Mardi 1 mars
2
01
/03
/Mars
08:42
En apprenant que c'est Matthew Weiner, scénariste des
SOPRANO (saisons 5-6), qui est à l'origine de MAD MEN, ma curiosité a été titillée comme un pédophile
par la petite culotte d'un enfant de 8 ans. Centrer son propos sur des publicitaires ne s'avérait pas forcément la méthode la plus efficace pour attirer des spectateurs (des enquêtes policières
et des situations médicales demeurent les sujets de prédilection des producteurs de séries TV). Cependant, le fait que ces advertising men soient dépeints durant les années 60
constituait en soi un excellent moyen de décrire les révolutions sociétaires qui ont eu lieu durant cette période : développement du marketing, chambardements politiques (l'accession de
Kennedy au pouvoir, son assassinat, Martin Luther King...) et sociaux, notamment l'émancipation de la femme.

Cela nécessitait un personnage capable de se placer comme le centre
névralgique de MAD MEN : ce sera Donald Draper, un publicitaire talentueux et bosseur, se révélant par ailleurs un époux volage et dissimulant un passé pour le moins nébuleux.
L'acteur qui l'interprète, Jon Hamm, n'avait pas brillé jusqu'alors, mais le rôle de Don Draper lui a permis d'éclater à la face du monde, et cela non sans mérite : l'Américain
nous livre une prestation sans faille, tout en subtilité, provoquant chez le spectateur un mélange de fascination et de dégoût envers ce businessman à la fois empli de classe mais découvrant
également une personnalité plus sombre. Lorsque débute MAD MEN, Don Draper est déjà un membre important de la firme Sterling-Cooper, dirigée par Roger Sterling (l'excellent
John Slattery), un monstre de cynisme, et Bert Cooper, vieux de la vieille friand de japonaiseries. Plusieurs autres personnages gravitent au sein de la société, notamment Peggy
Olsen (Elisabeth Moss), secrétaire de Don Draper qui gravira courageusement les échelons, ou encore Pete Campbell (Vincent Kartheiser), héritier d'un industriel
désargenté qui nourrit une frustration sans commune mesure envers Draper. Citons en outre la secrétaire en chef Joan Holloway (Christina Hendricks), dont les courbes font mal aux
yeux et qui joue à merveille son rôle de femme fatale.
Lorsque les longues journées de travail touchent à leur fin, qu'une
quantité industrielle de whisky et de cigarettes a été consommée – heureusement pour les acteurs, la loi californienne leur consent de fumer de fausses clopes aux herbes – il est l'heure pour Don
Draper de regagner ses pénates et de dire bonjour à sa petite famille. Ses enfants Sally et Bobby, mais surtout son épouse Betty (January Jones), qui se lassera vite de sa
condition de femme au foyer et flairera tôt ou tard les infidélités de son époux, malgré son comportement par ailleurs irréprochable. Matthew Weiner et son équipe de scénaristes et réalisateurs
ont pris le parti de montrer en filigrane les changements qui opèrent dans cette société américaine de blanc-becs raciste, misogyne et homophobe. Par ailleurs, certains critiques ont curieusement
taxé la série elle-même de ces adjectifs, alors que MAD MEN dépeint justement la réalité de l'époque. Cela s'avère d'autant plus étonnant lorsqu'on sait que la majeure partie des
auteurs de la série sont des femmes... Outre le contenu, il est à signaler que le rendu esthétique sobre et classieux n'est pas étranger au succès de cette épopée signée American Movie
Channel, la chaîne qui monte – elle est déjà responsable de l'ahurissant BREAKING BAD.
J'avoue qu'après une première saison qui englobait à merveille les
ingrédients nécessaires à son succès critique (tension, suspense, style et une pointe d'humour), la suite – à savoir les saisons 2 et 3 – ne m'ont pas autant emballé. Certains diront que
MAD MEN a gagné en profondeur, puisqu'une fois le « secret » de Don Draper révélé, il fallait forcément aller de l'avant en creusant notamment sa relation avec son
épouse Betty et développer certains personnages secondaires. Mais justement, ce que la série de Weiner a gagné en profondeur, elle l'a perdu à mon sens en intensité. Néanmoins, les Emmy Awards
ont plu sur ces (m)ad men et ce n'est pas le succès retentissant du 4ème volet qui les contredira. (C) Systool, 10/2010
MAD MEN
USA – 2007 à ?
Créé par Matthew Weiner
Avec Jon Hamm, Elisabeth Moss, Vincent Kartheiser, January
Jones
WWW...
Quelques articles du GOLB : saison 1 – 2 – 3 - analyse
"ma curiosité a été titillée comme un pédophile par la petite culotte d'un enfant de 8 ans"
Je suis choquée! Enfin ça te ressemble tellement pas! Mais je dois admettre que la métaphore est très parlante!
C'est une comparaison, pas une métaphore... ;-)
Ensuite, sur le fait que ça ne me ressemble pas, je dirais... euh... que je me suis un peu plus lâché cette fois-ci, mais que ce genre de sorties sarcastiques / osées / choquantes (cocher la mention inutile) n'est pas rare chez moi. Désolé pour ceux que ça a dérangé, inutile de dire que je réprouve toute tendance pédophile.
Quand j'ai dit que j'étais choquée c'était légèrement ironique...Mais que c'est bon quand tu te lâches "un peu" ^^
OK ;-)
J'ai déjà dû te dire que j'ai globalement "renoncé" aux séries, mais celle-là me titille quand même. Je crois que je vais tenter, la première saison au moins !
En te souhaitant une bienveillante année 2012 pour toi et tes proches.
PS : pssst... t'aurais pas quelques coups de coeur musicaux 2011 à me chuchoter, histoire que je me décrasse un peu les oreilles ? :-)
Comme par un fait exprès, j'ai repris le visionnage de MAD MEN cette semaine... rah c'est lent quand même mais ça reste agréable...
En termes de musique, comment dire, je n'ai pas été très assidu dans mes recherches de pépites estampillées 2011, peut-être, mais en même temps, j'ai tout de même épluché de temps à autre les blogs et autres sites sur le site qui savent promouvoir une musique de qualité et j'avoue que la récolte n'a pas été très bonne...
Entre des valeurs sûres qui m'ont déçu (Battles, Talib Kweli, Arctic Monkeys, Black Keys) et des pseudo-bombes qui font plutôt office de pétard mouillé (Dub Trio), il resterait Bruce Lamont, Iconaclass, Raekwon... :-/
Merci doc ' ! Voilà trois pistes quasi vierges pour moi, c'est cool ;-)
Ah ouais, Battles, je l'ai acheté tout de suite, et j'ai pas réussi à l'écouter vraiment encore : ça viendra, mais la première écoute n'a suscité aucun désir, alors que j'avais beaucoup aimé le précédent.
J'écouterai quand même les Black Keys, mais je ne serais pas surpris que ce soit moins la fête (j'ai entendu le single) que la découverte d'Attack & Release, le premier que j'avais pu découvrir par chez toi.
à +