Lundi 2 novembre 2009
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Silencieusement, l'écran noir égrène les collaborateurs de Das weisse Band, dernière réalisation de Michael Haneke et on imagine immédiatement que le rendu de ce film sera épuré et classique. On
est loin des péripéties hystériques de Funny Games. Le Ruban Blanc met en exergue un village du nord de l'Allemagne, à l'orée de la première guerre
mondiale. Tout semble aller pour le mieux dans cette communauté protestante, comme nous informe le narrateur - l'instituteur du village, dont on devine à la voix qu'il nous narre les faits des
années plus tard. Et c'est la chute. On observe le médecin (Rainer Bock) qui
perd le contrôle de sa monture en raison d'un câble ayant été inopinément tendu dans les herbes. Une clavicule cassée et plusieurs semaines de convalescence seront nécessaires pour ce père de
famille dont l'assistante médicale, une sage-femme, a repris l'éducation de ses enfants depuis le décès de son épouse en couches.
Ceci est le premier d'une curieuse série d'événements qui va frapper les villageois. Par la suite, une paysanne sera
victime d'une chute mortelle en raison d'un plancher trop fragile ayant cédé, et plusieurs enfants subiront des maltraitances. Mais au-delà de cela, on a envie de dire que l'intérêt principal ne
réside pas dans cette intrigue. D'ailleurs Michael Haneke archive sa besogne en quelques minutes, la portée de la révélation étant davantage d'ordre philosophique et morale que d'un simple
whodunnit d'une série policière britannique. Ce qui lui importe davantage, ce sont
les relations complexes entre les différents personnages : l'instituteur, empoté mais sympathique, qui va s'enticher d'Eva (Leonie
Benesch), la nounou des enfants du baron. Le pasteur aux méthodes austères, ou encore le médecin au comportement odieux. Mais les
principales figures du Ruban Blanc, ce sont bien entendu les enfants des
représentants du village : curieux face à la mort, la maladie, le vice, certains tâcheront de s'extirper de l'éducation sévère qui leur est inculquée, tandis que d'autres seront victimes
consentantes de la folie répressive et névrosée de leurs parents. Les femmes ne s'en tirent pas de meilleure façon, étant limitées aux tâches ménagères et au « ferme-la, je te permettrai de
parler quand je considérerai que ce sera utile ». La brutalité, tantôt spectaculaire, tantôt larvée, semble en effet le thème central de cette oeuvre, comme souvent avec Haneke. Le
traitement s'avère cependant très différent de celui de Funny Games, où le
masochisme des tortionnaires provoquait en eux une jubilation car il était gratuit. Dans le Ruban Blanc, nous vivons une autre époque, celle d'une Allemagne post-Bismarckienne qui faisait du paternalisme rigide sa figure de proue.
Dans le même ordre d'idées, Haneke propose une image en noir et blanc, afin de coller davantage au contexte
historique, ainsi que des plans sobres, dont certains sont très réussis (la scène des ablutions d'un mort, par exemple). Le rythme ne s'accélère quasiment jamais, le spectateur étant bercé par la
voix morne du narrateur mais ce que l'on perd en soubresauts scénaristiques, on le gagne en intensité. Il demeure un film de facture hautement classique mais auquel il manque quelque chose pour
l'ériger au statut de chef-d'oeuvre. En ces temps de pénurie qualitative cinématographique, on ne crachera pas dans la soupe (de peur de se prendre une volée de la part d'un de ces pères violents
au sens de l'humour peu développé).
Das weisse Band (Le Ruban Blanc)
Allemagne - 2009
réalisé par Michael Haneke
avec Leonie Benesch, Josef Bierbichler
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