Harvey Pekar : Anthologie American Splendor Vol. 1

Publié le par Systool

C'est lors de la sortie du film American Splendor en 2003, avec Paul Giamatti dans le rôle principal, que j'ai entendu parler pour la première fois du travail d'Harvey Pekar. Sauf que ma curiosité s'est arrêtée là. Fin 2009, la sortie d'un premier volume anthologique en français m'a motivé à me plonger dans l'oeuvre du scénariste américain. On dit souvent que Pekar ne parle pas de grand chose dans ses BD : juste de sa vie de tous les jours, celle d'un individu plutôt cultivé, collectionneur de vinyles de jazz et bossant comme archiviste dans un hôpital pour subsister. En effet, il n'est pas facile pour lui de vivre de son activité de scénariste, dans la bourgade mal dégrossie qu'est le Cleveland des années 60. Premier hic, il ne sait pas dessiner. Heureusement, il fait la connaissance, un jour de 1962, d'un binoclard nommé Robert Crumb qui lui mettra le pied à l'étrier, puisque celui-ci rencontrera un certain succès dans les milieux underground de New York puis San Francisco qui s'éveille à la douce mélodie du Flower Power. Au fil du temps, Pekar collaborera également avec des dessinateurs tels que Gary Dumm ou Gerry Shamray.

 

american splendor

Etant largement considéré comme un précurseur de la bande-dessinée adulte autobiographique, Pekar s'est penché sur ses centres d'intérêt favoris : l'échange de disques de jazz (il est également un critique avisé), ses déceptions amoureuses, ses déboires au travail et quelques soucis de santé, notamment lorsqu'il perd sa voix pendant plusieurs mois à force de crier trop fort sur les gens. Et sous ses airs nonchalants, Pekar parvient à illustrer avec finesse certaines préoccupations de l'Américain moyen des années 60-70, comme la recherche d'un emploi, le divorce (The Day before the Be In) et la lassitude (Awakening to the Terror of the new Day). On y rencontre également une faune hétéroclite, entre le vieux pote qui vient squatter à la maison, ses collègues au travail et les femmes qui le vampirisent. Ce qui marque le plus, cependant, c'est l'honnêteté dont fait preuve Pekar, un individu certes intelligent, mais qui laisse transparaitre dans ses vignettes ses coups de sang, son égoïsme et sa frustration.

 

american-splendor movie 2003


Harvey Pekar, après des années difficiles, a su s'imposer comme un auteur majeur de la bande dessinée underground et a même reçu le prestigieux American Book Award pour l'ensemble de sa série American Splendor, d'ailleurs toujours active. Comme pour saluer ce personnage marginal, Robert Pulcini et Shari Springer Berman ont réalisé ce fameux hommage cinématique en 2003, à la fois faux documentaire et biopic déjanté qui bénéficie de la superbe prestation de Giamatti, un acteur sous-estimé qui était déjà rayonnant dans SIDEWAYS ou encore MAN ON THE MOON, mais qui doit bien se résoudre à accepter de temps en temps des rôles alimentaires dans des daubes telles que Shoot'em up et La Planète des Singes. Le film American Splendor parvient même, par le pouvoir des images associant le film stricto sensu aux cases originales, à transcender la vision de Pekar, une exception notable puisque les adaptations de bande dessinées sont souvent décevantes. Via les interventions de Pekar lui-même, on cerne mieux ce personnage solitaire, incisif et doucement inquiétant qui a marqué à sa façon la BD américaine.


Harvey Pekar : American Splendor – Anthologie Volume 1

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D&D 14/07/2010 00:05



Salut doc' ;-)


Je prends bonne note de ce nom, Harvey Pekar, car il semble bien représenter un chemin pour moi vers la BD !



Systool 17/07/2010 09:05



Une forme assez atypique de la BD américaine, en tout cas!



Thierry 17/01/2010 11:47



Je me fais Cold Souls  dans la journée.

http://www.imdb.com/title/tt1127877/




SysTooL 14/01/2010 20:11


Le mec qui ne jure que par le Pinot et qui pique sa crise à un moment : "I don't want your fuckin' Merlot"!! Mythique!


Thierry 14/01/2010 20:02


Un grand moment, effectivement !
Tu me donnes envie de ressortir le DVD, le vrai, si si ;-)


SysTooL 14/01/2010 12:20


Je crois que je me rappellerai longtemps la scène dans SIDEWAYS où il se descend le "baril" de vin destiné aux clients qui le recrachent après la dégustation... mmmhhhh...