Tom Wolfe : The Electric Kool-Aid Acid Test (Ed. Picador)

Publié le par Systool

Lorsque l'on souhaite découvrir Tom Wolfe, « nouveau journalisme », « réalisme hystérique » et d'autres stupidités y sont associées au moindre article. Ce New-Yorkais d'adoption s'est fait connaître à la fin des années 60 avec The Electric Kool-Aid Acid Test, récit à mi-chemin entre le roman et le compte-rendu journalistique traitant des Merry Pranksters. Les joyeux lurons? Il s'agit d'un groupe d'illuminés menés par Ken Kesey. Ce nom ne dit peut-être plus rien à personne, mais à cette époque, Kesey avait enflammé la société américaine en se plaçant comme un héraut du mouvement psychédélique : étudiant à Stanford et trainant dans le quartier de Palo Alto à San Francisco, il fait la rencontre de Vic Lovell qui l'enrôle dans une étude médicale où des volontaires ingèrent diverses substances telles que la psylocibine ou le LSD. Les effets sont minutieusement étudiés par des psychologues, tandis que pour Kesey, ceci représente le début d'une nouvelle ère, un genre de révélation. Il se rendra célèbre en écrivant le roman Vol au-dessus d'un nid de coucou (Someone flew over the Cuckoo's Nest), inspiré de ses péripéties et plus tard adapté par Milos Forman, avec Jack Nicholson dans le rôle principal. Après quoi, il fonde le mouvement communautaire des Merry Pransters.

 

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Ces joyeux drilles aux moeurs libérées se fourrent dans un camion multicolore, la destination – Plus Loin - trônant fièrement sur le devant du véhicule, volontairement mal écrite « Furthur ». A bord, on y trouve notamment l'hyperactif Neal Cassady, figure légendaire du mouvement beat (il s'agit de l'homme derrière Dean Moriarty, le héros de Sur la Route signé Kerouac). En compagnie du journaliste Tom Wolfe, les Pranksters vont faire la rencontre (ou pas) d'une flopée d'acteurs qui, à leur façon, vont façonner la société US de l'époque : Timothy Leary, gourou du LSD, les BEATLES ou encore les Hell's Angels. Ce récit, minutieusement relaté par Wolfe, peut paraître révolutionnaire autant du point de vue du style relativement exalté que du contenu, garanti sans édulcorant. Cependant, plusieurs choses s'avèrent gênantes : on imagine bien Tom Wolfe, dans son petit complet chemise-gilet-cravate, en train de prendre des notes fébriles pendant que trois lurons se gargarisent dans un étang durant un trip sous acide lysergique. A la différence d'un Hunter S. Thompson qui vivait ses expériences, Wolfe ne se fait que le témoin (invisible) de ces divagations, multipliant ses références par moments énervantes (les super-héros, la mythologie indienne et ses connaissances d'anatomie, notamment les muscles). Si au moins les observations qu'il nous reporte étaient intéressantes, passe encore, mais au fond, le leader Kesey et ses amis n'ont finalement pas grand chose à dire. S'il est nécessaire de prendre des acides pour se rendre compte que « le monde est plein de possibilités » et que les gens ne font qu'un, cela est bien triste. Les heures de vidéo enregistrées par les Merry Pranksters (et le film qui en sera issu, véritable gouffre financier) montrent bien la platitude de tels happenings...

 

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Miné par ses démêlés juridiques pour possession de marijuana - aucune loi n'existant encore à cette époque concernant le LSD - Ken Kesey s'enfuira même au Mexique. Dans un ultime élan de couardise, il déclarera lors d'un procès qu'il faut aller « au-delà » des drogues pour passer à l'étape supérieure, ce qui lui permettra d'être acquitté (sic) et de se placer – selon l'idée des personnalités bien-pensantes de la région - comme un bouclier destiné à contrer l'épidémie de psychédélisme qui sévit. Même si les Merry Pranksters lui en voudront longtemps de ne pas les avoir soutenus, afin de défendre ses propres intérêts (ne pas aller en taule), la machine Flower Power est bien lancée. Les GRATEFUL DEAD, groupe de rock originaire de San Francisco, en sont même les têtes de file, toujours prêts à lancer quelques riffs à côté du camion arc-en-ciel. Aujourd'hui, Tom Wolfe a bâti une bibliographie remarquable, pondant même un best-seller comme Le Bûcher des Vanités en 1987, tandis que Kesey, qu'il semblait tant aduler, a pour ainsi dire disparu de la circulation avant de décéder en 2001. Il demeure cependant une passerelle entre les Beatniks et le psychédélisme qu'on a tôt fait d'oublier. Gus Van Sant, toujours prêt à déterrer les mythes, aurait en tête d'adapter The Electric Kool-Aid Acid Test sur grand écran...(C) Systool, 10/2010

 

 

Tom Wolfe – The Electric Kool-Aid Acid Test

Editions Picador

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Commenter cet article

D&D 24/07/2011 21:48



Je crois comprendre. Il est parfois bon aussi de remettre certains "cultes" en perspective, avec un peu de recul : à la fois, il y a des choses à puiser, à la fois, ce ne peut être tout à fait un
horizon.



SysTooL 24/07/2011 18:05



C'est vrai que ce récit est souvent qualifié de "culte" surtout pour les amateurs de psychédélisme 60's, et il y a certainement des passages excellents, mais mon côté rabat-joie (et
mon irritabilité à l'égard de tout ce qui sent le patchouli désormais) font que j'ai pu donner une opinion assez négative de "The Electric Kool-Aid Acid Test"... mais ça reste une lecture
plaisante!



D&D 23/07/2011 14:47



Jamais lu, lui non plus. Le parcours a un côté marrant. Mais apparemment pas plus que ça ;-)


"Le Bûcher des vanités" me tenterait bien...



SysTooL 02/01/2011 13:38



Il est tout mignon, comme ça!!



willycat 02/01/2011 12:55



j'adore la photo. meilleurs voeux.