DREDG : El Cielo (2002, chronique)

Publié le par Systool

Malgré leurs origines californiennes, DREDG n’est pas vraiment le genre de formation à évoluer dans un neo-metal monosynaptique et tendance. Le groupe de Gavin Hayes préfère les ambiances oniriques teintées de lueurs mystiques, entre un LED ZEPPELIN ayant campé au Tibet durant trois ans et un A PERFECT CIRCLE plus organique. Après un premier album fascinant mais inégal, le tortueux Leitmotif, le groupe revient en 2002 - fraichement signé par le label Interscope – avec El Cielo. Long voyage dans les entrailles de notre esprit, cet album se base sur un concept original mais pour le moins fumeux : la paralysie du sommeil. Késako ? Il s’agit d’une entité médicale que l’on peut trouver dans les manuels de psychiatrie et qui décrit cette sensation d’engourdissement survenant au coucher et le plus souvent au réveil. On pense qu’environ 25 à 50% de la population a déjà vécu de telles manifestations. Bref, pas de quoi en faire un fromage. Peut-être que Gavin Hayes, ayant abusé de certaines herbes médicinales, pensait nous ouvrir les portes de la perception, mais il s’agit vraisemblablement d’un coup dans l’eau. Il semblerait que parmi les thèmes des prochains albums, le groupe a déjà planché sur le baillement et l’éternuement, mais cela reste à confirmer. Cessons immédiatement avec ce ton sarcastique, d’autant qu’une autre thématique, en quelque sorte liée à la paralysie du sommeil, entoure El Cielo : le fameux tableau de Salvador Dali intitulé « Dream caused by the Flight of a Bee around a Pomegranate one Second before Awakening  » que voici :


 


La première piste de l’album, un intermède baptisé Brushstroke : dcbtfoabaaposba, est là pour nous le montrer. Les plus perspicaces d’entre vous noteront que la deuxième partie du titre est en réalité un acronyme du nom de l’œuvre de Dali. De plus, on remarquera que de nombreux éléments du tableau (le canyon, le triangle…) ont inspiré des titres d’El Cielo. Sur ce, nous pouvons débuter une description plus terre-à-terre des chansons de cet album mystérieux de DREDG. Le premier intermède, où l’on entend un bonhomme grattant la terre avec un bâton et des petits bruits qui chatouillent nos oreilles, est suivi de Same Ol’ Road qui met en évidence la voix spectrale de Hayes et les harmonies du guitariste Mark Engles. Une excellente entrée en matière mettant en exergue ce côté spirituel que cultive le groupe. Le morceau suivant, Sanzen, bénéficie d’un refrain aérien imparable et d’un pont aux arrangements délicats. Brushstroke : new Heart Shadow, est l’un des cinq intermèdes qui jalonnent l’album, de courtes pièces instrumentales et atmosphériques. DREDG prend son temps avec l’introduction de Triangle, aux teintes psychédéliques contrastant avec ce refrain massif et néanmoins non dénué de subtilités ; Gavin Hayes reprendra même tel un mantra la phrase « we live like Penguins in the Desert, why can’t we live like Tribes ? », qu’on pouvait entendre sur l’album précédent.

 


Sorry but it’s over explicite cette alternance de couplets acoustiques et de refrains aux guitares distordues, même si le chant de Hayes reste toujours dans un registre aérien, à l’image des chœurs bouddhistes en fin de piste. On appréciera la puissance de Convalescent ainsi que la ballade au piano et les violons de Brushstroke : Walk in the Park, tandis que Eighteen People living in Harmony a davantage de peine à sortir du lot. Elle contient ces réflexes caractéristiques que DREDG sait mettre en évidence, mais dispose d’une construction quelque peu bancale. La légère et hypnotique Scissor Lock traite de cette fameuse paralysie du sommeil, alors que Brushstroke : Reprise, comme son nom l’indique, est une brève refonte de Same Ol’ Road agrémentée d’une conclusion acoustique très floydienne. Of the Room et It only took a Day s’avèrent deux des meilleurs titres de cet album à la densité du mercure. On y retrouve ce chant lyrique et inspiré, les guitares bipolaires et la solide section rythmique composée de Drew Roulette (un X-Man ?) et David Campanella. On termine avec l’étonnant Whoa is me, aux inspirations free jazz ainsi que The Canyon behind her qui recèle un court segment parlé en japonais faisant office de « mode d’emploi » d’El Cielo, avant que la guitare tourbillonnante d’Engles ne vienne emporter ces futiles considérations.

 

La musique de DREDG peut rebuter par son côté emphatique et des lyrics parfois passablement bâteau, mais le groupe est parvenu à maintenir un certain équilibre avec El Cielo, c’est pourquoi il mérite à mon sens que vous y jetiez une oreille attentive. On remarquera cependant qu’à force de trop jouer sur ce tableau, DREDG a proposé trois ans plus tard un Catch without Arms qu’on ne qualifiera pas de lamentable, mais manquant cruellement de « feu intérieur » et nous faisant subir une succession de chansons caricaturales et insipides.


 

DREDG – El Cielo (Interscope Records, 2002)

 

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- une chronique de Catch without Arms

 

 

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Publié dans Rock

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