The Velvet Underground : 40 ans et pas une Reed (biographie)

Publié le par Systool

En quelques années d’activité, les Velvet Underground ont construit rien de moins que l’une des œuvres les plus originales et influentes du rock. Les groupes punk et new wave doivent en effet un lourd tribut aux Velvet Underground, qui n’ont cependant pas bénéficié à leur époque d’une grande couverture médiatique. Ce n’est qu’après l’implosion du groupe, au début des années 70, que l’on se rend compte de leur impact phénoménal.

Tout débute avec la rencontre de Lou Reed, qui assurera le chant et la guitare, avec John Cale, qui se chargera de jouer de la basse et de l’orgue. Nous sommes à New York, en 1964. Ces deux gai-lurons souhaitent créer une musique avant-gardiste et rock n’roll et quelques mois plus tard, ils recrutent Sterling Morrison (guitare) et Maureen Tucker (batterie). Les Velvet Underground sont nés.



Le processus de composition débute, principalement sous l’impulsion de Reed, qui décrit la dure réalité urbaine du quartier de Manhattan : drogues, pratiques sexuelles peu orthodoxes et décadence. Les premiers titres, Heroin, I’m waiting for the Man ou Venus in Furs, reflètent ce savant mélange de poésie post-beatnik sans concession et d’atmosphères à la fois construites et débraillées. Les premiers concerts des Velvet attirent rapidement des membres de la communauté artistique de la Grande Pomme, dont Andy Warhol, qui deviendra leur mécène et leur permettra de toucher un public moins restreint.

Le premier album des Velvet Underground, produit par Warhol, voit la présence additionnelle au chant de Nico, une mystérieuse Européenne alors égérie de Warhol. Le groupe, d’abord peu enclin à accepter la présence de la jeune mannequin, reviendra vite sur sa décision, tout en considérant la demoiselle comme accessoire. Pourtant, il faut noter que la voix grave et sensuelle de Nico ne dépareille pas avec la musique des Velvet, bien au contraire : Sunday Morning et Femme Fatale, deux des titres sur lesquelles chante Nico, font partie des classiques du groupe. En ce qui concerne les autres morceaux, c’est Lou Reed qui se charge du chant.



La sortie de l’album ne se fait cependant pas sans complications ; dans les bacs près d’un an après que la production soit terminée pour des raisons de censure de la part de la maison de disques (VERVE), The Velvet Underground and Nico doit faire face aux critiques acerbes de la presse, quand ce n’est pas à l’indifférence la plus totale. Trop en avance sur son époque (on était alors en plein psychédélisme), le premier LP des Velvet bénéficie d’un accueil assez limité. On remarquera par contre que les membres du milieu arty new-yorkais qui se sont procuré l’album ont été très impressionnés par le travail de Lou Reed et ses amis. Ainsi Brian Eno, l’un des grands noms de la musique expérimentale, parle de cet album comme d’une révélation.

Surviennent alors plusieurs changements : Andy Warhol, souhaitant se concentrer davantage sur son propre travail, ne mettra plus la même ardeur à promouvoir le groupe et leur alliance s’éffilochera avec les années. Quant à Nico, jamais considérée par les autres membres comme faisant partie intégrante des Velvet, elle sera priée de quitter le bâteau, mais entamera alors une carrière solo très intéressante.



Après une brève tournée, il est temps pour les Velvet Underground de retourner en studio et White Light / White Heat, leur deuxième album, voit le jour en novembre 1967. Alors que le public ne semblait pas vraiment prêt pour The Velvet Underground and Nico, que dire de ce deuxième opus, encore plus incisif et sans compromis. La première moitié est composée de White Light / White Heat, ode aux amphétamines, The Gift, le mythico-transexuel Lady Godiva’s Operation et la paisible Here she comes now. Quant à la deuxième partie de l’album, elle comprend le nerveux I heard her call my Name et Sister Ray, 17 minutes de sexe, drogue et rock n’roll, un jam furieux et bruitiste. On peut aisément considérer White Light / White Heat comme l’album le moins accessible des Velvet Underground.



Et voilà que l’ego, ennemi numéro un de tout musicien, entre autres, vient semer la pagaille dans le groupe. Lou Reed et John Cale, les deux forces créatives du groupe, sont en opposition et face à l’ultimatum de Reed (« c’est lui ou moi »), Morrison et Tucker n’ont d’autre choix que de laisser Cale partir. Les Velvet Underground trouvent en Doug Yule un remplaçant à Cale et remettent l’ouvrage sur le métier. Entièrement composé par Lou Reed, ce troisième album, sobrement intitulé Velvet Underground, prend une direction toute différente de son prédécesseur. Les amplis ont été rangés et la furie ambiante de White Light / White Heat a disparu presque totalement. Cet album n’en demeure pas moins intéressant puisqu’il fait la part belle aux mélodies et aux textes introspectifs de Reed (Candy says, Pale blue Eyes). On retrouve néanmoins des riffs ravageurs sur Beginning to see the Light ou What goes on. Quant à The Murder Mystery et ses ambiances floydiennes, il est à considérer comme une surprise de taille.



La même année, on a droit à un bel aperçu des talents scéniques du groupe qui sait toujours autant mettre le feu en concert, malgré l’absence de John Cale. 1969 : The Velvet Underground en est le témoignage live.

1970 semble débuter sous les meilleurs auspices : le groupe se voit signer par ATLANTIC et entre en studio pour peaufiner ses nouvelles compositions. Ahmet Ertegun, le propriétaire du label ATLANTIC somme Reed d’éviter dorénavant des sujets tels que le sexe et la drogue et de fournir un album rempli de hits (« loaded with hits »). Ce quatrième LP, ironiquement intitulé Loaded, est en effet bien plus conventionnel que les précédents. Il n’en demeure pas inférieur puisqu’il contient des hymnes tels que Sweet Jane et Rock & Roll. Face au succès mercantile de l’album, Sterling Morrison relachera ce commentaire : « Loaded a prouvé que depuis le début, nous pouvions jouer une musique plus commerciale » mais tout en conservant sa personnalité, pourrait-on ajouter, ce que le public n’a compris que bien des années après les débuts des Velvet Underground.



Il faut cependant préciser que Lou Reed quitte le groupe quelques jours avant la sortie de Loaded, ceci afin de se consacrer à une carrière en solo. Le groupe continue sans lui et sort un album en 1973 qu’il convient d’oublier (Squeeze).

David Bowie, Brian Eno et Patti Smith sont quelques-uns des musiciens avouant que les Velvet Underground ont eu une influence décisive sur leur musique, et tout spécialement Lou Reed, dont l’œuvre musicale entamée avec les Velvet se poursuit en solo : Transformer, Coney Island Baby et Berlin sont trois des meilleurs albums que le New Yorkais a composés. Généralement plus posé, il n’en demeure pas moins poétique et anti-conformiste, comme en témoignent des titres comme Vicious, Perfect Day ou Walk on the wild Side. Son dernier album en date, The Raven, est sorti en 2003.



Publié dans Rock Legends

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parent Remy 17/01/2017 17:43

A ce sourire d'insecte qui pâme mes voyages et sait me sauver des mauvaises âmes errantes. Il est là femme d'un pays d'Inde qui respecte ma nature et m'apprend à régénérer ma feuille d'enfance. Qu'elle apprenne à son océan qu'une fleur peut naître par le pied d'un homme qui expire de songe Que j'en sois luciole d'un soir

Doug 03/01/2008 23:32

Salutmerci pour ce chouette resumé. Il m'a fallut presque 10 ans pour rassembler presque tous les bootlegs du velvet..une tonne de CD et de Vinyles! Le velvet, c'est du gros calibre, et parmis les albums officiel, je retiendrais le troisieme bien sur (le canapé), ou bien Loaded. Il ya Velvet avec ou sans Cale, pour moi ma preference revient à l'apres Cale. mais c'est une question de gout, bien sur.Le velvet c'est toute ma vie.Doug.

Systool 04/01/2008 13:48

Hello Doug et merci à toi pour cette véritable lettre d'amour à ce groupe! :-)

isidore 30/06/2007 22:28

quelques photos du concert à Paris surhttp://isidore.moreira.over-blog.com/

Systool 30/06/2007 23:57

Sympa, merci!! 

Arkham09 18/03/2007 15:07

Ah!!! excellent portrait de mon groupe préféré, c'était pour moi la réunion de gars bien trop en avance sur leur temps, la seule question que je me suis souvent posé vient de la gloire on va dire immédiate des Doors, pendant que le velvet underground n'a jamais pu s'extraire du milieu underground dans lequel il végétait.

Alors que selon moi le VU leur est supérieur (mais là il faut reconnaitre qu'on situe dans l'excellence avec ces deux groupes), leur propos était certes "tordu" selon les normes de l'époque mais guère plus que ceux des Doors (à la rigueur on peut considérer que la bande à Jim était un peu plus portée sur la poésie).

Le premier album des VU est selon moi leur meilleur, l'ouverture avec sunday morning: magnifique, même les morceaux avec NIco sont tous excellent notamment mon préféré: "I would be your miror", tout leur album est une suite de standard incontournable, au niveau de l'arrangement et de la production c'est radical d'efficacité et de génie.

Qui culmine avec bien sur le légendaire "Vénus in Furs", sur lequel je ne reviendrais pas tant cette compo est légendaire.

J'adore aussi d'autres morceaux issues de leur albums suivants notamment "VU" (j'ai pas trop acroché à White light...) : pale blue eyes et I am set free

Bref un groupe d'exception.



Systool 18/03/2007 15:50

Oui, un excellent groupe, c'est sûr. Leur côté avant-gardiste contrebalance leur musicalité moins prononcée que celle des DOORS, je dirais.

Sam 16/10/2006 13:46

J'ai ecouté une ou deux musie de ce groupe c'est vrai qu'il on fait des truc pas mal du tout!

Systool 16/10/2006 18:29

Ah ben c'est le moins qu'on puisse dire... ;-)