Lundi 24 juillet 2006
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Fort du succès critique de son premier album, Desperate Youth, Blood Thirsty Babes (2004), les Américains de TV ON THE
RADIO reviennent cette année avec son successeur, un opus de 11 chansons au titre énigmatique, Return to Cookie Mountain. Les amateurs de Super Mario World ne sont pas
sans savoir que la Cookie Mountain permet d’atteindre le château de Ludwig von Koopa, le boss du 4ème monde. Les autres sauteront à pieds joints sur cette curiosité… historique. Pour
tout audiophile découvrant la musique des Brooklyniens de TV ON THE RADIO (TVOTR), une difficulté surgit assez vite : comment classifier ce fatras
sonore ? Non pas que Dave Sitek et ses amis prônent la cacophonie absolue ; au contraire, ces musiciens parviennent à maintenir une homogénéité confondante et pour
ainsi dire naturelle alors qu’ils mêlent des courants aussi disparates et a priori incompatibles que le punk, le gospel, l’electro et le jazz. Pas étonnant que le groupe rechigne à se
faire classer dans la catégorie indie-rock, à la fois fourre-tout et réductrice. Le caractère hétéroclite de TVOTR représente sans doute l’un de ses points forts, mais
aussi une barrière ardue à franchir pour les auditeurs frileux ou bornés.
Les afros jojos de TV ON THE RADIO : Jaleel Bunton, Kyp
Malone, David Sitek, Tunde Adebimpe et Gerard Smith
Dès les premières secondes de l’introductive I was a Lover, on est happé par des beats synthétiques, des arpèges neurasthéniques et des
samples s’apparentant au barrissement d’un éléphant, les voix doublées de Tunde Adebimpe et Kyp Malone exprimant à la fois une certaine tristesse et de l’ironie
profonde. Nous ne sommes cependant pas au bout de nos peines : l’intermède au clavier et les guitares saturées dignes de MY BLOODY VALENTINE viennent nous crucifier avant
que les hostilités ne reprennent avec Hours, la deuxième piste tout aussi réussie. Sur ce titre, Adebimpe est accompagné au chant par Kazu Makino du
groupe BLONDE REDHEAD, tandis que sur Province, c’est David Bowie en
personne qui s’y colle. Le Thin White Duke, dont le bon goût légendaire est connu de tous, se dit fan de la première heure de TV ON THE RADIO et apporte ainsi
généreusement sa contribution à Return to Cookie Mountain, même s’il faut tout de même tendre l’oreille pour capter la voix de l’Anglais aux yeux vairons.
Playhouses, l’un des titres les plus percutants, comprend une rythmique endiablée et hypnotique ainsi qu’une
ligne de basse sinueuse qui viennent magnifier le chant désabusé et accusateur du duo Adebimpe/Malone. Suivent Wolf like me (avec Katrina Ford de
CELEBRATION) et sa rythmique post-punk nous rappelant SONIC YOUTH, puis le
doo-wop à la sauce tribale de A Method. On est abasourdi par la maîtrise vocale de Adebimpe qui passe avec une facilité déconcertante de gammes à la BEACH BOYS à un
chant énergique, ainsi que par le jeu des musiciens qui n’hésitent d’ailleurs pas à changer d’instrument d’un titre à l’autre : guitare, basse, samples et flute pour Dave
Sitek (également producteur), batterie, guitare et piano à l’arsenal de Jaleel Bunton, piano, basse et sitar pour Gerard Smith. Le groupe à géométrie
variable danse autour du buisson ardent du rock sur Let the Devil in, agrémentée de chœurs dignes d’un match de foot, tandis que Dirtywhirl fait montre une fois encore de la
voix puissante d’Adebimpe, qui règle ses comptes avec une demoiselle qui est de celles qui ressemblent davantage à une mante religieuse.
La neuxième piste, Blues from down here, nous emmène sur des terrains à mi-chemin entre le plastic jazz de Bowie (période Young
Americans) et un rock-gospel stupéfiant mené par Kyp Malone, le chanteur et guitariste à la barbe hirsute. On en vient à se demander s’il s’agit toujours du même groupe qui joue sur ce
titre, tant la versatilité des musiciens se révèle surprenante. Sur Tonight, TVOTR nous propose un chant aérien et mélancolique qu’on retrouvait déjà sur d’autres
titres, ainsi que des beats electro délicats accompagnant des guitares et des claviers discrets. L’album se termine sur Wash the Day away, une plage à la rythmique pesante contrastant
avec le chant haut perché d’Adebimpe/Malone et les sitars qui confèrent un feeling très world music à l’ensemble. On notera que la production de Sitek, accumulant les couches sonores tel un
mille-feuilles, ne paraît (presque) jamais indigeste, car très respectueuse de chacun des instruments tout en évitant d'en pousser un à l'extrême.
Le voyage est terminé et de nombreuses images restent imprimées dans notre esprit, tant les chansons de TVOTR sont évocatrices
d’émotions : espoirs, craintes, amour et ressentiment. Cependant, face à un tel foisonnement stylistique, il s’avère nécessaire de procéder à des écoutes répétées pour
« s’approprier » cette musique qui peut être rebutante de prime abord. Une fois passé ce cap, vous arriverez peut-être à la même conclusion que moi : Return to
Cookie Mountain est à considérer comme l’un des meilleurs albums sortis cette année. Ni plus ni moins.
TV ON THE RADIO : Return to Cookie Mountain (2006, 4AD Records)
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