J. Palacios : "Beck - Le Loser Magnifique" (éd. Le Camion Blanc)

Publié le par Systool

Quel plaisir de pouvoir enfin profiter de la traduction française de Beautiful Monstrosity, la bio de Beck Hansen signée Julian Palacios. Alexandra McCollister a opté pour un titre qui, s'il ne retransmet pas cette dualité beauté/laideur, conserve néanmoins cette facette paradoxale (Le Loser magnifique) tout en faisant un clin d'oeil à l'un des titres les plus connus de l'enfant terrible du rock alternatif. Une certaine déception pourrait cependant transparaitre puisque les éditions Le Camion Blanc ont sorti cette biographie en janvier 2006 alors que Palacios s'est arrêté en 1999, soit aux embardées funk de Midnite Vultures, mais à vrai dire, cela n'a pas trop d'importance étant donné que nous ne nous trouvons pas face à une étude discographique de Beck Hansen. Il s'agit plutôt d'énumérer les faits historiques marquants qui ont précédé son parcours de musicien, du moins dans la première partie de la présente bio.

 

De manière assez emblématique, on débute avec la vie de son grand-père Al Hansen, individu aussi talentueux qu'effacé ayant contribué de façon déterminante au mouvement artistique Fluxus, qui a compté George Brecht et Yoko Ono parmi ses membres les plus éminents. Palacios poursuit avec les tribulations de Bibbe Hansen, mère de Beck, également artiste iconoclaste qui a collaboré avec la Factory de Andy Warhol. L'auteur dépeint ensuite les années de jeunesse de Beck qui montre très vite certaines prédispositions pour la musique et d'autres formes d'art (rappelons que son père, David Campbell, est d'ailleurs arrangeur professionnel). On a droit à une fantastique rétrospective des sons qui influenceront le jeune homme si enclin aux expérimentations et aux brassages stylistiques qui caractérisent en un sens Los Angeles, cette ville que Beck adore et déteste tout à la fois. Le blues de Woody Guthrie et Blind Lemon Jefferson, la country, le funk de George Clinton et des Headhunters, le hip hop de Public Enemy sont autant de clés qui permettent de décoder l'univers discographique de Beck Hansen, car entre la fusion de l'album Odelay, le folk de Mutations et l'electro-funk de Midnite Vultures, le jeune blondinet n'a fait rien de moins que redonner ses lettres de noblesse à la musique qui a une âme, celle qui ne triche pas.

 

 

Alors que Palacios s'évertue toute la biographie durant à décoller cette étiquette aussi tenace que fausse du Beck "fainéant", les éditions françaises du Camion Blanc choisissent une photo style "yeux injectés de THC"... pas forcément très malin...


On nous conte ensuite les années de misère (sans tomber dans le pathos), durant lesquelles Beck fait littéralement la manche en gratouillant sa guitare dans les bouges du Greenwich Village de New York, puis c'est la révélation aussi subite qu'inattendue avec le hit Loser qui érige le jeune homme au rang des porte-paroles de la Génération perdue des années 90, en compagnie des Cobain et autres Thom Yorke. Quelle ironie, quand on sait que ce titre enregistré en 6 heures au moyen d'un 4-pistes pourri avait justement pour but de fustiger ces perdants qui se laissent aller au desespoir. Tout s'enchaine très rapidement : la signature chez David Geffen Company, la sortie de l'album Mellow Gold (1994), une longue tournée mondiale puis la rencontre avec les Dust Brothers pour Odelay (1996), le disque de la consécration, panel grandiose des habilités de Beck à faire du neuf avec du vieux. On y apprend notamment que 1) il s'agit bien d'un chien – de la race des Komondor – sur la pochette de cet album culte  et que 2) le titre « Odelay » est une retranscription erronée d'un technicien, l'album devant s'appeler à la base « Orale! », soit une sorte de « Salut! » dans le patois hispanique auquel Beck a été sensibilisé dès son plus jeune âge, résidant dans le quartier de South Central (Los Angeles).

 

Mais Beck n'est pas simplement un bidouilleur produisant une soupe informe à partir de hip hop, funk, country et rock. Le musicien parvient à insuffler une cohésion appréciable, en partie grâce à sa voix riche et les arrangements qui, même s'ils sont parfois destabilisants, parviennent à maintenir l'attention de l'auditeur de bout en bout. A ce moment, Beck est invincible. Ses concerts sont une véritable communion avec le public car, à la différence de la plupart des groupes alternatifs, l'artiste demande la participation du public et en même temps, parvient à improviser quelle que soit la situation. Il intègre la danse, des chorégraphies jouissives et des happenings dada que son grand-père n'aurait pas renié. La biographie de Palacios se termine par les enregistrements et les tournées subséquentes de Mutations (1998) et Midnite Vultures (1999). On remarquera les éloges de la part de grands maîtres tels que Johnny Cash, Allen Ginzberg, Neil Young, SONIC YOUTH et même Bob Dylan, qui avait pourtant déclaré récemment qu'il n'avait rien entendu de bon dans la musique de ces vingt dernières années... Ainsi, aucun chapitre n'est dédié au calme et magnifique Sea Change (2002) et à l'hétéroclite Guero (2005), sortis après la rédaction de cette bio. Il ne fait cependant aucun doute que les futurs biographes de Beck Hansen – dont le nouvel album The Information est à peine paru – auront encore matière à écrire sur ce musicien d'exception.

 

Julian Palacios : BECK – Le Loser Magnifique (Le Camion Blanc, 2006)

 

 

 

(BECK - Beautiful Monstrosity (1999), traduit de l’anglais par Alexandra McCollister)


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Regardez le clip vidéo de Sexx Laws!!!

 

 

Publié dans Music Books

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Commenter cet article

Chtif 08/12/2006 13:12

.... ah et puis, j'ai du mal avec sa tête, aussi, on dirait un mec parfait, l'ami idéal, et doué en plus....pff.. ça va être dur !

Systool 08/12/2006 14:53

Ouais ouais il a tout pour lui, le Beck... :-)

Tuân 20/10/2006 15:57

Aaaah... Merci pour le clip avec Jack Black.

Systool 20/10/2006 16:35

Rah je t'en prie... c'est si drôle... j'aime bien la scène du début, où on dirait qu'il est en train de tauper... :-)

xav 08/10/2006 23:16

Bonjour,
Félicitations pour votre site qui est vraiment bien conçu! J'ai créé un annuaire de blogs et si vous souhaitez vous y inscrire voici l'adresse: http://netblog.site.cx  !
Bonne continuation

Systool 09/10/2006 08:58

Hello Xav! Merci pour ton passage! A bientôt

Tuân 08/10/2006 15:16

Oui, il me semble que Nam écoutait assez souvent du Beck il y a un petit moment. Ca doit être ce CD alors. M'en vais voir ça moi.

Systool 08/10/2006 15:37

Yes man! J'ai hâte d'entendre ton feedback ;-)A+

Tuân 07/10/2006 10:24

Une des chansons de ce dandy avait fait moult bruit à l'époque sur MTV. Mais je crois que je confonds avec un de ces clips en fil de fer sur un fond noir.En fait, je me rends que je ne connais absolument pas Beck.Nice Sys !

Systool 07/10/2006 12:56

Ouais c'était "Loser", j'imagine! "Soy un Perdedor, I'm a loser, baby, so why don't you kill me"...Bah le mieux c'est d'écouter, man! Chope Odelay et regarde ce que ça donne. Il a un feeling très hip hop donc tu seras pas trop dépaysé! Je l'ai fait à Namus, je crois ;-)