Samedi 12 juin
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Dire que Joel et Ethan Coen ont marqué le cinéma de ces vingt-cinq dernières
années relève de l'euphémisme. Une filmographie régulièrement mise à jour, alternant la comédie et le polar, des thématiques récurrentes (la vengeance, le crime, la bêtise) et cette entité
bicéphale mystérieuse, l'un produisant, l'autre réalisant et les deux se chargeant de l'écriture. On imagine volontiers l'un terminer la phrase de son frangin et tout acteur ayant foulé les
planches d'un film des Coen vous répétera la même rengaine : les frères siamois allient bonne humeur et rigueur sur le plateau, ce qui a permis aux Coen de fidéliser bon nombre d'acteurs au fil
du temps.
Nés dans la banlieue de Minneapolis, Minnesota, d'un père économiste et d'une mère historienne – soit les deux
éléments les plus importants pour réaliser des films (sic) – ils cherchent aventure à New York où Joel réalise le court-métrage Soundings tandis qu'Ethan obtient une licence en
philosophie. Puis c'est la rencontre avec Sam Raimi et la collaboration sur Evil Dead (1981) avant le grand saut : Blood Simple, première
réalisation du duo, mettant en scène un gérant de bar qui engage un détective privé pour tuer sa femme adultère et son amant. On retrouve déjà les caractéristiques qui feront le succès des frères
Coen : les intrigues de polar simples de prime abord mais bien ficelées, l'humour noir omniprésent et leur talent de metteur-en-scène avec des transitions audacieuses et des éléments symboliques.
Par ailleurs, Frances McDormond (la future épouse de Joel Coen) y campe Abby, l'épouse aux moeurs peu recommandables et ce sera également l'occasion pour les frères Coen de
débuter une longue relation avec Carter Burwell, qui se charge de la bande-son comme pour tous leurs films. Enfin, citons Barry Sonnenfeld, directeur de la
photographie qui se distinguera par la suite comme le réalisateur de la Famille Addams et Get Shorty.
On poursuit avec Arizona Jr (Raising Arizona), un road trip délirant avec
Nicolas Cage qui interprète un braqueur à la petite semaine tombant amoureux d'Edwina (Holly Hunter), l'employée de prison qui fait les photos des taulards. Une
fois sorti du cachot, les deux tourtereaux s'installent mais en raison d'infertilité, décident de kidnapper un enfant du magnat Nathan Arizona. On alterne avec un nouveau film noir,
Miller's Crossing, se déroulant à l'époque de la prohibition. Gabriel Byrne y interprète un gangster aux dents longues qui met au point un stratagème
machiavélique pour faire le ménage dans l'échiquier des truands de la ville. Il s'agit de la première collaboration des frères Coen avec John Turturro, l'un de leurs acteurs
fétiches qu'il dirigeront dans l'acclamé Barton Fink (1991), ou l'histoire d'un jeune auteur new-yorkais engagé par Hollywood qui manque bien vite d'inspiration. Installé dans un
hôtel miteux, il rencontrera Charlie (John Goodman), un prétendu assureur. Barton Fink reçoit la Palme d'Or à Cannes, ainsi que le prix du meilleur premier rôle
(Turturro) et du meilleur réalisateur.
Forts de ce succès, Joel et Ethan Coen poursuivront sur leur lancée, enchaînant les films cultes où l'on retrouve un
élément majeur de leur filmographie : le kidnapping. Dans Fargo, le protagoniste principal (William H. Macy) orchestre l'enlèvement factice de sa femme en
engageant deux malfrats afin de toucher la rançon. Dans The Big Lebowski, Jeff Bridges, un hippie de Los Angeles amateur de bowling, est impliqué dans le
kidnapping également truqué de Bunny (Tara Reid), femme du millionaire Jeffrey Lebowski et actrice de X à ses heures perdues. Epaulé par ses deux amis Walter Sobchak (John
Goodman), un vétéran du Vietnam monomaniaque et Donny Kerabatsos, jamais à la page (Steve Buscemi), il va tenter d'obtenir sa part du pactole, non sans tomber sur une ribambelle
de personnages hauts en couleur.
Dans O Brother, on suit l'échappée belle de trois pieds nickelés dans le Sud des Etats-Unis, en
1937, qui rêvent de remettre la main sur un butin enfoui sous terre par Ulysses Everett (George Clooney). Les Coen ont en quelque sorte revisité l'Odyssée
d'Homère en y incluant la dimension de l'Amérique profonde d'avant-guerre, blues et pellicule décolorée à l'appui. Ces dernières années, les frangins ont poursuivi sur le ton de
la comédie et du film noir, mettant en scène systématiquement des personnages au nombre de neurones très limité qui essaient de « rouler » leurs comparses : ainsi Brad
Pitt et Frances McDormond, employés d'un fitness qui mettent la main sur le CD-Rom d'un membre du FBI et qui tentent de le faire chanter (Burn after Reading) ou la
sombre histoire de vengeance et de cupidité de No Country for Old Man, adapté du roman de Cormac
McCarthy et qui a reçu l'Oscar du meilleur film en 2007.
A noter également d'autres collaborations des frères Coen, tels que Romance & Cigarettes,
qu'ils ont co-produit pour leur ami John Turturro, ou encore la séquence Tuileries de Paris, je t'aime. Parmi les projets futurs, on citera True Grit,
remake du western de 1969 avec John Wayne, Hail Caesar avec George Clooney ou encore Old Fink, soit la suite de Barton Fink.
Joel et Ethan Coen ont réussi le pari insensé de délivrer une oeuvre à la fois rigoureuse, divertissante et artistique où chacun peut y trouver son compte : certains préfèrent les comédies,
d'autres les films plus sérieux ou classiques, mais tous se mettent d'accord pour louer le talent de ces piliers du cinéma américain actuel.
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