Mercredi 26 novembre 2008
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Des nappes de claviers nébuleux, des cris d'enfants et une rythmique entrainante teintée de hip hop. C'est simple,
la musique. Lorsque paraît le premier album de BOARDS OF CANADA, nous sommes en 1998 et mine de rien, Music has the Right to Children a fait son effet, créant un genre musical à lui
seul. Il faut dire que le duo formé par Michael Sandison et Marcus Eoin – deux frangins – sévissait déjà depuis quelques années de façon pour le moins confidentielle mais ce premier
album paru chez Matador représente en quelque sorte l'aboutissement d'une musique qui multiplie les contradictions. En effet, pas d'instruments live (ce dogme sera violé en 2005
avec The Campfire Headphase où l'on rencontre des guitares), mais un assemblage méticuleux de sonorités lancinantes et brumeuses, de beats syncopés et de samples vocaux qui, malgré leur
caractère forcément synthétique, parviennent à conserver une patine très naturelle. C'est sans aucun doute l'un des points forts de BOARDS OF CANADA, patronyme qui représente en fait un
clin d'oeil au National Field Board of Canada, office culturel et multimédia basé à Montreal. Les Siamois évoluent dans
des contrées oniriques, où la nostalgie et la plénitude se placent comme les sentiments les plus marquants. Ceci nous fait immanquablement penser à la douceur psychédélique d'un Meddle
(PINK FLOYD) ou les premiers travaux d'APHEX TWIN. Cependant, ce rêve éveillé est mené par un tempo qui pourrait évoquer DJ SHADOW, mais sans jamais verser dans le
tape-à-l'oeil.
Sandison et Eoin adoptent une stratégie consistant à alterner des pistes brèves (1 minute) avec des morceaux plus
étirés (5-6 tours d'aiguille). En effet, on se trouve dans cette configuration dès l'introductive Wildlife Analysis qui laisse rapidement la place à An Eagle in your Mind. Plus
tard, c'est Sixtyten qui nous éblouit avec une fusion remarquable de claviers balbutiants et un beat qui fait frémir notre cage thoracique. Roygbiv exhibe une ligne de basse
dronique accompagnée par une mélodie à mi-chemin entre une musique d'ascenseur et celle qui nous guiderait vers des cieux plus cléments (Highway to Heaven?), pour ceux qui cherchent une bande
originale de l'au-delà. On retrouve cette curieuse combinaison de samples enfantins et une basse slappée sur Aquarius, un autre titre qui provoque cette sensation d'immersion assez
particulière. En fin de course, on mentionnera encore les notes stellaires de Open the Light et les expérimentations de Happy Cycling.
BOARDS OF CANADA excellent dans l'art de créer un tissu sonore à la fois très simple et parsemé d'infimes
détails qui se révèlent après de patients efforts d'écoute. Effort est peut-être un terme maladroit, tant l'écoute de Music has the Right to Children apporte un plaisir immédiat.
Le hic avec cette collection de 18 titres pourrait être de considérer BOARDS OF CANADA comme de bêtes concepteurs d'une musique d'ambiance, à écouter en fond sonore pendant que l'on lit un
bouquin ou qu'on mange des corn-flakes. Assertion sans doute sévère pour ce que nombre d'auditeurs considèrent comme un pan inébranlable de l'IDM des années 90. Mais trève de discussions
stériles, retenez simplement qu'il ne tient qu'à vous de prendre le train en marche vers cette destination mystérieuse et envoûtante, cette variation actualisée d'une poésie célébrant l'enfance à
la façon d'un Syd Barrett qui a troqué sa guitare pour une table de mix.
BOARDS OF CANADA – Music has the Right to Children (Matador, 1998)
Publié dans : 90's albums
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Par Systool
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