THE MARS VOLTA : Frances the Mute (2005, chronique)

Publié le par Systool

Il s'avère toujours périlleux de vouloir comparer un groupe à d'illustres références musicales. Les puristes (nostalgiques?) hurleront au plagiat et considéreront que, de toute façon, les formations actuelles n'arrivent pas à la cheville de leurs prédécesseurs. De plus, même si la comparaison était valable, cela pourrait donner l'impression que l'on reproduit finalement ce que les autres ont déjà fait trente ans auparavant. A la différence de la plupart de leurs comparses, THE MARS VOLTA explorent des territoires musicaux qui empruntent davantage aux épigones des années 70 qu'à GOOD CHARLOTTE. Leur deuxième album, Frances the Mute, pourrait résulter du brassage de Physical Graffiti de LED ZEPPELIN, du 2112 de RUSH, de Abraxas (SANTANA), Meddle de PINK FLOYD et Sketches from Spain du grand Miles Davis, classiques qu'on jetterait dans une grande casserole et qu'on remuerait vigoureusement durant 76 minutes. Le produit issu de cette soupe primitive consiste en cinq chansons aux titres énigmatiques, pour ne pas dire stupides, qui montrent un changement d'orientation notable depuis le premier album, De-loused in the Comatorium, produit par l'hirsute Rick Rubin. Les enfants terribles Cedric Bixler Zavala et Omar Rodriguez-Lopez, accompagnés de leur clique à géométrie variable, se laissent cette fois-ci davantage aller à des ambiances atmosphériques durant lesquelles il ne se passe pas grand chose (bruit blanc, enfants qui crient, grenouilles porto-ricaines...), histoire de mieux nous hérisser le poil en balançant dans la foulée un solo de guitare ébouriffant ou une ligne vocale vengeresse.

 


Musicalement, le propos se révèle nettement moins focalisé que sur le premier album et certains jams un peu longuets (après tout, le dernier titre Cassandra Gemini dure bien 32 minutes), mais force est de constater qu'après des écoutes répétées, il est possible que l'on se sente happé par ces structures démoniaques, ces variations incessantes de rythme et de couleur musicale. L'introductif Cygnus....vismund Cygnus donne l'exemple : une musique successivement très rythmée (cette basse frénétique, ce chant tout en urgence) et plus posée. La « power ballad » The Widow a fait grincer des dents plus d'un adorateur de THE MARS VOLTA, non pas en raison du caractère clairement accessible du titre – après tout, il s'agit de la seule chanson de moins de 6 minutes – mais plutôt par sa conclusion cacophonique et désagréable, comme si le groupe avait voulu gâcher cette composition pour éviter qu'elle soit trop commerciale. L'Via L'Viaquez nous montre une double polarité plus que réjouissante, tant du point de vue musical - un couplet hard funk qui contraste avec le refrain aux inflexions afro-cubaines – que vocal (imprécations en espagnol et chuchotements en anglais), tandis que Miranda that Ghost just isn't holy anymore recèle de très belles parties de chant, malheureusement plombées par des plages instrumentales trop étendues et décharnées. On saluera par contre le solo de trompette signé Flea, le fabuleux bassiste des RED HOT qui était déjà présent sur De-Loused... puisqu'il tenait la quatre cordes sur neuf des dix titres. A noter la présence de David Campbell – le papa du bouillonnant BECK – aux arrangements classiques. Le mastodonte Cassandra Gemini (les deux « n » du deuxième mot qu'on retrouve sur la pochette seraient une coquille) est quant à lui scindé en 8 pistes sur le CD. On a parfois la nette impression qu'il s'agit du binôme Page/Plant qui nous vrille les oreilles, tant la guitare de Rodriguez-Lopez est acérée et le chant de Bixler Zavala habité et emphatique. Les soli plutôt inspirés (guitare, claviers, saxo free jazz) permettent à ce titre conclusif de tenir la route malgré sa durée mirobolante et quand la guitare acoustique que l'on pouvait entendre en intro de Cygnus resurgit pour mettre un terme à Frances the Mute, on se dit que la boucle est bouclée. Même s'il recèle quelques faiblesses, ce deuxième LP de THE MARS VOLTA impressionne par son caractère épique et la maestria des musiciens que le guitariste-leader-producteur Omar Rodriguez-Lopez a fait enregistrer chacun son tour au moyen d'un simple métronome. A noter que par manque de place, le titre Frances the Mute a été écarté du tracklist et qu'on le retrouve sur A Missing Chromosome, collection de b-sides disponible sur le net.

 

La couv' de Frances the Mute (en haut) par S. Thorgerson et Les Amoureux II (en bas) de Magritte : même combat

 

Du point de vue des textes, Cedric Bixler Zavala préconise toujours des concepts nébuleux et un expressionnisme abstrait. Dans le cas présent, il s'est inspiré de la vie de Jeremy Michael Ward, sound manipulator sur le premier album et fraichement décédé d'une overdose, qui trouva un jour, alors qu'il travaillait comme prêteur sur gage, un calepin dans lequel était inscrite l'histoire d'un de ses clients partageant de nombreux points communs avec lui, notamment le fait de ne pas avoir connu ses parents biologiques. Pour ce qui est du titre de l'album, il s'agirait d'un clin d'oeil à Francis the talking Mule, comédie américaine des années 50 qui se déclina en plusieurs épisodes et qui mettait donc en exergue un équidé capable de converser. Quelques mots enfin sur la pochette conçue par Storm Thorgerson (PINK FLOYD, MUSE...) qui semble clairement inspirée de René Magritte, puisqu'elle montre des personnages dont le visage est enveloppé d'une toile, comme « Les Amoureux » du peintre surréaliste belge. On l'aura saisi, THE MARS VOLTA souhaitent toujours inscrire leurs albums dans une espèce de mythologie qui peut avoir l'air futile ou prétentieuse, mais qui montre sans aucun doute leur volonté de surprendre à chaque occasion. Frances the Mute relève ce défi haut la main et se place en digne successeur de De-loused in the Comatorium.

 

THE MARS VOLTA – Frances the Mute (2005, Universal Records)

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Le site officiel de THE MARS VOLTA et leur Myspace

 

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D&D 15/03/2008 00:41

Salut Systool :-)Pour te répondre, j'aimerais beaucoup voir Boogie Nights... En revanche, j'ai vu Magnolia et Punch, Drunk, Love, et, ma foi, je ne peux vraiment pas en dire davantage que : cela m'a été plutôt agréable mais tout autant anecdotique, aussi je n'en ai presque aucun souvenir... :-( N'était Juliane Moore, un peu, tellement je peux être un inconditionnel de cette dame...Mais je reconnais que le monsieur a du talent, et part, en toute confiance voir There Will Be Blood !

Systool 15/03/2008 12:35

Placer MAGNOLIA et le terme "anecdotique" côte à côte, ça me fait évidemment mal au coeur, mais tes connaissances cinématiques n'étaient plus à démontrer, je mettrai cela sur le compte d'une sensibilité... différente? ;-) En tout cas, je ne peux que t'encourager à voir les deux films que tu cites! A+ D

D&D 13/03/2008 11:32

En attendant de découvrir à mon tour There Will Be Blood, et de me reconnecter à tes autres articles plus récent, je poursuis donc ma lecture à rebours de tes articles sur Mars Volta.Et fort joyeusement !C'est peu de dire qu'ils ont l'air "concept", mais à partir de là on peut aussi bien le pire que le meilleur, et ton articles donne bien envie. C'est anecdotique mais j'aime beaucoup le visuel et le titre (et puis c'est rigolo quand même cette référence à la Mule !).Bonne fin de semaine doc '  :-)

Systool 13/03/2008 21:02

Hello D! Je te laisse poursuivre l'exploration (en profondeur) de TMV... et j'attends de pied ferme ton opinion sur ce film... je ne sais pas si tu as vu (et accessoirement apprécié) les autres réalisation de PT Anderson...

Silicate 21/03/2007 18:36

Syst' : en fait, cet album, quand ya une chanson qui passe sur ma playlist (toujours aléatoire), j'ai toujours envie d'écouter celle d'après (puisque logiquement elle se suivent, ca coupe net en lecture aléatoire) et celle d'avant... résultat, je m'écoute à chaque fois les chapitres de Miranda... ou Cassandra Gemini en entier ! :-D

Systool 21/03/2007 19:08

C'est vrai que c'est parfois difficile de presser sur STOP comme ça ;-) sauf que les 32 minutes de Cassandra sont éreintantes... :-D

Arteashow 18/03/2007 16:10

il ya une qualité que je retrouve avec plaisir à chacune de mes visites chez toi Sir systool c'est le choix et le contenu de tes articles certains mags spécialisés devraient s'en inspirer ! en tout cas merci pour venir parfaire  mon éducation en matière de zik !bonne fin de journéeArtea

Systool 18/03/2007 17:10

Disons qu'à la différence des magazines, je ne suis pas contraint d'écrire des louanges sur les groupes de musique... je sélectionne plutôt ceux qui "méritent" selon moi de figurer par ici... ensuite, pour ce qui est des infos que je vous propose, il s'agit d'un mix de mes connaissances et de ce que j'ai pu dégoter sur le net et ailleurs ;-)A+ Artea et merci

nwman 17/03/2007 20:51

Ca donne envie d'en découvrir toujours plus !
Et ... plus j'en découvre, plus il en a toujours à découvrir.
arf, il me faudrait neuf vies.
bbye

Systool 18/03/2007 12:14

Ciao NW! Tant mieux, tant mieux... et prochainement quelque chose de passablement différent... ;-)