Thomas Pynchon : Vente à la Criée du Lot 49

Publié le par Systool

Si on souhaitait forcer quelque peu le trait, on pourrait dire que le titre Vente à la Criée du Lot 49 est l'élément le moins bizarre du deuxième roman de Thomas Pynchon, auteur américain dont le talent est inversement proportionnel à la prolixité (à peine 6 romans en 40 ans, dont le dernier, Against the Day, paraît en 2006). On suit Oedipa Maas, une jeune californienne devenue l'exécutrice testamentaire d'un certain Pierce Inverarity, riche agent immobilier fraichement disparu et dont elle fut l'amante durant une brève période. Accompagnée par le co-exécuteur du testament, Metzger, Oedipa va rencontrer une kyrielle de personnages abracadabrant(esque)s et découvrir un réseau postal occulte, W.A.S.T.E., censé concurrencer le service officiel des postes, Thurn and Taxis. Reconnaissable par son blason représentant un cor avec une sourdine,


Cor Pynchon

cette société secrète aurait été créée par un certain Tristero, un révolutionnaire espagnol du XVIème siècle et dont on retrouve le nom dans une seule édition d'une pièce de théâtre anglaise, The Courier's Tragedy, autre invention subtile de Pynchon dont le résumé reprend en quelque sorte la thématique de Vente à la Criée du Lot 49. L'intrigue semble passablement touffue. A vrai dire, elle est surtout particulièrement impalpable, l'héroïne de cette histoire s'interrogeant sans cesse sur l'existence véritable de cette organisation. Inverarity a-t-il voulu lui laisser un message à dessein ou est-elle en train d'imaginer tout cela? Des timbres trafiqués et des poubelles servant de boîtes postales semblent lui prouver le bien-fondé de ses soupçons...

Oedipa va donc jouer aux détectives, réalisant plusieurs aller-retours entre Los Angeles et San Francisco, à l'aube du Flower Power, qui la verront croiser des espèces de Beatles chevelus ayant forcé sur le pétard, un metteur en scène emphatique, des physiciens mystérieux, ou encore un acteur avocat lui narrant une curieuse histoire de filtres à cigarettes fabriqués avec les ossements de soldats américains morts durant la seconde guerre mondiale. Pour couronner le tout, son copain Mucho n'a rien trouvé de mieux que de s'initier au LSD pour fragmenter les sons autour de lui, tandis que son psychiatre, le Dr Hilarius, dealer d'acide lysergique au passage, est pris d'accès de paranoïa plutôt inquiétants.


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Outre ces déflagrations surréalistes, Thomas Pynchon parsème son roman de références à la physique, notamment le Démon de Maxwell, théorie censée violer la seconde loi de la thermodynamique et traçant un parallèle ingénieux entre le désordre et la communication. De par son traitement original des plaies de notre temps et le mélange incessant de la culture populaire et d'événements historiques majeurs, Vente à la Criée du Lot 49 représente, comme toute la bibliographie de Pynchon, un pied de nez grinçant à l'immobilisme ambiant et la superficialité de notre société, ce dont certains musiciens au nombre de neurones supérieur à 8 se sont d'ailleurs inspirés, tels que RADIOHEAD qui a baptisé son service de courrier : W.A.S.T.E.


Thomas Pynchon – Vente à la Criée du Lot 49
(The Crying of Lot 49)

disponible en poche aux Editions Points



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Un article de Bif




There There de RADIOHEAD, dont les dernières paroles (« We are Accidents waiting to happen ») entrent en résonance avec l'oeuvre pynchonienne...

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