Eternal Sunshine of the Spotless Mind (Michel Gondry, 2004)
Le synopsis de Eternal Sunshine of the spotless Mind (qu’on abrégera désormais Eternal Sunshine ou encore ESOTSM) peut se résumer en une phrase : Joel et Clémentine se sont rencontrés, se sont aimés et se sont séparés. Pas très original, me direz-vous… D’autant que l’idée leur vient de contacter une « agence médicale » un peu louche qui fait dans l’effacement des souvenirs reliés à une personne…
Qui d’entre vous n’a jamais souhaité oublier son ancien conjoint après une rupture douloureuse ? Vous y avez pensé, Michel Gondry l’a fait.
Issu d’une famille française d’artistes et de musiciens en particulier (son grand-père a inventé le clavioline, un synthétiseur rudimentaire), le jeune Michel a tout naturellement baigné dans ce milieu dès son plus jeune âge : voulant tout d’abord suivre les traces de son illustre aïeul, il forme finalement un groupe de punk rock, tourne des clips de ses compositions et sa manière originale de filmer attire rapidement l’attention de Björk, la polaire Islandaise. Dès lors, de nombreux musiciens réclament ses services : Massive Attack, les Rolling Stones, Beck…Sans oublier IAM (« Je danse le Mia », c’est lui…), les Foo Fighters, White Stripes…
En 2001, il se lance dans le long métrage, mais au contraire de certains de ses collègues (McG avec Charlie’s Angels), il ne se contente pas de tourner un clip d’une heure et demi…
Son premier film, Human Nature est déjà bien barré : la présence de Charlie Kaufman comme metteur-en-scène n’y est pas forcément pour rien. On lui doit Dans la peau de John Malkovich, Confessions d'un homme dangereux et Adaptation, des délires notoires…
En bref, Lila (P.Arquette) souffre d’hirsutisme, un trouble de la puberté provoquant une pilosité importante chez la femme (chez l’homme, ça s’appelle simplement « être trop poilu »). Méprisée par ses pairs, elle décide de se réfugier dans la forêt où elle va écrire un best-seller à portée écologique. Se sentant un peu seule, elle va finalement retourner à la civilisation et faire la rencontre de Nathan Bronfman (Tim Robbins), un scientifique n’ayant pas encore mouillé son biscuit…
Présenté au Festival de Cannes 2001, Human Nature n’attira cependant pas les foules au cinéma.
Trois ans plus tard, Gondry nous propose donc son deuxième film, Eternal Sunshine…, avec Jim Carrey et Kate Winslet en tête d’affiche, dans les rôles des fameux Joel et Clémentine. Lui, un timide gribouillant à tout moment dans un journal intime, elle une délurée un peu portée sur la boisson et changeant de teinte de cheveux comme de chaussettes. Il succombe à ses mèches oranges, elle ne peut résister à sa tête de bêta. Et là, c’est le drame. Après quelques mois de vie commune, ils se séparent et Joel apprend vite que Clémentine a contacté une agence, Lacuna Inc., qui lui a effacé tout souvenir rapporté à lui. Cela semble avoir marché puisqu’elle ne le reconnaît pas lorsqu’ils se rencontrent dans une librairie quelques jours après la séparation.
Joel décide alors de subir la même intervention et Michel Gondry en profite pour nous raconter l’histoire de leur couple à travers les souvenirs progressivement effacés du jeune homme. Le scénario est alambiqué mais Gondry fait toujours en sorte que l’on ne se perde pas dans les circonvolutions corticales de Joel. La mise-en-scène est carrément terrifiante et Charlie Kaufman, récipiendaire d’un Academy Award pour son travail, s’en donne à cœur-joie : flash-backs, situations absurdes, plans hallucinés…
En dehors de l’aspect technique, on notera la composante émotionnelle très forte qui ressort de ce film ; c’est en « connaissant » les personnages que l’on peut s’émouvoir face à leur situation et Michel Gondry peut compter sur cela lorsqu’il a la possibilité de diriger un acteur tel que Jim Carrey, alien d’Hollywood qui alterne comédies stupides (Bruce tout-puissant récemment) et rôles de compositions plus sérieux et profonds (citons par exemple Man on the Moon, The Truman Show ou encore The Majestic). Kate Winslet, très touchante et pleine de spontanéité, nous prouve si besoin était qu’elle demeure une grande actrice. N’oublions pas qu’il s’agit de Madame Sam Mendes (le réalisateur de American Beauty et Les Sentiers de la Perdition). Quant aux rôles secondaires, ils méritent que l’on s’y attarde un instant. Il s’agit quasi exclusivement des membres de l’entreprise Lacuna : le médecin, interprété par Tom Wilkinson, abonné aux seconds rôles de classe (Shakespeare in Love, Full Monty) ; Kirsten Dunst, sa secrétaire, modèle bécasse mais qui aura son mot à dire dans l’histoire. Enfin, Mark Ruffalo (Collateral) et Elijah Wood (Frodon…) sont convaincants dans le rôle des deux techniciens désemparés face à la tournure de l’expérience. Le personnage de Patrick (Elijah Wood) fait même preuve d’une bassesse digne de…Gollum !
Acclamé unanimement par la presse et les critiques (César 2004 du meilleur film étranger), ESOTSM a bénéficié d’un accueil favorable et a surtout confirmé tout le bien qu’on pouvait penser de Michel Gondry qui a en quelque sorte marqué l’essai. Se plaçant dans la lignée des Jean-Pierre Jeunet et autres Spike Jonze, il est sans conteste l’un des réalisateurs les plus prometteurs de ces prochaines années. Donc, à suivre.
Qui d’entre vous n’a jamais souhaité oublier son ancien conjoint après une rupture douloureuse ? Vous y avez pensé, Michel Gondry l’a fait.
Issu d’une famille française d’artistes et de musiciens en particulier (son grand-père a inventé le clavioline, un synthétiseur rudimentaire), le jeune Michel a tout naturellement baigné dans ce milieu dès son plus jeune âge : voulant tout d’abord suivre les traces de son illustre aïeul, il forme finalement un groupe de punk rock, tourne des clips de ses compositions et sa manière originale de filmer attire rapidement l’attention de Björk, la polaire Islandaise. Dès lors, de nombreux musiciens réclament ses services : Massive Attack, les Rolling Stones, Beck…Sans oublier IAM (« Je danse le Mia », c’est lui…), les Foo Fighters, White Stripes…
En 2001, il se lance dans le long métrage, mais au contraire de certains de ses collègues (McG avec Charlie’s Angels), il ne se contente pas de tourner un clip d’une heure et demi…
Son premier film, Human Nature est déjà bien barré : la présence de Charlie Kaufman comme metteur-en-scène n’y est pas forcément pour rien. On lui doit Dans la peau de John Malkovich, Confessions d'un homme dangereux et Adaptation, des délires notoires…
En bref, Lila (P.Arquette) souffre d’hirsutisme, un trouble de la puberté provoquant une pilosité importante chez la femme (chez l’homme, ça s’appelle simplement « être trop poilu »). Méprisée par ses pairs, elle décide de se réfugier dans la forêt où elle va écrire un best-seller à portée écologique. Se sentant un peu seule, elle va finalement retourner à la civilisation et faire la rencontre de Nathan Bronfman (Tim Robbins), un scientifique n’ayant pas encore mouillé son biscuit…
Présenté au Festival de Cannes 2001, Human Nature n’attira cependant pas les foules au cinéma.
Trois ans plus tard, Gondry nous propose donc son deuxième film, Eternal Sunshine…, avec Jim Carrey et Kate Winslet en tête d’affiche, dans les rôles des fameux Joel et Clémentine. Lui, un timide gribouillant à tout moment dans un journal intime, elle une délurée un peu portée sur la boisson et changeant de teinte de cheveux comme de chaussettes. Il succombe à ses mèches oranges, elle ne peut résister à sa tête de bêta. Et là, c’est le drame. Après quelques mois de vie commune, ils se séparent et Joel apprend vite que Clémentine a contacté une agence, Lacuna Inc., qui lui a effacé tout souvenir rapporté à lui. Cela semble avoir marché puisqu’elle ne le reconnaît pas lorsqu’ils se rencontrent dans une librairie quelques jours après la séparation.
Joel décide alors de subir la même intervention et Michel Gondry en profite pour nous raconter l’histoire de leur couple à travers les souvenirs progressivement effacés du jeune homme. Le scénario est alambiqué mais Gondry fait toujours en sorte que l’on ne se perde pas dans les circonvolutions corticales de Joel. La mise-en-scène est carrément terrifiante et Charlie Kaufman, récipiendaire d’un Academy Award pour son travail, s’en donne à cœur-joie : flash-backs, situations absurdes, plans hallucinés…
En dehors de l’aspect technique, on notera la composante émotionnelle très forte qui ressort de ce film ; c’est en « connaissant » les personnages que l’on peut s’émouvoir face à leur situation et Michel Gondry peut compter sur cela lorsqu’il a la possibilité de diriger un acteur tel que Jim Carrey, alien d’Hollywood qui alterne comédies stupides (Bruce tout-puissant récemment) et rôles de compositions plus sérieux et profonds (citons par exemple Man on the Moon, The Truman Show ou encore The Majestic). Kate Winslet, très touchante et pleine de spontanéité, nous prouve si besoin était qu’elle demeure une grande actrice. N’oublions pas qu’il s’agit de Madame Sam Mendes (le réalisateur de American Beauty et Les Sentiers de la Perdition). Quant aux rôles secondaires, ils méritent que l’on s’y attarde un instant. Il s’agit quasi exclusivement des membres de l’entreprise Lacuna : le médecin, interprété par Tom Wilkinson, abonné aux seconds rôles de classe (Shakespeare in Love, Full Monty) ; Kirsten Dunst, sa secrétaire, modèle bécasse mais qui aura son mot à dire dans l’histoire. Enfin, Mark Ruffalo (Collateral) et Elijah Wood (Frodon…) sont convaincants dans le rôle des deux techniciens désemparés face à la tournure de l’expérience. Le personnage de Patrick (Elijah Wood) fait même preuve d’une bassesse digne de…Gollum !
Acclamé unanimement par la presse et les critiques (César 2004 du meilleur film étranger), ESOTSM a bénéficié d’un accueil favorable et a surtout confirmé tout le bien qu’on pouvait penser de Michel Gondry qui a en quelque sorte marqué l’essai. Se plaçant dans la lignée des Jean-Pierre Jeunet et autres Spike Jonze, il est sans conteste l’un des réalisateurs les plus prometteurs de ces prochaines années. Donc, à suivre.
ETERNAL SUNSHINE OF THE SPOTLESS MIND - USA - 2004
réalisé par Michel Gondry

réalisé par Michel Gondry

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