BECK : Odelay (chronique, 1996)
Un classique des années 90, tout simplement. L’album le plus éclectique et le plus impressionnant du petit génie BECK. Il a l’avantage de mêler une multitude de styles, souvent au sein d’un même morceau, sans pour autant donner l’impression de se disperser. Voici une description de chacun des titres :
1. Devils Haircut
Un morceau bien pop-rock, entrainant et incisif. L’apport des DUST BROTHERS à la production est essentiel, spécialement dans le traitement des percussions, ici très axées hip-hop. Un excellent apéritif et l’un des singles de Odelay.
2. Hotwax
Une intro country avant le rap de BECK pendant la couplet. Des intermèdes blues-hip hop mêlant harmonica et guitares samplées. Un titre très riche musicalement.
3. Lord only knows
Après un hurlement de Mike Millius (sample), on démarre avec des accords country folk et la voix désabusée de l’angeleno. Le refrain est dans la même trempe, avec ses trois guitares : une acoustique, une électrique battant la mesure et une lap-steel donnant cette atmosphère très pittoresque. Le morceau se termine avec un intermède où le chanteur déclame « Odelay »… rappelons que le titre de l'album devait être "Orale" ("Salut" dans un patois hispanique) mais une erreur de retranscription de la part d'un ingénieur a fait pencher la balance pour "Odelay"...
4. The New Pollution
Une intro indescriptible mêlant des chœurs d’un autre temps, des flutes et des sons samplés puis la rythmique démarre avec son beat entrainant et sa guitare bluesy. BECK joue encore les désinvoltes en décrivant une jeune fille qu’on aimerait pas tellement rencontrer… et métaphore de l'Amérique. Intermèdes jazzy au saxo et au clavier. Un autre single de l’album.
5. Derelict
Un titre apaisant, très orienté par les percussions et les ambiances indiennes qui confèrent un côté psychédélique pas déplaisant. Intermède trippant et hypnotique. BECK joue les George Harrison trip hop.
6. Novacane
Après le calme de Derelict, la tempête de Novacane. Ça débute gentiment avec des arpèges folk, mais on est assez vite entrainé sur un riff punky aux teintes electro et aux samples hip-hop, suivi du couplet rappé de BECK. Encore un gros travail des DUST BROTHERS sur les beats hip-hop et les samples funky, qui laissent la place au climax du morceau, où le chanteur hurle « Novacane »… nous ne sommes pas au bout de nos peines puisque le titre se termine avec une plage electro bruitiste à la limite de la cacophonie… Un monument de fusion frénétique.
7. Jack-Ass
Un morceau plus tranquille et dépouillé que le précédent. Essentiellement la voix mélodieuse de BECK, accompagné d’un duo de guitare et des percussions. En deuxième partie de chanson, on introduit des beats plus synthétiques ainsi qu’un sample d’harmonica de It’s all over now Baby Blue de Bob Dylan.
8. Where it’s at
Le hit de l’album, au même titre que Loser deux ans plus tôt. Where it’s at a cependant l’avantage d’être bien plus varié : après l’intro à l’orgue, Beck fait son entrée avec un rap de blanc-bec. Le refrain, un classique, contient des samples de voix robotiques entre les BEASTIE BOYS et DAFT PUNK (I got two turntables and a Microphone). Intermèdes jazzy. Le titre se conclut avec un solo de guitare blues en duel avec un clavier.
9. Minus
Un morceau punk lo-fi débutant avec une basse rageuse et une batterie digne des CLASH. Des couplets nerveux avec pas mal d’effets sur les voix.
10. Sissyneck
Beck entre en matière en sifflotant. Suivent des accords et des chœurs très country. Un refrain imparable avec la voix superbe de BECK et ses licks sudistes. Un troisième couplet réussi avec le solo de Mike Boito à l’orgue.
11. Readymade
Un titre qui ne paye pas de mine avec son beat fatigué, sa guinbarde et sa guitare trainante. Le chant de Beck est très proche de celui de John Mc Crea (CAKE). Break bossa nova.
12. High 5 (Rock the Catskills)
Une autre piste hip-hop avec, en intro, un sample rap-funk digne du DJ SHADOW des débuts. Effet de mégaphone pendant le couplet rappé, refrain massif et énervé avant un post-refrain troublant (musique d’opera). Intermèdes rock avec des guitares distordues samplées. On retrouve les sons electro de Novacane.
13. Ramshackle
Une chanson acoustique et dépouillée qui ferait belle figure sur Mutations ou Sea Change, d’autres albums de BECK. Une voix, une guitare et des percussions délicates. Une belle manière de conclure cet album fabuleux.
14. Diskobox
Présent comme hidden track sur la version américaine. Beats et notes de piano groovy. Un refrain un peu énervant avec ses voix saturées… Là encore, l’apport des DUST BROTHERS semble essentiel, surtout lorsqu’on entend les samples qui nous font penser au mythique Sabotage des BEASTIE BOYS. Featuring de Jon Spencer.
Cette description titre par titre de Odelay n’a pour autre but que de mettre l’accent sur la diversité manifeste de cet album grandiose. Je vous souhaite sincèrement de jeter une oreille sur ce LP qui fait sans nul doute partie des grandes réussites en matière de musique contemporaine. On y découvre un BECK au sommet de son talent de compositeur versatile qui nous livre une musique à la fois moderne et intemporelle.

RESPECT THE ARCHITECT!!!
