Mark Z. Danielewski : La Maison des Feuilles (House of Leaves)

Publié le par Systool


Lorsque Johnny Truant répond à un appel de son ami Lude, il sait que désormais les choses ne seront plus jamais comme avant. Il apprend cette nuit-là que Zampanò, un voisin de Lude, a été retrouvé mort dans son appartement. Voici comment débute La Maison des Feuilles (House of Leaves), le premier roman de Mark Z. Danielewski, un auteur américain devenu culte après la sortie de cet OVNI. Car La Maison des Feuilles est plus qu'un simple bouquin : le support est déjà en lui-même une oeuvre d'art, la typographie recelant des surprises telles qu'une police de caractères différente pour chacun des narrateurs, des mots inscrits en couleur, à l'envers, en zig zag, un fouillis indescriptible censé reproduire ce que Zampanò a compilé durant sa vie. Ainsi, après cette introduction de Johnny, on se plonge dans le Navidson Record, soit cinq-cent pages rédigées par Zampanò, le vieil homme aveugle.


Il nous raconte l'histoire de Will Navidson et de sa famille qui, après avoir emmenagé dans une demeure baptisée Ash Tree Lane, vont découvrir qu'elle comprend de vastes pièces secrètes et changeant de disposition avec le temps. Zampanò complète ses descriptions avec d'innombrables apartés qui empruntent autant à la mythologie grecque (le Minotaure, Echo...) qu'à des considérations philosophiques ou scientifiques. Il se permet également d'ajouter des notes de bas de page nous renvoyant à des références parfois inventées de toute pièce. On suit en parallèle les déboires de Johnny Truant, employé dans un salon de tatouages qui, tout en commentant le texte de Zampanò, nous livre ses aventures d'un soir dans un style assez direct contrastant avec l'écriture rigide et neutre du vieillard.


Histoire d'admirer la mise en page...


Cette oeuvre bibliographique impressionnante de Danielewski repose sur la notion subjective d'authenticité maintes fois abordée dans ce roman contenant en annexe plus de deux cents pages de croquis de cette mystérieuse demeure, ainsi que des lettres de la mère de Johnny Truant adressées à son fils (qu'on retrouve dans le deuxième roman de l'Américain d'origine polonaise, The Whalestoe Letters). Pour couronner le tout, on citera l'album Haunted de sa soeur Annie Danielewski alias POE, censé constituer la bande-son de ce roman magique et destabilisant. De par ses mises en abyme et son caractère codifié, La Maison des Feuilles a été comparée à une nouvelle de Borges, Le Jardin aux sentiers qui bifurquent, ainsi qu'au roman Feu Pâle de Nabokov. De même, on retrouve certaines similitudes typographiques avec les écrits du philosophe français Jacques Derrida, adepte du déconstructivisme. Ainsi, le roman de Danielewski représente, au même titre que la maison dont il parle, une oeuvre en constante mutation, avec ses portes, ses impasses et ses couloirs dans lesquels on se perd sans cesse.



MARK Z. DANIELEWSKI : La Maison des Feuilles

(Pantheon Editions, 709 pages, 13 USD chez amazon.com en édition anglaise brochée "remastérisée")





A LIRE EGALEMENT...

- la chronique d'un album de ISIS inspiré de La Maison des Feuilles


Publicité

Publié dans Books

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :