Dimanche 7 juin 2009
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Quand j’étais petit, je pensais que tout le monde était gentil. Ensuite, j’ai constaté que cela
n’était pas le cas et bien vite, on a essayé de me faire croire qu’il y avait même des différences selon le pays d’où l’on venait. Les Danois, au même titre que les Australiens ou encore les
Canadiens, entraient dans cette grande et vague catégorie des personnes sympathiques. En grandissant, on comprend qu’il est toujours plus facile d’être quelqu’un de tolérant ou d’ouvert lorsqu’on
ne doit pas se couper en quatre pour gagner sa croute. Knud Romer, avec son Cochon
d’Allemand, balance quelques tatanes dans les dents à ces préjugés caricaturaux. Cela n’est à vrai dire
probablement pas son but principal, même si le gaillard est diplômé en théorie de la fiction et en histoire des mentalités (ça existe, hein). Ce récit largement autobiographique relate les années
d’enfance du petit Knud à Nykobing, bled paumé du Danemark où personne ne souhaiterait mettre les pieds.
L'ile de Falster était située si haut dans le nord qu'il n'y avait jamais de vrai été, et si bas dans le sud
qu'il n'y avait jamais de vrai hiver. (...) C'était désespérant, et quand venait le mois de décembre, le sapin de Noël en haut de la cheminée de la sucrerie de Nykobing avait l'air de vouloir se
suicider en se précipitant en bas.
Le hic, c’est que la mère de Knudchen est allemande et ça, ses camarades de classe ne se font pas prier pour le lui
rappeler à chaque récréation. Au-delà de ces règlements de compte (au sujet desquels Romer ne s’épanche qu’avec beaucoup de pudeur, d’ailleurs), l’auteur nous dresse un portrait familial à la
fois tendre et grinçant. On croisera un père assureur pour lequel la vie est un ensemble de risques dont il faut méticuleusement se prémunir, un grand-père bercé d’illusions qui crée un réseau de
transports que personne n’emprunte ou encore une tante acariâtre aimant davantage ses chats que son mari.
Hormis ces personnages pathétiques, on est frappés par l’amour et le respect inconditionnels que
Romer porte à sa mère, une femme courageuse ayant subi les affres de la seconde guerre mondiale et qui supporte sans broncher les humiliations de sa condition de « boche », une fois
qu’elle s’est enfuie au Danemark pour y trouver du travail. Cochon d’Allemand est certes touchant, mais la linéarité du récit et l’absence de soubresauts dramatiques en font davantage le cahier d’un traumatisé de la
vie qu’un roman à proprement parler. Mais cela ne doit certainement pas vous détourner de l’envie de le lire.
Knud Romer – Cochon d’Allemand
(Editions Les Allusifs)
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