Samedi 20 mars
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L'attente était visible sur le visage des fans de DILLINGER, une des rares formations de rock
extrême – à défaut de trouver une formulation plus adéquate – à proposer une musique innovante, à la fois expérimentale, ultra-agressive et toujours plus accessible. Ce paradoxe semblait
atteindre un nouveau palier en 2007 avec Ire Works, album dont pléthore de critiques ont salué le caractère en tous points remarquable. Quelques mois plus tard, la formation
annonce sa signature sur Season of Mist, label spécialisé dans les pochettes d'albums aux relents anatomiques prononcés, quittant ainsi Relapse dont il a
grandement contribué à l'expansion. Il a fallu également composer avec les sempiternels changements de personnel : Gil Sharone quitte son tabouret pour un nouveau batteur, en le
nom de Bill Rymer, tandis que c'est bien Jeff Tuttle qui poursuit le binôme guitaristique avec Weinman. Petit tour d'horizon d'Option
Paralysis, nouvelle démonstration du groupe du New Jersey :

Farewell, Mona Lisa (5:23)
La rythmique nous prend immédiatement à la gorge avec un motif particulièrement rapide, qui s'alterne avec des
passages moins asphyxiants. Sous la barre des deux minutes, on découvre un paysage sonique plus apaisé, avec des arpèges clairs et le chant mélodieux de Puciato qui enchaîne sur des hurlements
bestiaux comme à son habitude. Les dernières mesures ont l'odeur du hardcore le plus tellurique. Un titre qui synthétise le son de DILLINGER en 2010.
Good Neighbor (2:30)
Voici un brûlot de math-core comme on pouvait en rencontrer sur Calculating Infinity, avec
toutefois le chant nettement plus varié de Puciato. Dimitri Minakakis, l'ancien brailleur de DEP, se charge par ailleurs de l'artwork de Option
Paralysis. Excellente conclusion hardcore avec quelques choeurs très old school (merci Tuttle).
Gold Teeth on a Bum (5:22)
Un titre qui fera certainement jaser, tout comme Milk Lizard et Black Bubblegum il y a 3 ans. Il y
retrouve en effet une multitude de structures, dont il est parfois désagréable de conserver le fil directeur : riffs métalloïdes, un chorus aérien, un solo limite hard-rock avec le timbre
braillard de Puciato. A quatre minutes, on se trouve face à un lick qui n'est pas sans rappeler les aventures de DILLINGER avec Mike Patton en 2002. Le chanteur de FAITH NO MORE et FANTOMAS demeure toujours une grande
influence pour la formation.
Crystal Morning (2:02)
Une nouvelle piste expéditive, avec des passages en tapping pour se chauffer les doigts.
Endless Endings (2:32)
Encore du math-core convulsif circa 1999 agrémenté de motifs tournicotants de Weinman.
Widower (6:23)
Option Paralysis semble clairement faire appel à des titres brefs et agressifs qui se relaient avec
des compositions plus étirées et surprenantes, à l'image de ce Widower dont le piano rappelle immanquablement la fugue de Mouth of Ghosts. A noter que c'est Mike
Garson (Bowie, Smashing Pumpkins) qui se trouve derrière le clavier. L'atmosphère possède
même quelques effluves cocktail et la voix suave de Puciato rappelle à l'auditeur à quel point il est la figure de proue de cet album. La transfiguration a lieu après quatre minutes, moment où
les guitares abrasives que l'on a l'habitude de cotoyer reprennent le flambeau. LE titre qui défonce une nouvelle porte.

Room full of Eyes (4:15)
Le chanteur body-buildé pousse une gueulante accompagné du seul Bill Rymer, avant l'entrée en scène
des six-cordes épileptiques qui exhibent leur accointances hardcore. A mi-course, on se prend un riff énorme dans les tympans, histoire de saisir ce que le groupe entendait par
« paralysis », sauf que c'est en série, pas en option...
Chinese Whispers (4:06)
Une atmosphère inquiétante qui se mue en singerie rock'n'roll. Alors que le titre semble s'enliser quelque peu, on
se prend un chorus mélodique dans les dents, suivi d'un break qui n'aurait pas dépareillé sur une galette de Mr
Bungle.
I wouldn't if you didn't (4:14)
Après des déflagrations sans compromis, le band retente l'interlude pianistique avec un certain succès. La
voix de Puciato aux teintes de lover blessé s'insinue de façon surprenante dans nos esgourdes, avant le coup de massue final.
Parasitic Twins (4:39)
FAITH NO MORE et NINE INCH NAILS semblent une nouvelle fois avoir inspiré
DILLINGER, que ce soit dans les ambiances symphoniques, les chuchotements et autres couinements de Puciato, ainsi que le final éthéré tout à fait tétanisant.
Heat Deaf Melted Grill (bonus track, 2:52)
Un remix électronique de Gold Teeth on a Bum sans grand intérêt.
DILLINGER ESCAPE PLAN poursuit le travail de sape de
Ire Works, assumant clairement son désir d'élargir ses horizons, au grand dam des fanatiques de la vieille époque, tout en continuant de proposer son lot de titres bourrins.
Musicalement, on a effectué un pas en arrière tant du point de vue de l'expérimentation (les incursions electro de 2007 ont quasiment disparu) que de la qualité elle-même. Ben Weinman n'est en
effet pas aussi impressionnant que par le passé, même s'il demeure un guitariste hors pair. Idem pour la section rythmique. C'est plutôt Greg Puciato qui prend l'ascendant, à tel point qu'on a
par moments le sentiment qu'il s'agit d'un chanteur avec son backing band. De la part d'un groupe autant porté sur sa charnière musicale, cela n'est pas peu dire! Malheureusement, les
intentions louables de DEP ne tapent pas toujours dans le mille et l'on a l'impression, à plusieurs reprises, que la formation s'éparpille tel un élève surdoué qui veut prouver
qu'il est capable de tout. En cela, Option Paralysis perd en efficacité par rapport à ses deux prédécesseurs. Malgré tout, il demeure un condensé hallucinant de metal hybride qui
devrait ravir les adeptes du bruit et de la fureur.
THE DILLINGER ESCAPE PLAN – Option Paralysis
(Party Smasher Inc – Season of Mist, 2010)
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