when I killed your Rock ‘n Roll). Quelle délicate pensée de Daron…
4. Hypnotize
Le premier single de Hypnotize est ce qu’on pourrait qualifier de titre « à la SOAD ». Une intro délicate suivie d’un couplet où le contraste de la musique pesante avec le chant triste et mélodieux s’avère réussi. L’intermède composé d’harmoniques à la guitare est agréable, tandis qu’on a déjà vu une conclusion plus originale. Un bon titre tout de même, qui se termine avec des arpèges lents et une ligne vocale de Daron, stratégie utilisée maintes fois sur Hypnotize.
5. Stealing Society
Une entrée saccadée dans la veine de Bounce qui se mue en un riff épileptique du meilleur effet. Chant agréable de Serj qui passe sans crier gare du couplet au chorus, le tout dans une ambiance 80s semblable à Old School Hollywood. Le pont de Daron nous fait penser aux CLASH, notamment par le traitement de la guitare, mise subitement en sourdine.
6. Tentative
La sixième piste contient des réminiscences de AT THE DRIVE-IN : un riff nerveux et un chant revanchard sur le couplet. Encore une fois, le refrain est mémorable (We’re going down in a Spiral to the Ground, no one, no one’s gonna save us now). Un pont très réussi, contenant des voix féminines (Ennio Morricone?) qui s’entrecroisent avec le chant mélancolique de Serj et Daron. Excellent!
7. U-Fig
Un riff d’entrée et un intermède nous faisant penser aux Californiens de DREDG pour ses guitares teintées de tremolos. Un titre rapide où Serj déblatère des paroles absconses et bat le record du plus grand nombre de Beat’em en trois secondes.
8. Holy Mountains
La grande réussite de Hypnotize, un condensé de 5 minutes agressives et prenantes. Une introduction basse-guitare dans le style de Aerials. Le riff principal, accrocheur et massif, plonge l’auditeur dans une transe frénétique. Un couplet étonnant par la voix lente et profonde de Serj, accompagnée de quelques violons discrets. Un refrain en deux parties, d’abord composé de hurlements black-métalliques dignes de CRADLE OF FILTH, puis enchainant sur une ligne mélodique magnifique, tout en crescendo, dont les cadors du black ne pourront jamais que rêver, au fond de leur cave sombre. Bridge superbe où Serj nous arrache des larmes à chaque mot grâce à sa voix forte et émouvante. Conclusion avec des chœurs quasi-religieux qu’on retrouvait déjà en introduction. Une perle.
9. Vicinity of Obscenity
Les baguettes de John Dolmayan ouvrent Vicinity of Obscenity, sorte de suite thématique de Violent Pornography. Serj détient, il faut le dire, le privilège de faire pogoter des millions de personnes avec des paroles aussi stupides et drôles que Banana Terracotta Pie. Le refrain surprenant contient une ligne de basse groovy et des accords de guitare funky, tandis que l’inénarrable Serj Tankian déclame do we all learn defeat from the whores with bad feet? Beat the meat, treat the feet to the sweet milky seat. Qui a dit que SYSTEM OF A DOWN jouait les Zappa?
Pour l’instant, un 9 sur 9 !
10. She’s like Heroin
Le pendant opioïde de This Cocaine makes me feel like I’m on this Song est passablement difficile d’accès avec son couplet inquiétant et son refrain saccadé au riff post-hard-rock. La conclusion répétitive tape un peu sur le système. Un titre somme toute moins réussi que les autres.
11. Lonely Day
La ballade power-rock de Daron Malakian…Des arpèges neurasthéniques et la solitude du guitariste, qui pousse la grammaire anglaise jusqu'au super-superlatif (the most loneliest Day in my Life - soit "le jour le plus beaucoup solitaire dans ma vie").
Pas tous les jours facile la vie de rockeur. Un refrain puissant à deux voix et un solo de guitare avec harmoniques et tapping (???). Claviers de Serj.
12. Soldier Side
Un titre dont l’intérêt majeur réside dans la reprise du thème principal de Soldier Side intro de Mezmerize (Welcome to the Soldier Side, there is no one here but me).
Avant cela, un couplet en duo, narrant la guerre et le départ d’un fils sur le front. Une belle conclusion pour Hypnotize.
Si on fait les comptes, on a l’impression que cet album est plus consistant que son prédécesseur : des titres accrocheurs, presque tous dignes d’intérêt, avec leur lot de surprises (le refrain de Vicinity of Obscenity et l’intermède de Tentative) et des chansons se plaçant déjà comme des incontournables live (Holy Mountains, Dreaming). La baisse de régime en fin de parcours demeure cependant aussi étonnante que désagréable. Rien à redire sur la production cristalline et puissante de Rubin qui est épaulé par Andy « le suis le meilleur mixeur de ces quinze dernières années » Wallace. Un regret : la prestation discrète de John Dolmayan et Shavo Odadjian, la section rythmique de SYSTEM OF A DOWN, qui ne tire que rarement son épingle du jeu, même s’il est vrai qu’il est plutôt rude de faire face à la grandeur créative de Malakian et Tankian, duo magnifique, émouvant, absurde et intelligent.
Un album qui fait du bien. Merci, les gars.

SYSTEM OF A DOWN - Hypnotize (2005 - American Rec. / Columbia)
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- La Bio de SYSTEM OF A DOWN
- La chronique de Mezmerize
- la chronique de Toxicity
- un article sur leur concert à Lyon (31.5.2005)
- le site officiel de SYSTEM OF A DOWN