PRIMAL SCREAM : Xtrmntr (chronique, 2000)

Publié le par Systool

Non contents de nous avoir livré le manifeste ultime du rock psychédélique des 90s (Screamadelica) alors que l'auditeur lambda s'extasiait sur Nevermind, Bobby Gillespie et ses potes remettent les couverts en 2000 dans une veine electro-rock avec XTRMNTR (Exterminator, donc), prenant tout le monde à revers et adoptant par la même occasion une attitude nettement moins gentillette. Ceci dès l'introductive Kill all Hippies, cocktail molotov à base de gargouillis lancinants, d'une basse dub et des percées lapidaires du frontman (You got the Money, I got the Soul, can't be bought, can't be owned). L'avantage quand on est une formation de rock et que l'on souhaite se lancer corps et âme dans l'electro, c'est que l'on a une certaine dynamique qui manque parfois cruellement aux cadors technoïdes purs et durs, pas le moins du monde gênés par l'éventualité de nous faire subir 4 minutes d'un même loop. Avec PRIMAL SCREAM, les variations sont légion et pour couronner le tout, la formation associe une musique révolutionnaire avec un message fort : rejeter toute forme de soumission commerciale et politique, à l'image du titre de l'album, délesté des voyelles pour qu'on puisse le cracher sans fioritures à la figure du premier venu. Evidemment, le propos est plus flou que celui de RAGE AGAINST THE MACHINE, par exemple. Sauf qu'il est dans le fond moins caricatural. Et de par son association avec la musique, il possède un caractère jusqu'au boutiste et anticonformiste, là où la bande de Zack De la Rocha pondait des titres comme on va à l'usine. Après le bûcher ironique destiné à faire griller tout ce qui ressemble de près ou de loin à un chevelu hédoniste (Kill all Hippies), on enchaîne avec Accelerator. Imaginez un son qui annihilerait chacune des cellules ciliées externes de votre esgourde. Multipliez-le par dix et vous aurez une idée de la déferlante Accelerator, partouze sonique entre THE STOOGES, MY BLOODY VALENTINE et les BUZZCOCKS qui auraient gobé des ecstas à la tonne. Exterminator évolue dans une veine plus planante, même si la basse maousse nous ramène à notre mère, j'ai nommé la gravité. Chant distordu et blasts psychotiques, bienvenue dans un univers où les ravers se tapent la cloche avec les adeptes d'un rock briton issu de JESUS AND MARY CHAIN et STONE ROSES. Comme dans Screamadelica, les pistes 4 et 10 sont la variation d'un même thème, en l'occurrence l'allumée Swastika Eyes, abrasif premier single de la galette. Autant la version de Jagz Kooner fonctionne pour ce qui est de concentrer l'alchimie progressive chère à ce style, autant celle des Chemical Brothers est au bas mot anecdotique.

 



Dommage que Gillespie s'essaie à un rap de blanc-bec sur Pills. Le résultat est semblable à EMINEM souhaitant officier comme chanteur chez les grindcoreux de SOILENT GREEN. Blood Money, par contre, constitue une pièce instrumentale digne d'intérêt, mêlant free jazz à la PREFUSE 73 et rythmique endiablée, la basse de Gary Mounfield représentant un élément majeur dans le paysage sonique d'XTRMNTR. Rappelons que l'ancien bassiste des STONE ROSES a rejoint la formation de Glasgow trois ans plus tôt. On a droit à une accalmie avec Keep your Dreams qui, même si elle n'est pas débarrassée de son apparat électronique, propose de délicates notes de xylophone et le chant désabusé de Gillespie. Le propos se durcit dès le titre suivant, Insect Royalty, dont les instruments ont été passés à la moulinette pour ressembler au bruit douloureux que l'on pourrait retrouver dans une aciérie. Ah tiens, un son de flute sur fond de rythmique jungle qui ouvre MBV Arkestra. L'heure n'est pas aux pensées bucoliques, mais plutôt au refus violent et spinal d'un gouvernement hypocrite et fascisant. Et comme pour expliciter cette idée, une wah wah et un gros beat viennent balayer cette ébauche paisible, le tout culminant avec l'agrégation méthodique et quasi-inaudible des différents instruments constituant ce titre. Shoot Speed, Kill Light met un terme à une heure de révolution sonore avec sa rythmique obstinée, à mi-chemin entre le VELVET UNDERGROUND et ses ouailles shoegaze. Dans la version US, on retrouve I'm five years ahead on my Time en bonus, titre au nom prophétique, puisque huit ans après la sortie d'XTRMNTR, on attend toujours un album electro-rock de cette trempe. M'est avis que l'on risque de patienter encore longtemps...

 


PRIMAL SCREAM – XTRMNTR (2000, Astral Werks)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Publié dans Rock

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