Boris Akounine : Bon Sang ne saurait mentir (Ed. Presses de la Cité)

Publié le par Systool

Qu'on le veuille ou non, Boris Akounine a fondé en quelques années un empire littéraire prodigieux du point de vue purement financier, et à mon sens appréciable pour ce qui est de sa qualité littéraire intrinsèque. C'est tout d'abord avec les aventures d'Eraste Petrovich Fandorine qu'il a marqué les esprits : une sorte de Sherlock Holmes russe aux allures de dandy évoluant dans la Russie tsariste de la fin du XIXème siècle dont une dizaine d'épisodes sont déjà parus dans nos contrées. Plus tard, Akounine, Géorgien dont le vrai nom est Grigori Chalvovitch Tchkhartichvili, nous a offert la trilogie de Pélagie, une nonne maladroite mais dont l'esprit de déduction nous laissait pantelant. Enfin, l'auteur s'est attaqué à Nicholas Fandorine, le petit-fils de l'illustre Eraste dont une deuxième aventure en 2 tomes est parue il y a peu aux éditions Presses de la Cité. Nicholas Fandorine n'est pas exactement la copie conforme de son grand-père. C'est un individu raisonnable, un peu coincé et somme toute assez peureux. On pouvait déjà constater tout cela dans le premier volume lui étant dédié (Altyn Tolobas). Dans Bon Sang ne saurait mentir, il est confronté à un curieux dilemme : directeur d'une modeste société de conseil, il reçoit la visite d'un individu bizarre qui lui expose un problème selon lui insoluble. A peine Fandorine a-t-il le temps de se pencher sur ce cas qu'il apprend que cet homme a fait une chute mortelle d'un immeuble, probablement victime d'un meurtre. Etant donné que l'on a retrouvé une annonce de sa petite société de conseil dans la poche du défunt, Fandorine est le coupable tout désigné. Ainsi, il va devoir faire preuve de toute sa sagacité pour déjouer un vaste complot de la mafia russe qui semble s'attaquer aux oligarques moscovites.

 


En alternance avec ce récit, on découvre le destin fascinant de Mitia, un enfant de 6 ans et de descendance modeste vivant au XVIIIème siècle. Tout d'abord pris pour un autiste parce qu'il ne parlait toujours pas à l'âge de 3 ans, Mitia se révèle en fait un bambin surdoué que son père tentera d'introduire à la cour de la tsarine Catherine II. Ce n'est pas la première fois qu'Akounine mèle les époques : déjà dans Altyn Tolobas, on pouvait apprécier le destin croisé de Nicholas Fandorine (XXIème) et de son lointain aïeul Cornelius Von Dorn (XVIIème). Boris Akounine a également tenté le récit « parallèle » avec L'Amant de la Mort et La Maîtresse de la Mort, romans faisant évoluer deux groupes de personnages différents reliés par l'enquête d'Eraste Fandorine. Tout cela paraît bien conceptuel, mais en vérité, malgré le langage précieux d'Akounine, la lecture de ses récits est toujours agréable et légère, même si les situations s'avèrent parfois dramatiques. Cet héritier de Boulgakov et de Conan Doyle ne parvient pas vraiment, cette fois-ci, à capter l'attention du lecteur. Alors que l'histoire de Nicholas démarre sur de bonnes bases, elle s'embourbe dans un galimatia pas toujours palpitant par la suite. A force de vouloir mêler toutes les plaies de l'urbaine Moscou (corruption, chantage, détournement de fonds), Akounine perd le fil et la conclusion n'est pas aussi audacieuse que d'habitude. Par contre, le parcours de Mitia emprunte à mon sens un chemin opposé. Alors que les débuts semblent poussifs, on s'attache par la suite à ce petit garçon qui sera accompagné par un vieux médecin vivant comme un ermite et nommé... Fondorine! Difficile de passer à côté de Bon Sang ne saurait mentir si l'on est un adepte d'Akounine. Dans le cas contraire, il paraît plus judicieux de débuter par les aventures palpitantes du fameux Eraste! (C) Systool, 3/2009


Boris Akounine – Bon Sang ne saurait mentir

Editions Presses de la Cité

 

 

A LIRE EGALEMENT...

Boris Akounine : Rétrospective

Le Couronnement (Fandorine, tome 7)

Pélagie et le Moine Noir (tome 2)

La Maîtresse de la Mort / L'Amant de la Mort (Fandorine, tomes 8 et 9)

 

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