The Taste of Tea (K. Ishii, 2004)
Il peut être rafraichissant, si ce n’est essentiel, de s’ouvrir de temps en temps à d’autres horizons cinématographiques, d’autant plus quand la machine à films occidentale (surtout américaine) nous sert jusqu’à plus soif ses réalisations montées comme des vidéo-clips et ayant la profondeur d’une table rase. Ainsi, l’une des jolies surprises du cinéma asiatique de l’année 2005 aura sans doute été The Taste of Tea (Cha No Aji), le dernier film du Japonais Katsuhito Ishii. J’avoue être passé à côté lors de son éventuelle sortie en salles, mais heureusement, l’existance du DVD a parfois du bon…
Première recommandation : ne vous fiez pas à l’allure kitsch à souhait de la couverture ou de certaines scènes. Vous pourriez croire qu’il s’agit d’une refonte nipponne d’un quelconque navet bollywoodien, ce qui s’avererait une erreur monumentale. The Taste of Tea est un film contemplatif, poétique et parfois amusant qui nous relate essentiellement les journées d’une famille assez normale, du moins en apparence. Le père, un hypnotiseur, sa femme qui dessine des mangas en s’inspirant des poses de guerrier de son beau-père. Sans oublier les enfants : Hajime (T. Sato), un jeune garçon à la timidité sidérante, et sa petite sœur Sachiko (M. Banno) qui présente une caractéristique originale - elle a toujours l’impression qu’un double d’elle-même, en beaucoup plus grand, est derrière elle.
En dehors de la psychose manifeste de cette bambine, on suivra également les frasques de son oncle Ayano, un individu qui prend à la lettre la philosophie « gueusive » (pour ceux qui ne sont pas familiarisés à cette terminologie, veuillez vous référer au bas de l’article). Le réalisateur Ishii utilise une construction qui nous fait penser au Short Cuts de Robert Altman, avec ses personnages reliés progressivement les uns aux autres, mais sa véritable réussite consiste en ce mélange aigre-doux de saveurs traditionnelles et modernes : la nature y cotoie les effets spéciaux colorés tout droit sortis de l’imagination de Hajime ou sa petite sœur. L’apparente simplicité de l’histoire et des situations contraste en outre avec le traitement sophistiqué de l’image (le clair de lune pixelisé, par exemple) et The Taste of Tea nous donne un aperçu satisfaisant de l’éducation et du comportement si particuliers des Japonais, sans tomber dans une caricature risible.
Il s’agit pour conclure d’un film qui peut sembler morne de prime abord mais qui éveille surtout dans sa dernière partie une réaction profondément émotionnelle chez le spectateur, de par sa poésie et les sujets abordés. Une jolie surprise qu’on déguste un soir de pluie, avec une tasse de thé parfumé au jasmin.
THE TASTE OF TEA (Japon – 2004)
Un film de Katsuhito Ishii
Avec Mayo Banno, Takahiro Sato
Gueusif : qui dénote d’une attitude nonchalante