AMERICAN GANGSTER (Ridley Scott, 2007)
Il est amusant de constater le nombre de films dont le titre comprend « American »: AMERICAN BEAUTY, AMERICAN PSYCHO, AMERICAN HISTORY X. Chacun représente en quelque sorte une facette de cette nation qu'on se plait à dénigrer, mais dont l'influence sur le reste de l'occident ne se dément jamais. AMERICAN PIE, aussi, qui proportionnellement est peut-être encore plus représentatif des Etats-Unis. Et voici venir le nouveau long-métrage de Ridley Scott. On a vite fait d'oublier les dernières productions du britannique (A GOOD YEAR, KINGDOM OF HEAVEN) car, finalement, il arrive à tout le monde de faire des faux pas. Scott décide donc de porter à l'écran la curieuse histoire de Frank Lucas, un des barons de la drogue ayant sévi durant les années 70. Son choix s'est logiquement porté sur Denzel Washington, l'un des acteurs afro-américains les plus célèbres et réputés. Soit. Face à lui, l'intègre Richie Roberts, inspecteur dans le New Jersey. Russell Crowe, cul et chemise avec Ridley Scott depuis le succès de GLADIATOR, ne pouvait pas manquer au générique. Ce sera donc AMERICAN GANGSTER, un biopic des bas-fonds dans le sillage des AFFRANCHIS et de SCARFACE. J'ai toujours eu une attirance pour les films de gangsters, allez savoir pourquoi.
Après un préambule qui m'a quelque peu décontenancé (une succession bien trop rapide de scènes), Scott pose l'ouvrage sur le métier et va nous conter le destin palpitant de Frank Lucas : homme de main de Bumpy Johnson qui a régné durant 30 ans sur Harlem, Frank profite de cette proximité pour apprendre tous les filons du métier. Le sens de la famille, la discrétion, la nécessité de se faire apprécier du peuple. Une fois que son mentor succombe, Lucas se sent prêt à reprendre les rênes. Profitant du marasme ambiant (la guerre du Vietnam), il va importer de la drogue depuis l'Asie par un habile stratagème et casser les prix du marché : sa Blue Magic est pure et elle coûte moins cher que la daube de ses concurrents italiens, qui commencent à ressentir jalousie et impuissance face à la création de ce nouvel empire.

Richie Roberts (R. Crowe), c'est une grosse blague dans le milieu de la police du New Jersey. Il faut rappeler que ce type n'a pas trouvé mieux que de consigner près d'un million de Dollar non marqués et saisis lors d'une mission. Certains diront qu'il est honnête, d'autres que c'est un imbécile. Question de point de vue. Désormais affilié à la brigade des stupéfiants, il va se pencher sur la provenance de cette fameuse Blue Magic et constater qu'il a des points communs avec Frank Lucas, tous deux ayant un certain sens de l'intégrité et sont considérés comme des parias dans leur milieu. Un nombre consistant de personnages gravitent autour des deux figures principales : les frères et cousins de Lucas, venus de Caroline du Nord pour lui prêter main forte (on citera les rappeurs Common et T.I.), des flics ripoux qui mettront des bâtons dans les roues de Roberts, tels que Trupo, interprété par l'excellent Josh Brolin, décidément très présent ces derniers temps (NO COUNTRY FOR OLD MAN, PLANET TERROR). Citons également RZA – l'un des piliers du WU-TANG qui joue un collègue de Roberts. AMERICAN GANGSTER se pare en outre d'une bande originale efficace qui fait la part belle aux standards du funk et de la soul. Jay-Z a par ailleurs composé un album de hip hop inspiré du film mais dont Ridley Scott n'a pas voulu comme accompagnement, souhaitant conserver un feeling plus authentique de cette époque.
Comme pour ajouter de la crédibilité à son propos, Ridley Scott s'est entouré de Nicholas Pileggi, auteur de CASINO et des AFFRANCHIS et faisant référence en matière de mafiologie. Ainsi, AMERICAN GANGSTER constitue une belle variation du genre et l'un des meilleurs films de 2007, mais ne deviendra probablement jamais une oeuvre culte en raison de son traitement trop classique.

AMERICAN GANGSTER
USA – 2007
réalisé par Ridley Scott
Avec Denzel Washington, Russell Crowe, Chiwetel Ejiofor, Josh Brolin