THE RACONTEURS : Consolers of the Lonely (chronique, 2008)

Publié le par Systool

J'avoue que le premier effort de Jack White en compagnie de Brendan Benson au sein des RACONTEURS ne m'avait pas transcendé, mais n'étant pas rancunier pour un sou, j'ai décidé d'accorder une seconde chance, ce par l'entremise de Rémi (PLANET GONG) et de Dom, dont le bon goût n'est plus à prouver et qui ont encensé ce Consolers of the Lonely. Et bien m'en a pris, puisque sans révolutionner quoi que ce soit, ce deuxième album des fabulateurs du Michigan décline quatorze pièces plutôt efficaces. Après un départ bluesy, toutes guitares dehors, on a droit à un titre dans la lignée d'un WHITE STRIPES Salute your Solution – puis la ballade de rigueur avec Benson au piano. You don't understand me nous permet d'apprécier un joli refrain, tandis que l'intermède aérien nous renvoie aux pires heures du rock FM. Heureusement, la conclusion tapotante et pianistique ne manque pas de style, la section rythmique des GREENHORNES (Patrick Keeler et Jack Lawrence) suivant le broussailleux leader à la trace. La country entraînante de Old Enough comprend des violons virevoltants et un clavier mutin, et il est intéressant de constater la mutation du titre à mi-course, une guitare revêche faisant son entrée de façon passagère. The Switch and the Spur représente sans doute l'un des meilleurs témoignages de Consolers of the Lonely. Des brass semblant tout droit tirés du Grand Wazoo de Zappa (entendez : grandiloquents avec cette touche d'ironie chère au Maître) cotoient la basse glapissante de Keeler. Après deux minutes empruntant un tempo de sénateur, on part dans un trip avec force trompettes et solo hendrixien. Hold up nous rappelle que les RACONTEURS viennent tout de même de la ville qui a donné naissance aux sexuels STOOGES (même si les premiers n'hésitent pas, dans ce cas, à parsemer ce brûlot de wah wah).

 

 

 


Top Yourself navigue sur des territoires moins urbains, avec sa slide et son chant traînant, tandis que les instrumentations fastueuses reprennent le haut du pavé avec Many Shades of Black, une nouvelle démonstration de l'aisance de ces musiciens, surtout lorsqu'on considère son refrain déchirant et sublime. White et ses potes prennent un malin plaisir à alterner des pièces montées avec d'expéditifs hamburgers parfois dispensables mais à la saveur éprouvée (Five on the Five). Attendez, la formation ne comprend pas le rockeur le plus successful de ces dix dernières années pour rien. On verrait bien Attention sur l'album Era Vulgaris des QOTSA, ce qui aurait sensiblement relevé le niveau de cette bouze (qui a dit que je n'étais pas rancunier?). On croirait entendre Jagger et ses amis sur la brève Pull this Blanket off, alors que Rich Kid Blues exhibe un curieux amalgame d'arpèges country-sants, de claviers débridés et de hurlements dignes des pires représentants du rock pompier 80's. Consolers of the Lonely se termine sur une note plus apaisée avec l'acoustique These Stones will shout, même si la deuxième partie du titre voit l'entrée de six cordes rugissantes, Benson et White reprenant en choeur le refrain. Enfin, le quatuor entonne un blues dans la pure tradition de ces conteurs nostalgiques (Carolina Drama).

 

 

 


En somme, les blablateurs reviennent en grande forme. On avait critiqué Broken Boy Soldier en prétextant que White n'avait pas suffisamment de place pour s'exprimer et comme ce deuxième album est quasi-unanimement considéré comme meilleur, on s'est empressé d'affirmer que c'était grâce au talent du frontman des WHITE STRIPES. Il est vrai que son influence semble prépondérante sur certains des meilleurs titres (ceux à l'instrumentation plus riche, notamment) qui nous renvoient clairement aux pérégrinations de Icky Thump. Mais il serait injuste de ne pas louer le talent de Benson qui a sans aucun doute contribué massivement à la réussite de Consolers, aussi perfectible soit-il. Et puis, comme pour les STRIPES, le quartette possède cette lucidité consistant à inclure, outre l'aspect purement musical, une thématique, un look (les bardes du XXIème siècle) et une bonne dose de perversion commerciale, ce qui n'est pas pour nous déplaire. Rappelons que ce deuxième album est paru à peine quelques jours après avoir été annoncé (les coquins!). Les journalistes détestant les surprises – ils doivent se préparer psychologiquement à toute sortie – la moue était de rigueur. Mais en tant qu'auditeur, il serait tout à fait inopportun de bouder cette livraison.

 

 

 


THE RACONTEURS – Consolers of the Lonely (2008, Warner Bros)

 

 











THE RACONTEURS - Salute your Solution
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Publié dans Rock

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