J. Irving : Le Monde selon Garp (Ed. Points)

Publié le par Systool

 

Jenny Fields n'aime pas les hommes. Cette infirmière solitaire et férue de littérature souhaite cependant un enfant, qu'elle pourrait choyer seule et élever dans l'école de Steering où elle officie et dont elle suit l'intégralité des cours afin, dit-elle, de pouvoir sagement conseiller son enfant sur leur validité, une fois qu'il serait grand. Fruit de son union pour le moins éphémère avec un soldat blessé au combat, dont une atteinte cérébrale lui a laissé en tout et pour tout une syllabe à prononcer (son nom) et une énorme érection à arborer, voici S.T. Garp. Celui-ci passera toute son enfance avec sa maman Jenny dans le Nord-Est des Etats-Unis avant de partir, vers l'âge de vingt ans, à Vienne, où il fera son éducation sexuelle et se mettra à écrire sa première nouvelle, La Pension Grillparzer. En effet, c'est suite à sa rencontre avec Helen Holm, la fille de son moniteur de lutte, dont il tombe éperdument amoureux, que Garp nourrit ce fantasme : la séduire en devenant écrivain, elle qui a toujours son nez fourré dans les livres, comme sa mère.

 

irving garp

 

On retrouve dans Le Monde selon Garp nombre de thèmes récurrents de l'oeuvre de John Irving, en partie autobiographiques : le sexe sous différentes formes, Vienne, la lutte, des prostituées... et des ours! Après quelques romans passés inaperçus, Irving offre son monde selon Garp à un nouvel éditeur, plus précisément à Dutton Books, qui en fait un best-seller mondial, plus tard adapté sur grand écran par George Roy Hill (avec Robin Williams dans le rôle-titre). Avec The Cider House Rules (L'Oeuvre de Dieu, la Part du Diable) ou encore Une prière pour Owen Meany, Irving a continué son périple en brassant ses sujets de prédilection : des femmes élevant seules leur enfant, la violence des hommes (par le viol, notamment), la lutte des sexes, l'intolérance. Cela ne semble pas hilarant, et pourtant Irving parvient à injecter un humour féroce dans son récit, jonglant simultanément avec le drame et la comédie. Dans Le Monde selon Garp, on croisera des féministes se coupant la langue en hommage à Ellen James, une petite fille violentée, mais aussi un chien qui bave, un ailier des Philadelphia Eagles qui change de sexe, des femmes dévergondées et des pédophiles à moustache. S.T. Garp, après son voyage en Autriche, revient dans le New Hampshire demander la main d'Helen, tandis que sa mère Jenny Fields devient une icône du féminisme malgré elle suite à la parution de son autobiographie, Sexuellement suspecte.

 

Irving, six cent pages durant, nous narre l'épopée incroyable de Garp, de ses origines mystérieuses à sa mort prématurée : une vie qui sera rythmée par son envie de contenter sa mère, de satisfaire sa femme et d'élever ses propres enfants dans un monde en sécurité, loin des voitures roulant trop vite, des satyres et du roulement de l'océan. Son angoisse et ses désirs charnels l'enfermeront dans son personnage, un homme vu comme un vulgaire opportuniste profitant de la célébrité de son infirmière de mère. Par sa construction ingénieuse, notamment le « récit dans le récit », son humour de tous les instants et son agilité verbale, John Irving nous livre un roman ultime, où la destinée des personnages semble tracée d'avance alors même que le récit emprunte constamment des chemins inédits. A la fois modeste et spectaculaire, sophistiqué et agréable, il s'agit d'un récit fait de désir et de haine, réceptacle du deuil et de cette formidable envie de vivre. (C) Systool, 1/2010

 

John Irving – Le Monde selon Garp

(disponible en français aux éditions Points)

 

Publié dans Books

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SysTooL 05/12/2010 17:39



Ca reste un des romans que j'ai vraiment apprécié en 2010... le genre que j'offre en cadeau à mes amis!



D&D 05/12/2010 14:07



Jamais lu Irving. Celui-là semble sacrément culte et ce n'est pas toi qui écrit le contraire... Faudra envisager de s'y mettre :-)


 



SysTooL 20/08/2010 09:06



C'est clair qu'avec le temps, on est moins "impressionnable" parce qu'on en a vu d'autres... en musique, en littérature, ou dans n'importe quel autre domaine dans la
vie!

Ce qui fait que dans le cas présent, l'intérêt de ce roman me paraît d'autant plus grand! :-)



Dom 20/08/2010 03:47



Idem Carole, il me reste un merveilleux souvenir...sacrée époque d'ailleurs, j'ai dû lire mes livres cultes à cette même perdiode:


-La nuit des temps


-Le prophète


-Le nom de la rose


-Le monde selon Garp (donc)


- Yeats, Blake, etc...


 


Je crois que le dernier bouquin qui m'a vraiment mis sur le cul c'est le Martin Page que m'a offert Carole (Une parfaite journée parfaite). Les bienveillantes aussi a été une bonne claque.


 


Je ne sais pas si c'est l'âge, l'époue ou moi mais je n'ai plus retrouvé autant de ces frissons (à part les exemples cités). Il faut dire qu'ado on est tout "neuf", c'est plus facile de s'en
prendre plein la tronche. Il me semble.


 


Merci pour le revival :)



SysTooL 16/08/2010 13:00



Nice!