Tiqqun : Théorie du Bloom (Ed. La Fabrique)

Publié le par Systool

Le sabotage d'une caténaire de ligne TGV en novembre 2008 avait relancé un certain intérêt médiatique envers Tiqqun, collectif philosophique situationniste dont Julien Coupat – justement – a été l'un des fondateurs. L'affaire avait surtout mis en évidence un vaste procès d'intention totalement injustifié et les balbutiements déplorables des politiques, pas même capables d'avouer qu'ils avaient manifestement ciblé la mauvaise personne. Dissout en 2001, après les attentats du 11 septembre, le groupe nous a légué un certain nombre de recueils dont Tiqqun 1 et 2, Théorie de la Jeune-Fille et Théorie du Bloom, justement. Quand on parle philosophie, le soin avec lequel on choisit ses mots s'avère un prédicat essentiel, sans quoi on risque d'irriter rapidement les spécialistes. Pardonnez, du coup, mes raccourcis et autres simplifications, sans quoi, on est encore là demain après-midi.


Qu'est-ce que le Bloom, pour commencer?


Il s'agit d'un clin d'oeil à Leopold Bloom, le personnage principal du pavé Ulysse de James Joyce qui demeure, rappelons-le, un monument de la littérature du XXème siècle. Archétype de l'antihéros du nouveau roman, Bloom se promène dans les rues de Dublin, ses aventures n'étant pas sans rappeler l'Odyssée d'Homère. Tour de force conceptuel et stylistique, Ulysse (et l'oeuvre de Joyce en général) a modifié durablement notre représentation du roman. Le Bloom de Tiqqun, c'est un monsieur tout le monde, happé par la machine sociétale au point où il ne signifie plus rien. C'est un concentré de vide passé au mixeur de la société « spectaculaire » au sens où l'entendait Guy Debord, chef de file de l'Internationale Situationniste. Bloom est un produit de plus subissant d'un air béat les vicissitudes d'un rouleau-compresseur capitaliste à l'agonie – la récente crise financière donnant d'ailleurs un air curieusement prophétique à ce texte de 2001.


Le Bloom est donc cet homme que rien ne peut plus défendre de la trivialité du monde (...) c'est l'homme qui s'est à ce point confondu avec son aliénation qu'il serait absurde de vouloir les séparer. (TDB, p.26)

 



Les références aux grands philosophes du siècle dernier sont nombreuses : Hegel (qui a en l'occurrence préfiguré les réflexions du XXème), Michel Foucault, Jacques Derrida ou Giorgio Agamben, qui a contribué d'ailleurs à faire publier Théorie du Bloom. Pour faire simple, il s'agit d'individus ayant livré une vision prémonitoire de notre société actuelle sur des sujets tels que la surveillance ou le biopouvoir, soit la domination de la société sur les vies humaines.


L'homme, pendant des millénaires, est resté ce qu'il était pour Aristote : un animal vivant, et de plus capable d'une existence politique ; l'homme moderne est un animal dans la politique duquel sa vie d'être vivant est en question.
(Michel Foucault : La volonté de savoir)


Constat grinçant sur l'individu en manque de repères, la Théorie du Bloom a au moins le mérite de poser de bonnes questions, sans pour autant, bien entendu, y apporter une quelconque réponse, si ce n'est une prise de conscience personnelle. Difficile d'échapper au vortex sociétaire qui jour après jour prend du terrain sur ce soit-disant animal pensant qui paraît bien en peine de créer la moindre opposition et qui, c'est tout son drame, n'y voit aucun inconvénient. (C) Systool, 5/2009


Le Bloom est un homme en qui tout a été socialisé (...) Le Bloom est quelconque jusque dans le désir de se singulariser (TDB, p.92)



TIQQUN – Théorie du Bloom

Editions La Fabrique



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valentini 02/02/2011 13:56



La preuve du pudding est miam!


 


 


Chaise musicale et ma bobine en miettes


 


Gravite autour de moi, une usine à produire,


son haut hissé, à bras amers, à trois, et forts,


le là et las du bas, à bout, là-bas, à tort,


des milliers de souliers, sous la brosse à reluire.


 


J'ai l'air d'un boeuf antique, enturbanné de mouches,


dont le mur ancien, recouvert de panneaux,


n'a plus de gravité. Maman, les p'tits drapeaux,


hauteur pour base, sont-ils racines ou souches?


 


Je n'y suis pas. On m'expédie à la caverne


brouter l'herbe fleurie et chier du graffiti.


Je ne suis qu'un zombie abstrait de confettis


et mon cerveau sert d'entrepôt aux balivernes.


 


Actu jacta est, son dieu rasoir m'illumine,


rond comme un ballon. Sous sa coupe, ça sera


toi ou moi au pif. Ventriloque, ah ça ira!


une oie, et go, la Loi, comme un coq, m'abomine.


 


Tombe Midas, -quel pot!-, dans une immense tasse


étrange orange, en slip ou string: il paie le prix


de la vérité tue. Comme un chinois, il trie,


l'or du bain chimique, carry and cash, tout passe.


 


Gravite autour de moi, une usine à produire,


d'outre-paille, son bas, et pok, à l'air, les morts


ceci est mon corps, import export roqu'fort,


des milliers de souliers, sous la brosse à reluire.



D&D 16/02/2010 11:57


Bonjour doc',
Moi qui avais commencé ma journée sur un mode mi-passif/mi-déprimé, ton billet me réveille un peu. Des vertus des piqûres de rappel... ;-)


SysTooL 26/11/2009 21:09


Alors oui, il y a un essai du style... mais j'ai lu "La Fonction du Balai", son premier roman...


Bif 26/11/2009 21:03


Ah oui, ça me dit quelque chose (c'est un titre du style: "trucs soit-disant supers que je n'aurais pas du faire", non?). Et au passage, Mason et Dixon est très bien...


SysTooL 26/11/2009 17:05


Hello Bif! Je suis heureux de te retrouver par ici... j'ai pensé à toi récemment en lisant un bouquin de David Foster Wallace, qui doit quelque chose à l'ami Pynchon, découvert grâce à
toi!!! ;-)