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Jazz Masters

Vendredi 28 septembre 2007

Peu de musiciens peuvent se targuer d'avoir eu un impact aussi fort que Charlie Parker sur le monde du jazz. Considéré comme l'un des créateurs du Bebop avec son pote Dizzy Gillespie et Bud Powell, le volatile Parker a écrit en lettres d'or l'histoire du saxophone, dont les plus fameux représentants (Coltrane, Adderley, Rollins...) se sont grandement inspirés. Et pourtant, rien ne semblait présager d'un tel succès : ce natif du Kansas n'est pas brillant durant les cours de musique et essuie même quelques revers mémorables sur scène. La patience et l'obstination étant deux qualités qu'on oublie chez le génie, Parker travaille d'arrache-pied sur son sax et intègre la formation de Jay McShann en 1937. A 19 ans, soit deux années plus tard, il se rend à New York où il doit se contenter d'un emploi comme plongeur. Cependant, entre deux assiettes à décrasser, il a la possibilité d'entendre les notes enjôleuses du pianiste Art Tatum qui, au même titre que Lester Young, sera un maître indéniable pour lui. Durant cette période de troubles, Parker intégrera le groupe de Earl Hines, où il fait vite montre d'une technique qui en effraie plus d'un. Il est loin, le temps où Parker s'emmèle les pinceaux sur I got Rhythm, sur scène avec l'orchestre de Count Basie.

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C'est dans le quartier d'Harlem que naît le Bebop. Nous sommes aux environs de 1943 et celui qu'on surnomme désormais Bird (peut-être en raison de son penchant pour la volaille), ainsi que ses acolytes Dizzy Gillespie, Thelonious Monk, Kenny Clarke, Max Roach et Charlie Christian façonnent ce genre né d'une impulsion visant à modeler un substrat musical que « les blancs ne pouvaient pas jouer ». Bien entendu, la plupart des jazzmen confirmés rejettent ce nouveau style, mais l'histoire donnera rapidement raison à ces jeunes loups aux dents longues. Pas plus tard qu'en 1945, Bird et Dizzy Gillespie enregistrent un concert au Town Hall de NY qui est encore considéré comme un événement majeur du jazz, puis regagnent le studio pour donner forme, entre autres, à Salt Peanuts, Dizzy Atmosphere et Groovin' High. Les fameuses sessions chez Savoy voient l'apparition de standards tels que KoKo, Now's the Time et Billie's Bounce, tandis qu'un voyage en Californie pour prêcher la bonne note bopienne se solde par un échec cuisant, d'autant que Parker ne trouve rien de plus intelligent que d'y rester pour consommer des produits illicites dont il est dépendent depuis plusieurs années déjà. Ceci lui vaudra d'ailleurs un internement de six mois à l'hôpital de Camarillo (dont on retrouve un clin d'oeil dans le titre Relaxin' at Camarillo) après avoir accidentellement mis le feu à sa piaule avec une cigarette. Il s'agit d'un seul de ces tragiques épisodes dont la concaténation conduira à sa perte précoce.

Avant cela, son retour à New York en 1947 coïncide avec la période la plus glorieuse de sa carrière, lors de laquelle le saxophoniste compose des bijoux comme Leap Frog, Parker's Mood et Scrapple from the Apple, avec le soutien de son alter ego Gillespie, mais également Thelonious Monk et un Miles Davis encore jeunot. La signature d'un nouveau contrat avec Norman Granz lui ouvre les portes d'un public plus large et permet à Parker d'enregistrer avec un orchestre de cordes. L'attitude fluctuante de Bird, entre retards répétés et prestations ternes, en exaspère plus d'un ; cependant lorsqu'il est en veine, l'oisillon est intouchable, ainsi qu'on peut l'entendre au Birdland en 1951 avec Bud Powell ou au Massey Hall de Toronto deux ans plus tard. Mais l'état de santé de Charlie Parker s'aggrave irrémédiablement, le décès de sa fille Pree représentant l'estocade de trop et le 12 mars 1955, on retrouve son corps inanimé dans la chambre d'hôtel de son amie, la baronne Nica de Koenigswarter. Charlie « Bird » Parker n'avait pas encore fêté son 35ème anniversaire, mais comme l'indiquèrent de nombreuses inscriptions dans les rues de New York, il a vécu encore longtemps dans le coeur de ses habitants. On ne compte plus les ré-éditions discographiques, les compilations et hommages à cette légende du jazz, de même que les anecdotes dont la véracité est parfois difficile à établir, mais ceci représente finalement la marque des géants. Notons que Clint Eastwood en a livré une vibrante biographie en 1988, avec Forest Whitaker dans le rôle-titre. Enfin, mentionnons un superbe coffret intitulé Rétrospective 1940-1953 qui, au travers de 3 CD, 62 titres et un livret français/anglais de 88 pages, retrace la fabuleuse carrière musicale de Bird (Achat sur Amazon).

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