ISIS : In the Absence of Truth (chronique)

Publié le par Systool


Il y a des années comme ça où un groupe nous inonde de sorties discographiques. Pour ISIS, combo bostonien communément rangé sous l’étiquette « post-metal », 2006 est placé sous le signe de l’abondance : après un split EP de 3 titres avec AEREOGRAMME (In the Fishtank, Volume 14) et un DVD live d’excellente facture (Clearing the Eye), voici le nouvel album du groupe : In the Absence of Truth. On avait quitté les Américains avec le réussi Panopticon (2004), qui montrait un semblant d’évolution par rapport à leur précédent effort, le classique Oceanic. ISIS nous revient aujourd’hui plus solide que jamais, développant ce son caractéristique qui lui a permis de s’imposer comme une valeur sûre du courant métal actuel. Voici une brève description de chacun des titres qui composent ce LP :


 

1. Wrists of Kings (7:45)

L’album débute avec une longue plage instrumentale, construite à partir du roulement incessant de la batterie d’Aaron Harris et les arpèges tendus des gratteux qui sont suivis d’une accalmie propice au chant mélodieux de Turner. Il s’agit là d’un des points forts de In the Absence of Truth ; en effet, le vocaliste est désormais plus pondéré et n’hésite pas à instiller ses lignes de chant clair pour mieux mettre en valeur les parties plus heavy, reléguées sur ce titre durant la conclusion cataclysmique, double grosse caisse à l’appui.


2. Not in Tears, but in Drops (7:48)

Cette deuxième piste démarre également de manière contrastée : des riffs acérés, une basse rebondissante et le chant aérien de Turner, avant un deuxième mouvement qui met en œuvre la rythmique claustrophobe chère au groupe de Boston. On notera sur ce titre cet enchainement constant de plages éthérées et d’accès furibonds, ainsi qu’un son de basse qui n’est pas sans rappeler TOOL. Un climax de l’album.


3. Dulcinea (7:10) 

On prend les mêmes et on recommence. ISIS a pris le parti, sur In the Absence of Truth, de laisser davantage de place à des lignes de chant qui s’intercalent entre les riffs pesants des guitaristes. En ce sens, Dulcinea fait office de titre-modèle de l’album. Il ne s’agit pas de la chanson la plus originale du lot, mais elle s’avère diablement efficace, surtout à l’écoute du maelström de guitares en 10/8 qui met fin à cette pièce.


4. Over Root and Thorn (8:31)

Après une longue introduction planante, la basse de Jeff Caxide oscille dans un climat de larsens qui se mue un instant en une déferlante métallique, mais c’est sans compter sur la versatilité des guitaristes qui nous assènent des arpèges délicats. La furie sonique ne tarde cependant pas à arriver, comme pour expliciter ce va-et-vient incessant entre calme et violence. Over Root and Thorn se conclut sur un riff massif auquel le batteur appose sa touche finale.


5. 1000 Shards (6:17)

Des accords scintillants viennent ouvrir ce titre aux ambiances aquatiques, comme cela est souvent le cas avec ISIS. Leur capacité à créer des atmosphères évoquant les éléments naturels représente l’un des traits les plus appréciables du groupe. Une musique ayant tour à tour la légéreté de l’air et la pesanteur d’un bloc de granit.

 

La couverture de In the Absence of Truth, qu'on pourrait baptiser "un Tissu de Mensonges"

 

6. All out of Time, all into Space (3:04)

Cette courte piste (pour ISIS, habitué aux opera de 7-8 minutes) s’avère en réalité un intermède dans la lignée de Maritime - sur Oceanic (2002) - nous permettant de souffler quelques instants après de tels assauts…


7. Holy Tears (7:04)

… mais bien vite, les décibels sont à nouveau légion, à l’image du riff simpliste mais surpuissant qui ouvre ce septième titre. Holy Tears représente l’un des témoignages les plus probants du ISIS cuvée 2006. Turner ne rechigne pas à caler sa voix mélodieuse sur la musique heavy de la troupe, tandis que l’interlude au clavier est de toute beauté.


8. Firdous E Bareen (7:50)

L’avant dernier titre, un instrumental extensif mené par les percussions électroniques et organiques de Aaron Harris, nous permet d’apprécier la capacité du groupe à créer des boucles hypnotiques et lénifiantes, aux sonorités moyen-orientales plaisantes.


9. Garden of Light (9:17)

In the Absence of Truth se termine sur ce titre ésotérique brillamment interprété par le groupe qui nous propose une montée progressive d’arpèges se muant en un riff tonitruant. Après un lick plutôt rapide pour les standards d’ISIS et un refrain qui met en valeur la voix de bête de Turner, on retombe sur une plage aérée consistant en des nappes de guitare qui se juxtaposent et viennent conclure cet album épique.



On sait que les cinq Américains, outre le fait de composer des titres complexes, aiment proposer une thématique à la portée philosophique. Exit la paranoïa de la vidéo-surveillance explicitée sur l'album précédent, ISIS traite cette fois de la notion de "vérité", illustrée par des références au Don Quichotte de Cervantes, à l'inventif House of Leaves de Danielewski ainsi qu'à l'une des histoires les plus célèbres et fascinantes du monde arabe : la secte chiite des Nizârites à laquelle Hassan-i-Sabbah contribua au XIème siècle afin de lutter contre les autres institutions religieuses perses. Cet homme endoctrinait ses membres d'une drôle de manière : il les droguait puis, lorsqu'ils se réveillaient dans son jardin luxuriant (Firdous e Bareen), leur faisait croire qu'ils étaient au paradis et qu'ils devaient suivre tous ses ordres s'ils voulaient y accéder à nouveau. Ainsi sont nés ces tueurs sanguinaires (les Haschischins) dont le patronyme est peut-être à l'origine du mot français « assassin », même si la question est sujette à controverse. On retrouve d'ailleurs dans le livret de In the Absence of Truth la phrase sibylline


Nothing is true, everything is permitted

(rien n'est vrai, tout est permis)


qui est parfois attribuée à Hassan-i-Sabbah. A noter que de nombreux auteurs tels que William Burroughs, Umberto Eco, Boris Akounine ou Dan Brown se sont inspirés des frasques du "vieil homme de la montagne" et ses méthodes de conditionnement.

Il est clair que ISIS, sans révolutionner son propos, a montré une belle progression depuis Panopticon, notamment au niveau du chant qui, même s’il est assez linéaire et parfois scolaire, apporte un peu de fraicheur dans l’univers du groupe. Aaron Turner avait jadis la mauvaise habitude d’hurler sans cesse et cela pouvait devenir énervant, n’en déplaise aux fans inconditionnels de Oceanic. Ce nouvel album nous propose également une approche plus novatrice au niveau de la structure des titres, là où ceux de Panopticon étaient souvent calqués sur le même schéma. L’apport d’autres instruments tels que les claviers ou des percussions orientales n’est pas non plus étranger au succès de In the Absence of Truth, un album sans faux pas qui permet à ISIS de reléguer la manne de suiveurs à quelques encablures et de devenir incontestablement l’un des groupes essentiels du rock dur actuel. 

 

ISIS – In the Absence of Truth (Ipecac Recordings, 2006)

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A LIRE EGALEMENT...


- la chronique de Panopticon

- le "brand new" site de ISIS

Publié dans Metal - Hardcore

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Youkou de Bannissement :0039: 03/11/2006 16:03

Bon j'allais te dire, j'aime pas ce genre là mais me suis donnée un peu de peine d'écouter, là, à côté, dulcinea... et au final ce n'est pas pire que ce je pensais... (français ma phrase?) bref tu comprends... alors tant qu'on peut écouter chez toi, en se faisant une opinion de la chose, c'est cool... allez je t'embrasse bise

Systool 03/11/2006 21:11

ciao youkou! je crois qu'il faut laisser une chance à tout... si la musique que je te propose te bouscule un peu ou t'étonne, pour moi, le pari est gagné...

carole 03/11/2006 15:31

Salut Sys! Je pars demain matin en vacances. En attendant, je te souhaite un bon week end, une bonne semaine et te dis à bientôt à mon retour! Il y aura quand même un tout petit peu de lecture sur mon blog et peut être une compilation qui te fera sourire ou réagir en mon absence!! Bises

Systool 03/11/2006 21:08

hello carole! je vais passer chez toi demain! A+ et bonnes vacances

Tuân 03/11/2006 09:26

Décidément, tu parles bien souvent de trucs bizarres...

Systool 03/11/2006 13:24

De trucs bizarres? Qu'est-ce qui est bizarre?

Fab de l An Mil 02/11/2006 15:18

Quand j'étais jeune, un coup, j'ai grillé un stop en mobylette et je me suis retrouvé le nez sur le capot d'une R19 (j'ai pas eu mal, on avait eu le temps de freiner assez). Le conducteur descend de sa voiture "T'as pas vu l' panneau, p'tit con?", et c'est là que j'ai reconnu sa femme sur le siège passager "Oh! C'est Annick!".
Pardon.

Systool 02/11/2006 15:57

Désolé de ne pas avoir saisi tout de suite ton jeu de mot... A+ Fab

Fab de l An Mil 02/11/2006 13:15

Ah oui, j'ai oublier de dire ça :
Quand j'étais jeune, un coup, j'ai grillé un stop en mobylette et je me suis retrouvé le nez sur le capot d'une R19 (j'ai pas eu mal, on avait eu le temps de freiner assez). Le conducteur descend de sa voiture "T'as pas vu l' panneau, p'tit con?", et c'est là que j'ai reconnu sa femme sur le siège passager "Oh! C'est Annick!".
Désolé. J'ai pas pu m'empêcher...
 

Systool 02/11/2006 14:22

Faudra que tu m'expliques le lien, Fab :-)