L'Etrange Histoire de Benjamin Button (David Fincher, 2008)

Publié le par Systool

C'est fripé comme une peau de couilles (pardon) que Benjamin Button fait son entrée dans la cour des vivants. Une mère morte en couches, un père (Jason Flemyng) bien emprunté à l'idée d'élever seul un enfant dont les jours semblent comptés. Ainsi, papa Button, qui s'est illustré dans la fabrication de boutons, dépose le couffin à l'entrée d'une petite maison avec 18 Dollar en guise de remerciement. Benjamin sera recueilli par Queenie (Taraji P. Henson), une jeune afro-américaine qui tient... un home pour personnes âgées à la Nouvelle Orléans, à la fin de la première guerre mondiale! L'étrange destinée de Benjamin Button veut qu'il soit né physiquement âgé et qu'il rajeunisse au fil du temps. Ainsi, il ne fera pas tache dans cet établissement : perclus d'arthrite et sans un poil sur le caillou, Benjamin devient cependant plus fort (et plus beau) de jour en jour là où les autres déclinent irrémédiablement. Ils déclinent comme Daisy (Cate Blanchett) qui, en 2005, vit les dernières heures de son existence, dans son lit d'hôpital et rongée par la maladie. Par l'intermédiaire d'un manuscrit rédigé par Benjamin, Daisy va dévoiler à sa fille Caroline (J. Ormond) un pan majeur de son parcours : elle a rencontré ce fameux Button et a vécu une curieuse histoire d'amour avec lui.



Benjamin Button, avant et après... à moins que ce ne soit l'inverse...





A peine deux ans après ZODIAC, David Fincher est de retour avec une adaptation du roman de Francis Scott Fitzgerald, transposé, pour ce qui est de sa partie actuelle, dans la tourmente de l'ouragan Katrina qui a dévasté New Orleans il y a quelques années. L'oeuvre du réalisateur de SE7EN, FIGHT CLUB et PANIC ROOM a souvent été considérée comme tape-à-l'oeil, privilégiant la forme plutôt que le fond. Avec son précédent long-métrage, qui retraçait la sombre affaire du tueur en série de San Francisco ayant sévi dans les années 70, Fincher nous proposait une patine nettement plus sobre et réaliste, ceci parfois au détriment du divertissement cher au public américain. Le rendu stylistique de L'ETRANGE HISTOIRE DE BENJAMIN BUTTON se veut encore plus classique : un cadre posé, l'absence d'effets superflus et un aller et retour métronomique entre le destin de Button et le ressenti de Caroline, au chevet de sa mère mourante. Naviguant entre le conte doucement métaphysique et la romance impossible entre Benjamin et Daisy, le récit repose sur la prestation de Brad Pitt (à sa troisième collaboration avec Fincher), qui incarne un individu taciturne, réservé et poli. On imagine que vivre « à l'envers » pourrait causer quelques désagréments, mais Button semble s'en accomoder, tout comme son entourage, d'ailleurs, à l'image de ses parents adoptifs pas le moins du monde gênés par cette particularité. Fincher décide d'éluder la répercussion qu'une telle destinée pourrait avoir sur la population générale (un Button phénomène de foire, Elixir de Jouvence naturel), préférant se concentrer sur l'histoire d'amour avec Daisy, une petite fille que Benjamin rencontrera dans le home et qui s'illustrera comme une excellente danseuse de ballet.


Votre film de Noël, présenté par Tim B... euh, David Fincher!


Fincher semble pécher quelque peu par la teneur de son scénario, se limitant à une histoire qui coule tranquillement sous nos yeux, telle une paisible rivière (qui remonterait le courant, certes) : c'est joli, c'est mignon, mais à aucun moment surprenant. Tout se passe exactement comme on l'imagine et les sujets universels qu'il aborde (la vieillesse, la paternité, l'amour) ne possèdent pas ce caractère incisif auquel on s'attendrait, faisant de BENJAMIN BUTTON une sorte de FOUNTAIN gériatrique. Alors, bien entendu, la prestation des acteurs est à l'unisson – avec une mention spéciale à Cate Blanchett – et le rendu visuel, notamment la lumière, s'avère appréciable, mais je peine à comprendre l'engouement qu'un tel film a suscité (14 nominations aux Oscars), de même que j'avais de la difficulté à saisir la mise à sac d'autres réalisations de l'Américain. C'est peut-être ça aussi, l'étrange histoire de David Fincher...




L'ETRANGE HISTOIRE DE BENJAMIN BUTTON

USA – 2008

Réalisé par David Fincher

Avec Brad Pitt, Cate Blanchett, Julia Ormond



 

 

 

 

 

 



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Publié dans Movies

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SysTooL 02/03/2009 13:58

C'est le moins qu'on puisse dire!

eelsoliver 01/03/2009 22:50

Purée Ska, comment tu descends ce film, je vois que les commentaires sont très diverses et que ce film fait débat...

SysTooL 01/03/2009 13:49

Ska : Finalement, tu reprends exactement mes impressions (sauf que tu les énonces de façon plus explicite! :-))C'est drôle que tu compares ce film à Forrest Gump - ce soit être intentionnel - puisque tu n'es sans doute pas sans savoir que Eric Roth est le screenwriter de ces deux films!

Ska 28/02/2009 22:25

Pour moi, ce film fut juste atroce...Le personnage principal est si inconsistant que l'ennui m'est tombé dessus très vite. Pure surface sur laquelle filent les années et où s'entassent les effets et les maquillages, Brad Pitt, là-dedans, n'incarne rien, juste une idée (belle au demeurant), mais il n'habite en rien le film... Le fondement du film rappelle l'horrible et tristement réactionnaire Forrest Gump (un type qui traverse des décennies de l'histoire d'un pays, le côté "gentille fable morale"), mais le monde n'y est pas. Il n'y a rien de "vivant autour de Pitt et Blanchett.... Tellement focalisé sur l'histoire d'amour de deux personnages profondément lisses et inconséquents, Fincher oublie de filmer le monde dans lequel ils vivent, ces Etats-Unis du XXe siècle que le film traverse pourtant de part en part... Quant à cette construction paresseuse avec les retours systématique au chevet de l'héroïne mourante à qui sa fille lit le journal de Button, c'est d'une médiocrité scénaristique étonnante. Paresseux, oui. Et c'est pour ça qu'on s'ennuie. Car le scénario ne dispense aucune dynamique à ce récit qui s'écoule morne et monotone, comme la vie du héros...Je ne parle pas de la musique sirupeuse et omniprésente...Et puis surtout, il y a cet échec manifeste à traiter l'enfance... Que ce soit au début ou à la fin du film (si vite expédiée dès lors que Pitt n'est plus à l'image), il y a un refus manifeste de se confronter à l'enfance. Il ne suffit pas dans un plan fugace de montrer le jeune vieillard jouer avec des figurines pour nous faire gober que c'est un enfant... Et à peine, à l'autre bout du film, rentre-t-il dans la fin de sa vie (l'enfant qui devient sénile, amnésique, sujet passionnant, mais perturbant, c'est sûr) que le film s'arrête... Aveu d'incapacité à traiter les facettes les plus prometteuses, les plus stimulantes de cette histoire pour rester dans les rails neuneu de ce qui se fait de pire dans le cinéma hollywoodien qui vise les Oscars. Le mystère, c'est vraiment de savoir où est passé Fincher. C'est le grand absent du film. Et si j'aime Seven, Alien 3, Zodiac ou Fight Club, je ne suis pas un inconditionnel : j'avais trouvé The Game consternant et Panic Room bien trop convenu. Eh bien là, avec ce film inepte, il a réussi à faire encore pire. Bien dommage...

SysTooL 23/02/2009 11:03

Eels : Je crois surtout qu'on a le droit de ne pas être emballé par ce film ;-) Mais je te laisse le bénéfice du doute