Takiji Kobayashi : Le Bâteau-Usine (Ed. Yago)

Publié le par Systool

En 2008, ce roman de Kobayashi bénéficie d'un engouement aussi massif que surprenant auprès du lectorat japonais : Kanikôsen (Le Bâteau-Usine) redevient un best-seller, plus de 75 ans après sa parution. Devenu synonyme de travail éreintant, ce terme semble revêtir une importance majeure dans la société japonaise en proie à la crise économique et les jeunes générations s'intéressent à cet auteur engagé, membre de l'association des écrivains prolétaires décédé dans des circonstances pour le moins suspectes en 1933.


Reprenons quelque peu l'historique de Takiji Kobayashi : né en 1903 dans la préfecture d'Akita, au nord de l'île (principale) de Honshu, il fera son éducation et ses classes à Otaru, sur l'île d'Hokkaido. Issu d'une famille modeste, il pourra néanmoins fréquenter l'école de commerce d'Otaru et être employé à la banque de Takushoku grâce à son oncle. Cependant, son amour pour l'écriture et la justice le poussera à intégrer le magazine littérature Senki (drapeau rouge) aux aspirations communistes, où il publiera 15 mars 1928, récit faisant allusion à cette date où nombre de communistes et socialistes japonais furent arrêtés par les autorités. Il faut savoir que cette mouvance politique, qui n'a certes jamais atteint les proportions de la Chine ou de l'Union Soviétique, a commencé à faire son bonhomme de chemin durant les années 20, mais qu'elle survivait dans un climat de tension et, cela va sans dire, par des biais souterrains. En 1929, Kobayashi publie, toujours dans le même magazine, le Bâteau-Usine, devenu le roman-phare de la littérature japonaise engagée, qui met en scène des marins à bord d'un chalutier au large de la mer d'Orkhotsk, soit le détroit entre l'union soviétique et le Japon.

 

T. Kobayashi - Bâteau-Usine


Kobayashi décrit les conditions de vie inhumaines de ces pêcheurs de crabe qui vivent entassés dans les cales puantes du rafiot au moyen d'un style très descriptif, à la fois imagé et réaliste. Ces anonymes supportent tant bien que mal leurs supérieurs mais bien vite, ils commencent à s'unir et mettent au point certaines stratégies pour ralentir la cadence et « souffler un peu ». Par la suite, inspirés par du matériel de propagande et lorsque certains de leurs camarades périssent lamentablement, ils se prennent à croire à une autre solution : le soulevement face à l'intendant et le capitaine du navire.


Durant les années qui suivirent, Kobayashi mena une vie de paria, arrêté à plusieurs reprises en raison de ses accointances politiques et ses écrits, caché dans la préfecture de Kanagawa mais toujours actif au sein du parti communiste japonais. Le 20 février 1933, il est trompé par un policier du Tokko s'étant fait passer pour un membre de son parti et passé à tabac. Il décède de ses blessures le soir-même.


Le regain d'intérêt pour Kani-Kôsen est également palpable par le biais de la littérature alternative du manga, dont une refonte a vu le jour en 2006. Par ailleurs, une adaptation cinématographique est parue en 2009, comme pour mieux surfer sur la vague du succès. Ainsi, on imagine que la mort de Takiji Kobayashi n'aura pas été vaine et que des générations plus tard, on s'interroge toujours sur certaines décisions politiques. (C) Systool, 12/2009


Takiji Kobayashi – Le Bâteau-Usine

disponible aux éditions Yago

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SysTooL 25/10/2010 17:18



Ah ouais, c'est clair... quand on est trop contestataire, on finit mal :-/



D&D 25/10/2010 16:02



Ah ben sympa la mort du monsieur. Moi qui vient de lire Pasolini, ça m'évoque un truc...