James Ellroy : Demon Dog

Publié le par Systool



1948 : naissance de Lee Earle Ellroy, à Los Angeles. Six mois plus tard, ses parents divorcent et sa mère, Jean, infirmière d’origine allemande, obtient sa garde.
Vers l’âge de dix ans, Lee déménage avec sa mère à El Monte, quartier populaire de LA. Quelques mois plus tard survient l’événement qui marquera à jamais Ellroy et qui le prédestinera sans doute à sa carrière d’écrivain de romans noirs et policiers : des enfants jouant au base-ball retrouvent le cadavre mutilé de sa mère dans un buisson. Le coupable ne sera jamais retrouvé et Lee est confié à la garde de son père vieillissant (il a 60 ans à cette époque).

En 1965, livré à lui-même en raison de l’état de santé précaire de son père, Ellroy s’enrôle à contre-cœur dans l’armée, dont il sera réformé peu de temps après, à l'occasion du décès de son père. Débute alors une longue descente aux enfers : Lee sombre dans l’alcool et la drogue, dort dans des parcs et vit de menus larcins – il lui arrive même d’entrer par effraction dans des maisons pour voler de l’alcool ou des sous-vêtements féminins. Son état de santé se détériore et en 1975, on lui découvre un abcès pulmonaire, ce qui va le pousser à changer de vie.

Il trouve un poste de caddie à LA et se met rapidement à l’écriture. Il se choisit un autre prénom pour son premier roman autobiographique, Brown’s Requiem : désormais, il s’appellera James Ellroy. Nous sommes en 1981. Suivront une vingtaine de romans en autant d’années qui placeront James Ellroy, surnommé Demon Dog, parmi les écrivains les plus talentueux – mais aussi les plus violents – du roman noir.



Citons parmi ses œuvres la trilogie Lloyd Hopkins, comprenant Lune Sanglante, A cause de la Nuit et La Colline aux Suicidés. Mais aussi le Quatuor de Los Angeles, qui est composé du Dahlia Noir, son roman le plus célèbre, Le Grand Nulle part, L.A. Confidential et enfin White Jazz. Les romans de James Ellroy relatent souvent le parcours de flics plus ou moins corrompus, de truands des bas-fonds et de femmes fatales, avec en filigrane une critique acerbe de l’establishment américain. Outre une biographie publiée en 1996, Ma Part d’Ombre, on citera encore parmi ses grands succès la Trilogie Underground America, qui retrace les dessous de la politique américaine : le premier volet, American Tabloid (1995), traite des années Kennedy, de 1958 à 1963 et donne une image peu reluisante du président tant aimé des Américains… le deuxième volume, American Death Trip (2001), a pour sujet les cinq années suivantes : l’accession de Johnson au pouvoir après l’assassinat de Kennedy, la « vérité » sur la mort de Kennedy, organisée par les services de police secrète, le Vietnam… Quant à la troisième partie, elle doit encore paraître mais devrait se nommer American Madness.

Ellroy est par ailleurs un grand fan de boxe, sujet qu’il traite dans le Dahlia Noir, puisque les deux policiers menant l’enquête pour retrouver l’assassin d’Elisabeth Short, sauvagement mutilée, sont également deux anciens boxeurs rivaux.

James Ellroy vit désormais avec sa femme, Helen Knode, également écrivain et journaliste, à Los Angeles.


Voici un petit résumé des oeuvres les plus connues d'Ellroy :

LE DAHLIA NOIR (The Black Dahlia en VO) : nous sommes en 1947, à Los Angeles. On retrouve dans un terrain vague le corps nu et mutilé d'Elisabeth Short, surnommée Le Dahlia Noir en raison de sa propension à se vêtir toujours en noir. Deux policiers de la ville, Lee Blanchard et Bucky Bleichert, boxeurs ayant rangé leurs gants, sont sur l'enquête.



 

Un véritable classique du roman noir, où on découvre le style décapant d'Ellroy, qui accède à la reconnaissance internationale grâce à cette histoire qui fait par ailleurs office d'exorcisme pour l'écrivain s'inspirant du meurtre de sa mère survenu dans des conditions similaires.

Ce roman devrait bientôt être adapté au cinéma. Tout d’abord pressenti à la réalisation, David Fincher (Fight Club, Seven, Panic Room), cède finalement la place au veteran Brian De Palma



L.A. CONFIDENTIAL : Trois flics de LA, dans les années 50. Ed Exley, cherchant à tout prix la gloire, Bud White, véritable bombe à retardement et Jack Vincennes, pourri maltraitant les stars pour faire les choux gras des magazines à scandales... Leur vie va tourner au cauchemar.



L'un des nombreux romans d'Ellroy ayant été adapté au cinéma. Celui-ci, réalisé par Curtis Hanson, est un excellent thriller comprenant un casting éblouissant : Kim Basinger, Kevin Spacey, Guy Pearce et Russell Crowe.


AMERICAN TABLOID : Ellroy passe au crible les années Kennedy, de son ascension au pouvoir au jour de son assassinat, le 22 novembre 1963 à Dallas. Ses conquêtes, ses manoeuvres, ses mensonges... Entre temps, on suit également Pete Bondurant, flic d'origine française aux méthodes expéditives, Ward Littel, qui tente de déceler la vérité à travers le voile de l'alcoolisme, ou encore J.Edgar Hoover, patron du FBI, Howard Hughes, milliardaire phobique (cf. AVIATOR), Robert Kennedy...



Pour cette première partie de sa Trilogie UNDERGROUND USA dédiée à l'histoire politique américaine, Ellroy n'épargne personne et souhaite détruire tous les mythes construits autour de la personnalité des Kennedy et des autres...


AMERICAN DEATH TRIP (The Cold Six Thousand en VO) :

Wayne Tedrow, flic de Las Vegas avec 6000 dollars en poche, débarque à Dallas pour une mission de routine. A ce moment, Kennedy a été assassiné. La CIA et le FBI parsèment leurs hommes de main, Pete Bondurant et Ward Littel, pour éliminer les témoins gênants et parfaire ce plan de mystification...



Pour cette deuxième partie de UNDERGROUND USA, Ellroy traite les années 1963-1968 : l'accession au pouvoir de Lyndon Johnson, les difficultés au Vietnam, la course contre la montre pour se débarrasser des gêneurs qui connaîtraient la vérité au sujet de la mort de JFK... Le tout en plus de 800 pages, qui plus est dans un style particulièrement dépouillé. Une autre oeuvre d'une densité et d'une puissance hallucinantes.



Vous trouverez la totalité de l'oeuvre d'Ellroy en poche aux éditions RIVAGES/NOIR (en français), pour la plupart traduites par Freddy Michalski.

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Sycophnate 30/05/2007 21:57

J'ai aimé l'adaptation de Brian De Palma du Dahlia Noir, mais lorsque je me dis que Fincher a travaillé dessus, qu'il voulait faire un film de 3h00 en noir et blanc... Je ne peux m'empêcher de penser qu'on est passés à coté de quelque chose de fascinant...

Systool 30/05/2007 23:24

J'ignorais cette info... et je ne peux qu'etre d'accord avec toi... sans avoir vu la version de De Palma, dont j'ai entendu des échos mitigés, je pense aussi que Fincher nous aurait pondu quelque chose de grandiose!

Bifsteak 27/06/2006 16:32

Pas de quoi! c'est tjs un plaisir que de venir sur ce blog  ;-)

Bifsteak 26/06/2006 14:34

Bonjour! Un petit complément de lecture: L'Affaire du Dalhia Noir, de Steve Hodel. L'auteur est un inspecteur du LAPD à la retraite. A la mort de son père, il retrouve une photo du Dalhia et mène sa propre enquête, creusant dans la vie d'un père qu'il n'a presque pas connu. Les soupçons naissent vite... L'histoire pourrait sembler relever de l'ordre du phantasme, mais Steve Hodel, même si son écriture manque de style, nous trace le portrait d'une génération de riches américains de l'après-guerre, qui semble prête à toutes les horreurs...  Le bouquin laisse un drôle de goût...

Systool 26/06/2006 14:39

Hello Bif! merci beaucoup pour ce complément... c'est toujours bienvenu!

Lady Domi 07/05/2006 07:53

Quand mon copain de l'époque est reparti aux US, il m'a laissé «The Black Dahlia» - trop sombre et vénéneux pour lui !...

Systool 07/05/2006 11:09

Je comprends... je dois dire que j'ai commencé par ses fresques historiques sur les USA (American Tabloid et The Six cold Thousand) mais le Dahlia Noir est excellent également, mais assez sombre, oui... :-DJe te le conseille dans tous les cas. A+

bagheera 19/02/2006 23:03

Il y a  7 ou 8 ans, une amie m'avait fait decouvrir le dahlia noir  et j'ai été epatée - bien sur - ensuite j'ai vu Ellroy à canal + ( l'emission nulle part ailleurs )  et il etait mysterieux au point d'en etre singulierement inquietant. pour m i , il est le Philippe K dick du polar. Voila un ecrivain qui puise dans sa vie , mais quelle vie, il faut dire !  je crois avoir entendu dire que l'assassin de sa mere avait recemment été retrouvé, un agent de police ou qq chose comme cela... En tout cas bravo pour cet article complet sur cet ecrivain d'exception   ( maitre incontesté ds le domaine du polar, ca oui ! )bizz, Laura

Systool 20/02/2006 18:00

Oui, son histoire est assez terrible en effet... le DAHLIA NOIR est excellent, mais je dois dire que j'ai préféré ses romans sur la politique américaine, soient AMERICAN TABLOID et AMERICAN DEATH TRIP (en anglais COLD SIX THOUSAND)A+ Bagheera