Koike / Kamimura : Lady Snowblood (Ed. Kana)

Publié le par Systool

Lady Snowblood a connu un second souffle il y a quelques années, lorsque Quentin Tarantino a fait paraître Kill Bill. Sa saga en deux volets dont l'interprète principale est Uma Thurman s'inspirait en effet (librement) du manga de Koike et Kamimura. Inutile de préciser que l'original est plus complexe que la version US. Yuki Kashima, alias Lady Snowblood, est née en prison, d'une mère enfermée pour des délits mineurs et ayant perdu son époux dans des circonstances tragiques. Durant l'accouchement, sentant que la fin est proche, celle-ci transmet un message à ses amies : élever Yuki et lui inculquer un savoir-faire solide en arts martiaux, afin qu'elle venge sa mère des individus cruels qui l'ont menée ici. On sait que les histoires de vengeance représentent une part importante de la littérature nippone, et a fortiori du manga. Cela est d'autant plus vrai en ce qui concerne Kazuo Koike. Celui-ci s'est illustré comme l'auteur de Lone Wolf and Cub (Kozure Okami, avec Kojima au dessin), Samurai Executioner ou encore Crying Freeman – dont tout le monde connait l'(horrible) adaptation de Christophe Gans. Son collègue Kazuo Kamimura s'est distingué par son trait alliant finesse et sensualité, avec un rendu graphique friand de stop-motions et n'étant pas sans rappeler les estampes japonaises.

 



Mais ce qui a fait à mon sens le succès de Lady Snowblood, c'est tout d'abord le contexte historique dans lequel elle est dépeinte : nous sommes à l'orée de l'ère Meiji, soit les années 1870, et le Japon entre dans une crise identitaire sans précédent. Sa politique isolationniste poussée à son paroxysme et son militariste exacerbé semblent se confronter à un désir d'expansion et d'occidentalisation. Rappelons que quelques années plus tard auront lieu les conflits avec la Chine puis la Russie. Dans ce Japon qui renie des traditions féodales millénaires, avec ses samouraïs et ses shogunats, voici Lady Snowblood, avec ses yeux de chatte (pardon) et un parapluie(-sabre) constamment sous le bras. Jouant de ses atouts physiques et d'une obstination sans commune mesure, elle va méthodiquement régler le compte de ceux qui ont fait souffrir sa famille. Cela permettra à Koike de ciseler les préoccupations de l'époque : la crainte de l'étranger, la corruption et les exactions financières des magnats, les désirs libidineux de ses habitants. Et oui, car Lady Snowblood, dans l'interminable catégorisation des mangas, est rangé sous le terme de seinen, soit un support destiné aux hommes de 18 à 30 ans. Dans cette tranche hétéroclite, on trouve également 20th Century Boy ou Berserk. Dans le cas de Lady Snowblood, ce sont clairement les scènes érotiques, toujours très stéréotypées et symboliques, qui provoquent une telle classification. En effet, Yuki ne manque pas de se déshabiller à longueur de temps et même de passer à la casserole avec hommes et femmes, parfois même avant de les éliminer. Rappelons que cette série a été publiée à l'origine dans le Weekly Playboy japonais, vers 1972.


On notera que dans sa version française, parue chez Kana, le découpage a été effectué en trois parties : Vengeance Sanglante (Tome 1), Qui sème le Vent récolte la Tempête (Tome 2) et un Epilogue (Tome 3) à mon sens dispensable. Vous l'aurez compris, cette femme fatale se place à l'opposé des standards nippons, alors si vous n'êtes pas contre l'idée de vous faire tailler les oreilles en pointe avec le sourire, suivez son regard... (C) Systool, 3/2009


LADY SNOWBLOOD

K. Koike et K. Kamimura

En VF aux éditions Kana


(Merci Tu)

Publié dans BD - Manga

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SysTooL 04/01/2010 18:46


Merci D!! Enjoy 2010!!


D&D 04/01/2010 18:06


Ah tiens... Encore un truc que j'ignorais des sources de Tarantino (il en a trop : on s'y perd :-))) ).
Encore une fois, bonne année à toi, doc !


SysTooL 25/10/2009 19:32


C'est plutôt son pagne que je remettrais en cause :-)


dr frankNfurter 25/10/2009 19:21


(l'horrible) adaptation de Christophe Gans... à un moment j'ai eu peur, je croyais que tu allais remettre en cause le charisme de Mark Dacascos