Nick Tosches : Confessions d'un chasseur d'Opium

Publié le par Systool

Ce n'est pas parce que l'on a passé une partie (pa pa pa pa...) non négligeable de sa vie à parler des autres (avec truculence) que l'on ne peut pas s'accorder quelques instants de répit égoïste. Nick Tosches s'est illustré comme l'un des biographes les plus en verve de l'étrange sous-culture américaine, dressant des portraits au vitriol de Jerry Lee Lewis (Hellfire), Dean Martin ou le boxeur Sonny Liston. Cet ancien chasseur de serpent (véridique) aux origines italo-irlandaises est considéré comme l'un des rock critics les plus valides qui soient, collaborant notamment avec Rolling Stone et Creem. Auteur de romans tels que In the Hand of Dante, son style déroutant représente à la fois une ode aux grands poètes classiques tels qu'Homère et Dante et un verbiage new-yorkais des bas-fonds. Dans Confessions d'un Chasseur d'Opium, le narrateur – dont on peut aisément supposer qu'il s'agit de Nick Tosches in persona – se met en quête du poison céleste, symbole de luxuriance et d'une félicité disparues. Le titre français est un clin d'oeil évident aux Confessions d'un Anglais mangeur d'Opium, récit de Thomas de Quincey ayant inspiré Baudelaire pour la rédaction de ses Paradis Artificiels. Ce que Tosches constate, c'est qu'à notre époque, il devient difficile de débusquer une vraie fumerie d'opium, puisqu'aux quatre coins du monde, on préfère fourguer les drogues qui provoquent des effets plus marqués et qui génèrent davantage de profits.

 



Tosches l'esthète, Tosches le puriste va donc se lancer dans une mission qui le mènera à Hong-Kong, en Thaïlande et au Cambodge, où il refusera systématiquement le speed, l'ecsta, l'héroïne et les enfants en bas âge qu'on lui proposera pour une bouchée de pain. Lui, ce qu'il souhaite par-dessus tout, c'est goûter aux joies du Papaverum somniferum, ce remède célébré par les Sumériens, les Grecs et les peuples du fameux Triangle d'Or. Certes, il se rendra compte que l'image des salons feutrés et luxueux, produit de notre inconscient collectif, est quelque peu galvaudée, mais bon.


Etendu là, regardant autour de moi, je me souviens de mes anciennes visions romantiques de la fumerie d'opium où j'étais appelé à m'étendre depuis ma naissance : les rideaux de brocart noir et les coussins de velours, la voluptueuse décadence des concubines exotiques allongées, leurs membres gracieusement détendus. Bon, la vieille Mme Chiang a peut-être les membres détendus, mais c'est le seul rapport entre mes visions et le lieu où je suis. Cet endroit est un véritable trou à rats.


Crucifiant l'Occident vide de sens et de substance, l'auteur s'en va célébrer la nourriture sacrée des Dieux à l'autre bout de la planète. Inutile de préciser que, de par leur délicieux parfum d'interdit, ces 80 pages sauront séduire l'opiomane qui sommeille en vous.



Nick Tosches – Confessions d'un Chasseur d'Opium

(Editions Allia)

Publié dans Books

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SysTooL 03/07/2009 19:29

C'est vrai que je m'aventure en terres périlleuses... l'ordre des médecins va me bannir pour ces phrases tendencieuses... :-)

D&D 03/07/2009 17:12

Mazette, voilà qui n'est délicieusement point politiquement correct, mon cher docteur :-)Et dire que j'ai "In the Hand of Dante"... Et dire que je ne l'ai pas encore lu...Nan mais des fois, j'te jure...

SysTooL 24/05/2009 13:48

Mais non, mais non... :-) Je n'oserais pas!

rxqueen 24/05/2009 13:37

Tu fais dans la propagande pour produits illicites ^^C'est maaaaal :P