A. Pouchkine : Eugène Onéguine

Publié le par Systool

Toucher à l’œuvre d’Alexandre Pouchkine, c’est vouloir s’emparer du Saint Graal de la littérature russe. Mais l’aborder dans une langue autre que l’originale nous vaudra certainement l’opprobre des natifs. Comme le dit Jean-Louis Backès dans sa préface à Eugène Onéguine, aussi agréable et judicieuse soit sa traduction, elle ne pourra jamais rivaliser avec la « langue de cristal » de l’enfant chéri des lettres russes. Première raison : les rimes de ce roman en vers n’ont pas été reconduites en français. Il est vrai qu’au risque de sembler pompeux et de privilégier la forme, Backès a préféré se libérer de cette contrainte et mettre le fond au premier plan. Deuxième problème, la subtilité et la richesse du russe en prend forcément un coup lorsqu’elle est transposée dans la langue de Molière (avec tout le respect qu’il faut adresser au français). Ainsi, n’importe quel Russe vous exhortera à apprendre sa langue avant d’attaquer les œuvres grandioses du XIXème siècle… car même si c’est Lomonossov qui a établi les bases du russe moderne, il n’est pas innocent que l’on parle plutôt de « langue de Pouchkine » pour dénommer cet idiome. Cela veut tout dire…

 

pouchkine

 

Alexandre Sergueievitch Pouchkine est né à Moscou, issu d’une noble famille férue de lettres, mais passera sa jeunesse à Tsarskoié Selo (rebaptisée Pouchkine avant la 2èmeguerre mondiale). Il montre bien vite une aptitude phénoménale à apprendre et réciter les vers des grands auteurs britanniques et français tels que Shakespeare, Byron ou Molière et prend la plume à la vingtaine, évoluant dans un genre tantôt léger et romantique, tantôt plus critique, ce qui lui vaudra un exil forcé en actuelle Ukraine, puis en Bessarabie et à Odessa. Ses rencontres variées seront le substrat de ses œuvres suivantes, entachées d’une soif de liberté et d’amours impossibles, notamment Les Tziganes. En 1823, il se lance dans l’écriture de son opus magnum, le poème en vers Eugène Onéguine. La trame est simple : Onéguine est un dandy blasé qui fait la connaissance d’un poète, Vladimir Lenski. Lors d’une soirée, Lenski s’éprend d’Olga, tandis qu’Onéguine séduit la sœur de celle-ci, Tatiana, avant de la repousser sans ménagement. Par pure vantardise, il parviendra également à prendre Olga dans ses filets. L’affront est monstrueux pour Lenski qui provoque Onéguine en duel, mais c’est le poète qui trépasse. Secoué par cette situation, Onéguine s’enfuit à la campagne. Quand il revient à Moscou, quelques années plus tard, il rencontre par hasard Tatiana, qui a été mariée malgré elle à un vieux général. Se rendant compte de son erreur, Onéguine cherche à se faire pardonner et envoie des lettres enflammées à Tatiana. En vain. Elle l’aime toujours mais préfère rester fidèle à son époux.

 

L’influence byronienne se révèle évidente, mais le romantisme n’est jamais teinté d’envolées ridicules. Au contraire, Pouchkine parvient à obtenir un équilibre périlleux entre lyrisme et concision. L’un des traits les plus marquants d’Eugène Onéguine est certainement le manque d’empathie du personnage principal, son égoïsme et le fait qu’il soit finalement pris à son propre jeu. Tatiana représente quant à elle l’archétype de la femme moderne, à la fois douce et sincère, mais également déterminée dans ses choix. Les traductions innombrables (notamment Nabokov en anglais, Jacques Chirac – un russophile averti – en français, jamais publié) ainsi que les nombreux tableaux de Répine attestent de l’influence incontestable de ce pilier de la littérature russe, qui a préfiguré son âge d’or avec Gogol, Dostoïevski et autres Tolstoï. (C) Systool, 11/2010

 

 

Alexandre Pouchkine – Eugène Onéguine

(disponible en français aux editions de poche Folio)

 

Publié dans Books

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Commenter cet article

SysTooL 26/08/2011 14:42



C'est un choix discutable, quand même... et de toute façon, tout Russe se moquera de toi si tu ne lis pas Pouchkine en "VO"...

Bon week-end, D! Thanks for keeping the Gueusif alive!!!



D&D 26/08/2011 14:34



"les rimes de ce roman en vers n’ont pas été reconduites en français" : chant-mé quand même !?!


Faut confier ça à Markowicz, peut-être...


Bon week doc :-)



SysTooL 28/01/2011 14:53



Mon intérêt pour la littérature russe date de bien avant mon voyage... ainsi, c'était un rêve d'y aller aussi pour cette raison. Par contre j'ai lu Pouchkine (et bien d'autres) plus
tard...



dr frankNfurter 27/01/2011 23:06



Rah mais c'est quoi ce bordel, toujours pas d'autres commentaires, et pourtant on fait le forcing sur FB... 


... en même temps tu cherches aussi, t'aurais torché une chro sur du Marc Levy ou du Guillaume Musso 


  (je suis déjà sorti...)


Et Pouchkine, c'est venu avant ou après tes vacances en Russie 



SysTooL 23/01/2011 14:00



:-)