BLACK MILK : Popular Demand (chronique, 2007)
Lassé par Finding Forever, la dernière livraison du Gandhi chicagoan, alias Common, j'ai décidé de jeter mon dévolu sur un espoir de la scène hip hop de Detroit, à savoir Black Milk, rappeur et producteur dont le premier album, Popular Demand, paraît sur le label Fat Beats. Tributaire de la scène locale, que ce soit les atmosphères soul de la maison Motown ou encore les préceptes du maître rappologue J Dilla, refroidi il y a de cela une année, la musique de Black Milk opère un métissage sympathique qui évite les poncifs du gangsta rap sans verser pour autant dans des délires trop abstraits. Dès les premières notes de Popular Demand, le titre introductif de cet album homonyme, on est happé par les samples sensuels et chaleureux que le jeune homme nous délivre avec une joie communicative. Le premier single, Sound the Alarm, évolue sur un terrain plus urbain, à l'image de ses sirènes et de l'escalier de basse, mais dès la piste suivante, l'ami Curtis Cross (le vrai nom de Black Milk) revient à ses amours composées de voix féminines pitchées et de cuivres flamboyants, comme ceci est le cas sur Shut it down ou encore U, dédié fort à propos aux descendantes de Venus (= les femmes, faut suivre!). Black Milk a peut-être encore du lait (noir) derrière les oreilles, mais il faut dire qu'à 24 ans à peine, il fait preuve d'une belle maîtrise puisqu'à l'image de J Dilla ou Kanye West, il se charge à la fois de la musique et des paroles, cela va sans dire, avec un brio remarquable. Popular Demand a le mérite de compter des tracks succinctes, ne dépassant jamais les quatre minutes, ce qui permet à l'auditeur de conserver une écoute attentive du début à la fin. De plus, Black nous fait cadeau d'une poignée d'instrumentales, telles que Luvin' it et Play the Keys, qui font office de temps mort entre les morceaux rappés.
Parmi les highlights, on citera les claviers rythmés et les claquements de doigts de Watch'em, l'escapade à trois de Three+Sum (que ce coquin de Black Milk aurait pris le soin de filmer) ou encore Action, où Cross est en bonne compagnie puisqu'il est épaulé par Slum Village, dont il a produit l'album éponyme en 2005. N'oublions pas One Song, qui regroupe toutes les caractéristiques de ce premier album : un flow rapide et tranchant, un beat svelte qui s'insinue dans nos oreilles frémissantes et ces vieux samples semblant tout droit sortis d'un album de James Brown. Quelques mots sur le CD bonus qui comprend à son tour quelques instrus soulful (Broken Wax) ou plus sombres (Pressure, Danger) que l'on pouvait retrouver sur l'EP paru en 2006, Broken Wax. Popular Demand se place comme l'un des meilleurs albums de hip hop de l'année, car malgré son aspect quelque peu redondant, il a su apporter un semblant de fraicheur et attirer l'attention sur l'un des représentants les plus prometteurs de la scène de Detroit. Qu'on se le tienne pour dit.
Black Milk – Popular Demand (Fat Beats Records, 2007)
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Le clip de "Sound the Alarm"
