EELS : Anguille sous Rock (bio)

Publié le par Systool

Avec sa tête de binoclard, Mark Oliver Everett, appelé «E» depuis son adolescence, ne paye pas de mine. Et pourtant, le cerveau derrière le groupe EELS (les anguilles) se révèle l’un des artistes rock les plus intéressants de ces dix dernières années. En effet, dès la sortie de son premier album, le cultissime Beautiful Freak (1996), on sent que ce garçon a quelque chose de différent. Les dirigents de la section musicale de Dreamworks (oui, la maison de production de Spielberg) l’ont tout de suite su. Et en effet, à l’écoute de titres tels que le classique Novocaine for the Soul, mais aussi Rags to Rags ou Guest List, on est surpris par ce melting pot de sonorités à la fois pop, rock et electro, menées par la voix cassée de E déblatérant ses déboires quotidiens. D’autres titres plus apaisés (Beautiful Freak, Manchild ou la lunatique Susan’s House) assurent un joli contraste avec les chansons plus énergiques. De même, on remarquera cette dualité entre une musique délicate et des textes sombres et introspectifs.


Bref, les choses ont l’air de se passer pour le mieux. Le groupe (complété alors par Butch Norton et Tommy Walter) jouit d’un succès d’estime, vend bien et passe sur MTV. Que demander de plus? Et c’est là que les choses se compliquent… Le décès de la mère et de la sœur de E vont plonger le musicien dans une période de deuil bien compréhensible. Mais les grands individus savent sublimer la douleur en beauté et en 1998, EELS fait paraître son deuxième album, le magnifique et triste Electro-Shock Blues. On recherche en vain les chansons rock accrocheuses (quoique sur Last stop, this Town), car il est plutôt question ici de mélodies éthérées sur fond de claviers et sous anti-dépresseurs (Elizabeth on the Bathroom Floor, My Descent into Madness) même si E se permet quelques passages groovy et destructurés d’excellente facture comme sur Cancer for the Cure. Deux ans plus tard, Everett est de retour avec Daisies of the Galaxy qui reçoit un accueil mitigé : on salue certaines idées mises en forme de manière brillante, comme sur l’introductive Grace Kelly Blues ou Jeannie’s Diary, mais le tout semble un peu manquer de cohésion et disons-le clairement, E est dans son monde…

Après un album live retraçant la dernière tournée en compagnie d’un mini-orchestre composé de cuivres, banjo et autres pianos, Everett, plus barbu que jamais, nous propose Souljacker – clin d’œil aux adeptes du car-jacking ou braqueurs de voitures « à la tire » - un quatrième LP toujours aussi riche en expérimentations qui bénéficie même d’une édition avec quatre titres en bonus, dont la magnifique I write the B-Sides. On retrouve ici cette fusion chère à l’Américain qui s’est par ailleurs octroyé les services de John Parish pour la composition, alors qu’il avait l’habitude d’écrire seul jusqu’à présent. En 2003, c’est Shootenanny! qui voit le jour. Le rock véhicule chez certaines personnes à l’esprit restreint l’image d’une musique uniquement destinée à se rebeller contre ses parents, tandis que Lou Reed chantait Kill your Sons (« tue tes fils »). E, jamais à court d’idées, semble penser que c’est la nounou qui est à la source de tous les conflits, d’où son exhortation à l’éliminer (Shoot the Nanny). Trève de plaisanterie, d’autant que ce 5ème album mérite un minimum d’attention puisqu’il recèle de superbes titres (All in a Day’s Work, Rock Hard Times). On critiquera souvent Everett pour sa propension à « marcher sur les plates-bandes » de Beck, un autre musicien essentiel des nineties, et il est clair que les deux artistes ont de nombreux points en commun, notamment la tendance à mêler des styles disparates. Cependant, alors que Beck se dirige volontiers vers des contrées funk et hip-hop, E préfère des atmosphères plus apaisées et minimalistes.


Après cette escapade qu’on qualifiera d’orientée, Everett revient à ses vieux travers et nous emmène dans le virevoltant et sinueux Blinking Lights and other Revelations. Double album composé de 33 titres (environ 90 minutes), il peut parfois sembler indigeste et sans intérêt, mais contient également des moments qui confinent au sublime (From which I came, Blinking Lights for me, Things the Grandchildren should know) qui en font l’une des plus belles surprises de l’année 2005. En effet, peu de musiciens montrent autant de sensibilité ainsi qu’une approche réellement éloignée des contraintes commerciales. Quelques mois plus tard paraît un CD live enregistré à New York avec une section classique : With Strings, Live at Town Hall. Une manière sympathique de revisiter les meilleurs titres qui ont jalonné la carrière d’Everett. A noter qu’une version DVD est parue également et qu’elle contient près de dix chansons supplémentaires. Terminons en ajoutant que E se montre particulièrement prolifique puisqu’en dehors des six albums studio parus depuis 1996 avec ses anguilles, il présente dans son CV d’anciennes compilations, dont l’excellent A Man called E et a collaboré avec des artistes aussi variés que Grant Lee Phillips, Jon Brion ou T-Bone Burnett.




Regardez le clip de Novocaine for the Soul

Publié dans Rock Classics

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caracol 19/09/2006 00:24

Les meilleurs concerts de ma vie = ceux de Eels (notamment le dernier après la sortie de Blinking Lights) Ma chanson préférée = things the grandchildren should knowTrès bon article !L'escargot E

Systool 27/09/2006 10:09

Hello Caracol... Et bien, tu nous montres là que Everett est un musicien de talent également sur scène. ça fait plaisir!

bagheera 10/09/2006 15:56

bon groupe, dominé par la personalité de son createur & compositeur, j'ai bcp aimé daisy of the galaxy meme si la pochette etait zarbi: D comme d'hab ton article m'en apprend sur le sujet

Systool 10/09/2006 16:13

Coucou Bagheera!Merci pour ton passage... je connais mal Daisies of the Galaxy, mais c'est vrai que la pochette est assez bizarre...

comateen 09/09/2006 12:25

J'en découvre tous les jours, je vais pas mentir, de Eels je connais seulement la pochette de "beautiful freak". Maintenant je vais écouter .
; )

Systool 09/09/2006 13:31

C'est sûr que cette pochette est assez connue et parfois les gens se sont arrêtés à cela... mais oui, écouter EELS peut s'avérer enrichissantCiao Coma

bib 08/09/2006 21:51

ciao bel homme!
cool ton article, j'ai adoré le premier album, par contre le deuxième est d'un style très différent. j'attends que mon impétueux chevalier me passe la suite.
 
gros bisous
bibibibibiibi

Systool 09/09/2006 13:26

Ce sera pour bientôt... et sans faute! ;-)

Fredogino 08/09/2006 17:29

salut camarade... bon, et Cake, alors?

Systool 08/09/2006 17:36

C'est pour demain, mon ami ;-)