Paul Thomas Anderson : Magnolia ? Forever!

Publié le par systool




Paul Thomas Anderson, à ne pas confondre avec Paul W.S. Anderson (Mortal Kombat, Resident Evil, Alien vs. Predator), est né le 1er janvier 1970, en Californie. Elève moyen et viré du bahut pour mauvaise conduite, il s’orienta rapidement vers une carrière de réalisateur. La pornographie étant l‘un de ses centres d‘intérêt majeurs à l‘époque, il débuta avec un court documentaire inspiré de John Holmes, acteur de porno à l’organe reproducteur bien développé. Ce sujet sera à nouveau abordé quelques années plus tard avec Boogie Nights. Après un court-métrage intitulé Cigarettes & Coffee dont Jim Jarmusch s’est grandement inspiré dix ans plus tard avec Coffee & Cigarettes (!!!), Anderson réalise son premier film en 1995: il s’agit de Hard Eight (Double Mise), qui retrace le parcours de John (John C.Reilly), un homme fauché qui rencontre dans un drive-in un vieux joueur désabusé interprété par Philip Baker Hall. Ce dernier va lui donner un peu d’argent et l’initier aux joies du casino. Ce premier film, bien qu’inférieur aux suivants, nous montre déjà les talents du jeune Anderson : une mise-en-scène rigoureuse et originale, des dialogues drôles et percutants, la capacité aujourd’hui rare de créer une atmosphère. A noter la présence de Gwyneth Paltrow, qui interprète une prostituée dont John va s’enticher, ainsi que Samuel L. Jackson, qui campe un malfrat rigolard. Malgré des réactions très positives ainsi que le prix des critiques de Los Angeles, le film eut un succès plus que limité en salles en raison de l‘anonymat de son créateur.

Deux ans plus tard sort l’un des joyaux de Paul Thomas Anderson : Boogie Nights. Nous y suivons un jeune homme, Dirk Diggler, qui va percer dans le milieu porno des années 70 grâce à son gros kiki. Le rôle principal sera attribué à Mark Whalberg, jusqu’alors chanteur de rap assez piteux, qui est plus que convaincant au niveau de son jeu d’acteur et de son coup de rein. On retrouve également Burt Reynolds (le producteur) ainsi que les acteurs fétiches d’Anderson : Philip Seymour Hoffman, John C. Reilly, Philip Baker Hall, William H. Macy ou encore Julianne Moore. On sent une amélioration notable dans la technique du jeune réalisateur, surtout au niveau du rythme et du style, parfois proche du Scorsese des meilleurs jours. Boogie Nights reçut plusieurs nominations pour les Oscars et les Golden Globes, mais aucune de ces statuettes ne trônait encore sur la cheminée de notre ami Paul Thomas. Néanmoins, le film bénéficia d’un très bon accueil et il est considéré comme l’un des meilleurs de la décennie!



En 1999, c’est Magnolia qui voit le jour. Ce nouveau chef-d’oeuvre retrace la journée de 9 personnages, tous reliés les uns les autres à des niveaux différents : producteur en fin de vie, flic tombé amoureux d’une toxicomane, petit génie qui participe à une émission télévisée...Chacun d’eux va voir sa vie changer en quelques heures, pour le meilleur et pour le pire. Encore une fois, la trame dramatique du film est nuancée par des aspects burlesques et comiques et Anderson développe certains thèmes qui lui sont chers : la relation parent-enfant, la maladie, la drogue, le business...On remarquera la présence des « acteurs-fétiches » précités, avec l’addition notable de Jason Robards (Il était une fois dans l’Ouest) ainsi que Tom Cruise, qui joue un gourou phallocrate désopilant. Ce rôle lui vaudra d’ailleurs le Golden Globe et l’Academy Award du meilleur second rôle secondaire. Aimee Mann obtiendra les mêmes récompenses pour la musique, quant à Anderson, il récoltera un Academy Award pour la mise-en-scène ainsi que l’Ours d’Or de Berlin en 2000.



Le dernier film en date de P.T. Anderson est Punch-drunk Love (Ivre d’Amour), une comédie dramatico-romantique plus légère que ses oeuvres précédentes, mais toujours touchante et décalée. Adam Sandler, qui se contente habituellement de comédies stupides, y incarne un homme d’une timidité extrême et pris parfois d’accès de violence. Il rencontre pourtant une femme dont il tombera amoureux...Pour Anderson, c’est une récompense de plus, et pas des moindres : la Palme d’or du meilleur réalisateur en 2002.
Il est intéressant de noter que l’un des thèmes centraux de ces quatre films est la famille : Dans Hard Eight, Sydney (P.B.Hall) aide John à en construire une après avoir détruit la sienne ; dans Boogie Nights, Dirk Diggler trouve en ses partenaires et les producteurs une sorte de seconde famille, tandis que les relations familiales sont présentes tout au long de Magnolia. Enfin, dans Punch-drunk Love, Adam Sandler est confronté à l’attitude asphyxiante de ses sept soeurs!
Acclamé par les critiques, adulé par de nombreux acteurs qui désirent tourner avec lui, Anderson n’a pas encore pu jouir des faveurs du grand public, en raison sans doute de la thématique assez grave de ses films et de l’absence de grosses explosions, de poursuites en voiture et de bimbos siliconées. Il s’agit de toute façon d’une règle plutôt que d’une exception dans le milieu du cinéma ; l’important est qu’il existe toujours des gens intègres qui essayent d’exprimer des préoccupations universelles sans trop se soucier du nombre d’entrées réalisées...

Publié dans Directors

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D
C'est vrai qu'Adam Sandler a joué dans pas mal de merdes ( la pire à mon avis : le remake de MrDeed , de Capra . Affligeant  ! !).En revanche il a joué dans ce petit bijou qu'est "Wedding Singer" , petit film faussement inoffensif qui en dit bien plus long qu'il n'y paraît au premier abord ...
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S
Ah Mr Deed... oui! Par contre, pas vu "Wedding Singer"... Merci Daniel!!
A
Désolé je n'ai pas vu "short cuts", même s'il est vrai que j'en ai entendu plutot que du bien. Je crois qu'il va falloir que je me force à le mater au moins pour rendre hommage à Altman.

Par contre ce qui me rend fou, c'est lorsqu'on compare Magnolia à Collision, c'est une vrai escroquerie, ce film est insipide au possible, il ne dégage jamais cette poésie qui enrobe tout le film de PT Anderson et qui fait tout son charme.
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S
Hello! Je te disais cela parce que l'on compare souvent, et à raison, je pense, MAGNOLIA au chef d'oeuvre de Robert Altman, que j'ai vu après le film d'Anderson, à vrai dire...Et pour COLLISION, j'imagine qu'un journaliste ou même un "spectateur" lambda peut le comparer à MAGNOLIA s'il possède ce côté "destins croisés"... il faudra que je le voie pour te donner mon avis sur cette comparaison... d'après ce que j'ai pu lire, il a obtenu l'an dernier l'Oscar du meilleur film, mais la réaction a été plus que mitigée...
A
Magnolia est une superbe oeuvre visuelle et sonore.

Je vais redire ce qui a déja été dit: ce qu'il y a de plus fascinant dans ce film c'est bien cette incroyable symbiose entre le film et la musique, je crois qu'Anderson ne pouvait pas trouver mieux qu'Aimee Mann pour faire l'illustration sonore de son oeuvre.

Cette synergie contribue a faire de ce film l'une des oeuvres les plus fascinantes que j'ai vu: du début à la fin il se dégage quelque chose d'indéfinissable: mélange d'amertume et d'espoir naif, qui prend au coeur tout de suite et sans explication.
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S
Je ne peux qu'être d'accord avec ta decription étant donné qu'il s'agit de l'un de mes films favoris ;-)Au fait, qu'as-tu pensé de SHORT CUTS auquel on compare souvent MAGNOLIA?A bientôt
A
Très bon réalisateur, je viens de découvrir punch drunk love, que dire si ce n'est "bravo"?
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S
Ciao Anarchange (joli pseudo, d'ailleurs)J'adore PT Anderson... même si je préfère BOOGIE NIGHTS et MAGNOLIA que je te conseille vivement si tu ne les as pas vus... plus tragique et classieux que PUNCH DRUNK LOVE... moins romantiques et absurdes...
B
par rapport aux coms ci dessus, je me permets d'apporter mon opinion :
"maintenant qu'on s'est rencontré, est-ce que tu verrais un inconvénient à ce qu'on ne se revoit plus jamais ".je trouve cette citation tres aphrodisiaque MDR  mais j'ai une excuse  : j'aime bcp le film de anderson & la musique de Mann ( smiley).
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S
Ben y a pas de mal, Bagheera :-D