P. Everett : Le Supplice de l'Eau (Ed. Actes Sud)

Publié le par Systool

 

Le supplice de l'eau est une méthode de torture que l'on pratique depuis le Moyen-Age et qui était à la mode durant la guerre d'Algérie et celle du Vietnam. Moyennant quelques subtilités géographiques, elle consiste à ligoter la victime sur une planche inclinée, la tête se situant plus bas que les jambes, à lui mettre un baillon dans la bouche et lui verser de l'eau, ceci provoquant comme on l'imagine la sensation d'asphyxie et une impression de mort imminente. A ne pas confondre avec le supplice de la goutte d'eau – nettement moins vigoureux – qui aurait été utilisé par les Chinois depuis des temps immémoriaux.

 

everett supplice


Percival Everett est un écrivain américain né en 1956. Diplômé en philosophie, il enseigne l'anglais dans une université californienne et a rédigé une quinzaine de romans, dont Le Supplice de l'Eau, traduit en français et paru en novembre 2009 chez Actes Sud. Il s'agit de l'histoire curieuse d'Ismail Kidder, un romancier à l'eau de rose séparé et père d'une petite fille de 11 ans. Cette dernière est portée disparue dans des circonstances peu claires et après quelques jours de recherches tombe le couperet : Lane est retrouvée morte. Kidder va mettre la main sur un individu qu'il considère comme le ravisseur et meurtrier de son enfant, l'enfermer dans sa cave et lui faire subir les pires atrocités. Cette brève description induit plusieurs précisions : Everett ne s'attarde pas spécialement sur les méthodes de torture, il s'agit davantage de fulgurances disparates entrecoupées par les réflexions incessantes de son personnage, un homme particulièrement versé dans la philosophie antique et qui va nous déblatérer les théories d'Aristote, Zénon d'Elée et leurs collègues de la pensée grecque, notamment. Par ailleurs, il prend un malin plaisir à jouer avec les mots au moyen de pataquès et autres délires masturbatoires, en fervent adepte de Wittgenstein (et Perec?). Il s'agit d'une façon comme une autre d'illustrer la perte de réalité de cet homme, mais on sent avec trop d'insistance qu'Everett est diplômé en littérature et en philo, le défaut de ce genre d'individus étant qu'ils ont parfois tendance à s'éterniser dans des concepts qu'ils sont les seuls à trouver passionnants. Je veux dire : la notion d'identité et de justice, qui sont des thèmes majeurs dans l'oeuvre d'Everett, réclament certainement un traitement rigoureux et poussé, car ils représentent les fondements de notre société, et Percival Everett s'y est beaucoup intéressé, à raison. Cependant, revenir sans cesse sur ces concepts de façon rébarbative provoque parfois chez le lecteur une certaine exaspération.

 

percival everett


De même, il semblerait que l'auteur ait voulu créer un parallèle entre cet individu qui souffre et qui souhaite se faire justice lui-même (quitte à enlever et torturer une autre personne que celui qui a effectivement tué sa fille) et les gouvernements dont l'utilisation de la torture est répandue. En cela, Everett pointe courageusement le doigt sur l'administration Bush et les maltraitances commises à Guantanamo et Abou Ghraib. Cependant, l'harangue frontale destinée aux pontes du gouvernement US laisse songeur, venant de la part d'un lettré comme le prolifique auteur originaire de Géorgie – même s'il parle au nom de son personnage. En deux mots, Le Supplice de l'Eau m'a interpellé par son sujet qui est traité avec lucidité, mais dont la forme m'a par moments décontenancé, dans le mauvais sens du terme. (C) Systool, 12/2009


Percival Everett – Le Supplice de l'Eau

disponible en français aux Editions Actes Sud

 

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