THE BLACK KEYS : Rubber Factory (chronique, 2004)

Publié le par Systool

You know what the Sun's all about

When the Lights go out


De même, c'est à l'écoute d'un album comme Rubber Factory qu'on se rend compte du talent d'une formation telle que THE BLACK KEYS dans un paysage musical assombri. Soyons sérieux, on peut considérer le duo d'Akron, Ohio, formé par Dan Auerbach et Patrick Carney comme de vulgaires représentants d'un revival blues au XXIème siècle. A l'instar des BLACK ANGELS, de BLACK (décidément) MOUNTAIN et de BRIMSTONE HOWL dans leur catégorie respective, les Clés Noires s'attachent à faire revivre en toute simplicité les heures glorieuses du rock'n'roll, piochant chez Jimi Hendrix ou encore Junior Kimbrough (dont ils ont fait paraître un EP hommage en 2006, Chulahoma). Armés d'une guitare, d'une batterie, d'un chant habité et de beaucoup de bonne volonté, le duo nous concocte des chansons en quantité industrielle depuis 2002, Rubber Factory étant probablement leur témoignage le plus probant. 13 plages ensoleillées faisant alterner des licks bluesy déglingués, des riffs bien sentis et un groove méchamment contagieux.

 

Rubber Factory : la fabrique de caoutchouc... ou la fabrique de capotes! BLACK KEYS ou le revival de la Love Generation version blues

 


Dès l'entrée en scène de la guitare aux cordes détendues et du son lancinant qui accompagne When the Lights go out, on a l'impression que l'on touche à quelque chose de magique, de sacré sans que cela en porte des apparats pompeux pour autant. Au contraire, c'est toujours au moyen d'arrangements simples mais lumineux que Dan Auerbach nous enchante, à l'image du riff à 3 accords de 10 AM Automatic. Après cette introduction fulgurante, le duo poursuit avec Just couldn’t tie me down, un riff serpentin dont Dan Auerbach a le secret, et qui contient également un superbe solo tout en slide. THE BLACK KEYS excellent toujours dans l’art consommé du couplet cool, à l’image de All Hands against his own ou The Desperate Man. A la différence de la dernière livraison du groupe, Attack & Release, produite par Danger Mouse, ce Rubber Factory possède un caractère très brut pour ce qui est de son assemblage sonique, puisqu’hormis quelques retouches sur la voix, Auerbach et Carney semblent nous avoir légué une démo pourrie enregistrée sur un 4-pistes. Dans ces conditions, vous avez intérêt à enregistrer quelque chose de béton musicalement, car personne ne pourra pallier à votre nullité en bidouillant sur sa console.

 



The Lengths étale son atmosphère lascive cinq minutes durant, mais juste après, on retombe dans une marmite de succulents riffs en fusion, à savoir la reprise du Grown so Ugly de Robert Pete Williams, dont CAPTAIN BEEFHEART avait également proposé une refonte du temps de Safe as Milk (1967). Stack Shot Billy, doté d’une superbe impro blues en ouverture, saura également convaincre les amateurs de tricotage compulsif, avec force bottleneck et même une session wah wah certes un peu téléphonée, mais toujours efficace. La formation est insatiable et les classiques s’enchaînent sans aucun temps mort : une nouvelle cover, cette fois-ci la délicate Act Nice & Gentle, quelque peu ralentie et électrifiée comparé à l’originale countrysante des KINKS. Aeroplane Blues comprend un bon gros riff mastoc et simpliste qui fait office de contrepoint au couplet dont la tension s’exacerbe progressivement, tandis que Keep me met en exergue un lick balbutiant du plus bel effet. Till I get my Way ferme la marche avec une ligne de basse qui mène le bal, la guitare étant pour le coup reléguée au second plan. Inutile de tourner autour du pot plus longtemps, THE BLACK KEYS ont façonné – après un Thickfreakness déjà dément – un opus stratosphérique mêlant l’aspect traditionnel des meilleurs albums de blues avec un je ne sais quoi d’actuel, une touche de psychédélisme et d’indie rock qui provoque chez l’auditeur l’impression curieuse d’entendre un classique actualisé, et pas simplement le témoignage d’un bande de nostalgiques nés cinquante ans trop tard. C’est ceci qui fait la force indéniable des BLACK KEYS, et Dan Auerbach, au faîte de son art, ne l’a que trop bien compris.(C) Systool, 10/2008

 

RESPECT THE ARCHITECT!!!


THE BLACK KEYS – Rubber Factory (Fat Possum Records, 2004)

 

 

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Publié dans Blues & Folk

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SysTooL 27/08/2009 09:54

Incroyable, ce Rubber Factory... je l'écoute toujours avec énormément de plaisir... dispo en intégralité sur Deezer, par exemple... A+ D et merci!!!

D&D 27/08/2009 01:33

Décidément bien intéressants ces "Black Keys"... Et leur meilleur album, écris-tu... Ton billet m'a bien convaincu de poursuivre ma découverte de ce groupe.A + doc :-)

SysTooL 05/08/2009 12:01

Ned : Excellente question! Son travail sur l'album solo "Keep it hid" m'a beaucoup plu aussi... j'avais semblé moyennement convaincu, d'après ma chronique, mais finalement, j'aime beaucoup!

NedLabs 04/08/2009 20:19

Rien à dire... Sans doute leur plus grand album. Mais comment fait-il l'ami Danny pour remplir autant d'espace sonore avec une seule gratte???

SysTooL 23/07/2009 18:48

Merci Dom! Sinon, l'album est en écoute sur Jiwa ou Deezer...