C.Delbrouck : "Frank Zappa et les Mères de l'Invention"

Publié le par Systool

Ces dernières années, de nombreuses références ont été publiées sur FRANK ZAPPA, grand musicien rock décédé en 1993. L’artiste lui-même a publié son autobiographie en 1989, The Real Frank Zappa, traduite en français par Zappa par Zappa. Parmi les grands connaisseurs francophones de la carrière de l’Américain, on citera le plus volontiers GUY DAROL, à qui on doit, entre autres, Zappa de Z à A ou encore Frank Zappa, l’Amérique en déshabillé.

CHRISTOPHE DELBROUCK, auteur d’une biographie extensive en trois volumes, est un musicien et compositeur qui a formé le Nasal Retentive Orchestra, en hommage à Nasal Retentive Calliope Music, un morceau de Zappa présent sur We’re only in it for the Money. Le premier tome de cette biographie extensive du génie américain, FRANK ZAPPA ET LES MERES DE L’INVENTION, traite la période 1940-1972, c’est-à-dire de la naissance du musicien jusqu'au fameux accident lors d'un concert à Londres fin 1971.



On y découvre des anecdotes sur son enfance, durant laquelle il a souvent dû déménager en raison de la place de travail peu stable de son père, émigré italien travaillant dans l’industrie chimique. Né à Baltimore, le jeune Frank est allé vivre ensuite en Californie. Garçon solitaire et déjà considéré comme un peu bizarre, il montre des aptitudes particulières pour le dessin et la chimie – il s’amusait des jours entiers à apprendre les formules pour fabriquer des produits explosifs. Vers l’âge de 14 ans, il découvre Edgar Varèse, musicien français avant-gardiste qui a développé durant la première moitié du XXème siècle le concept de « son organisé », qu’on a décrit sous le terme de « musique concrète ». Peu après, Zappa découvre d’autres grands compositeurs : Stravinski, Stockhausen… Ces auteurs marqueront Zappa d’une trace indélébile et ce dernier n’aura de cesse durant toute sa carrière musicale d’inclure ces influences dans sa musique qui se veut un mélange de compositions à la fois populaires et avec une approche artistique, au sens pur du terme.

Dès lors, le jeune Frank commencera à collectionner les vinyls de ses idoles classiques ainsi que des groupes de rhythm n’blues et doo wop du moment en économisant chaque sou engrangé. Il fera plus tard l’acquisition d’une batterie et la mauvaise coordination entre ses bras et ses jambes le fera changer de voie. Ce sera la guitare. Il intègre un groupe de musique pour la première fois en 1956, mais l’aventure des RAMBLERS, puis des BLACKOUTS sera de courte durée. Au passage, Zappa fera la connaissance de Don Van Vliet, avec qui il partagera son adolescence ; ce passionné de musique au même titre que Frank deviendra par la suite CAPTAIN BEEFHEART, autre musicien en marge du milieu rock, dont Safe as Milk et Trout Mask Replica (d'ailleurs produit par Zappa) sont les albums les plus réussis.



En 1964, le jour de la fête des mères, Zappa fonde les MOTHERS, dont Jim Sherwood et Ray Collins sont deux membres importants travaillant avec lui dans sa première salle d’enregistrement, le Studio Z. Puis Roy Estrada, Jimmy Carl Black et Ian Underwood intègrent également le groupe. Les premières compositions pointent le bout de leur nez : Any Way the Wind blows, How could I be such a Fool, des titres qu’on retrouvera sur le premier album de Zappa et des Mothers – rebaptisées les Mothers of Invention par la compagnie qui trouvait que “mothers” faisait trop penser à “motherfuckers”…

Cependant, les débuts sont durs car la mode est aux Beatles et la musique de Zappa et ses sbires est considérée comme trop bizarre. De plus, les promoteurs pensent qu'elle n’a « aucun potentiel commercial », terme repris dans la pochette de FREAK OUT, le premier album qui sortira finalement en juillet 1966. Il s’agit du premier double album rock de l’histoire, créé quelques mois avant le fameux Blonde on Blonde de Bob Dylan et deux ans avant le White Album des Beatles. Suivront des années difficiles où Zappa fera rapidement montre de son talent mais aussi de son autoritarisme durant les sessions d’enregistrement. Des tournées incessantes en Amérique et en Europe asseoiront petit à petit la réputation des Mothers, dont le set, souvent voué à l’improvisation et la théâtralisation, éblouira les spectateurs, parfois en nombre plus que restreint.



Une quantité phénoménale de matériel sera composée entre 1966 et 1968. Absolutely Free, le deuxième album de Zappa et des Mothers, puis Lumpy Gravy, un album solo, We’re only in it for the Money, Uncle Meat, Burnt weeny Sandwich et Weasels ripped my Flesh. Les trois derniers albums sont sortis en 1969-1970, mais ils contiennent des morceaux que Zappa a enregistré avec les Mothers originels, en 1967 et 1968. Cette période musicale contient déjà de véritables classiques comme Hungry Freaks Daddy, Who are the Brain Police, Brown Shoes don’t make it, Absolutely Free, Take off your Clothes when you dance, Mr. Green Genes, King Kong, Little House I used to live in… La liste est innombrable et ces premières années d’activité de Zappa, caractérisées par des albums très critiques envers la société (la répression sociale, les Hippies…) laisseront ensuite la place à un réalisme blasé chez Zappa, qui se rend compte que les choses ne sont pas prêtes de changer.

Les auditeurs apprécieront également la technique et le sens de l’orchestration qui vont s’étoffer d’album en album. En 1969, un autre grand classique de Zappa est enregistré : Hot Rats, savant mélange de rock et de jazz dont Willie the Pimp, Peaches en Regalia et The Gumbo Variations sont les exemples les plus marquants.



Le livre de Christophe Delbrouck retrace également les nombreuses rencontres de Zappa avec des artistes célèbres du moment : les Doors, Jimi Hendrix, Eric Clapton, Mick Jagger, Miles Davis, Lou Reed (qui déteste Zappa), mais également Claudia Cardinale, Terry Gilliam ou Vaclav Havel (Plastic People sera à l’époque un hymne protestataire très populaire en Tchécoslovaquie).

Plein comme un œuf, le récit de Delbrouck est un témoignage unique de la vie de Frank Zappa et recèle quantité d’informations sur ce grand musicien. Les nombreuses citations tirées d’autres biographies sont souvent très à propos et je vous en offre quelques-unes ci-dessous :


« Nous devons démuseler la musique si nous voulons lui permettre d’accomplir sa fonction qui est de stimuler l’esprit des hommes et de les émouvoir. » (E.Varese) 


« Mourir est le privilège de ceux qui sont épuisés. Les compositeurs d’aujourd’hui refusent de mourir » (E.Varese)


« Les scientifiques croient que l’univers est composé d’hydrogène, ils prétendent que c’est la composante la plus largement répandue. Je prétends que la composante la plus répandue est la stupidité » (F.Zappa)


« Les gens bidons ne sont pas ceux qui créent les modes, mais ceux qui les consomment » (F.Zappa)


Un musicien rencontré durant un concert : « T’es génial mec. Quand j’ai entendu dire que t’avais bouffé de la merde sur scène, je me suis dit que tu étais un type vraiment trop dément », Frank Zappa : « Je lui ai répondu que je n’avais jamais bouffé de la merde. Le gars a accusé le coup, comme si je venais de lui briser le cœur. »


« Frank Zappa est l’iconoclaste le plus courageux de la pop music, et peut-être le plus brillant. Il excelle dans l’art de la satire. Hélas, il a tendance à faire des choses quelques années avant que les gens ne soient prêts à les recevoir »
(Pete Johnson, critique au LA Times)

"Zappa a bâti patiemment, minutieusement une oeuvre dont on est sûr dès aujourd'hui qu'elle restera. Il est vraiment, définitivement, indubitablement unique - le musicien le plus rigoureux et le plus lucide aujourd'hui sur le marché de la musique rock."
(Philippe Paringaux, journaliste)



Christophe Delbrouck, FRANK ZAPPA ET LES MERES DE L'INVENTION, Editions LE CASTOR ASTRAL, 2003, 364 pages

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Publié dans Music Books

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Commenter cet article

bagheera 13/02/2006 23:20

En lisant ce qu'il en est de ses jeunes années, je ne peux que me dire  :  " encore un qui a été sauvé de la folie par la musique",...+ serieusement, j'ai remarqué sa reference a stravinsky et ca m'a fait pensé que vander de magma s'y refere aussi.  Je ne savais pas non + que zappa etait d'origine italienne. j'hesitais avec hispanique ( comme santana ) , en tout cas, j'en ai appris bcp ! merci systool ! bizz laura

Systool 14/02/2006 18:17

Un sacré personnage que ce Zappa, en tout cas, excentrique comme sa musique.

yannig 19/08/2005 18:41

Héhé. Zappa...
"Catholic girl" est un de mes morceaux cultes.

arturo 11/08/2005 00:51


salut,
merci pour cet article sur "le maitre" qui a eduqué nombres d'oreilles de musiciens (dont les miennes)..avec quelques autes (coltrane, led zep, police, eric dolphy et plein d'autres...)

voila..c'est cool

cordialement

arturo

Zoldickun 10/07/2005 15:26

Super bien documenté, bien écrit et donc très sympa.

J'avoue que je ne connaissais pas trop sa vie en fait. La musique oui mais bizarrement je ne m'étais jamais penché sur le reste.

Merci à toi !