Sergio Leone : Pour une poignée de Malabars

Publié le par systool

Les années 60 ont certainement été l’une des périodes fastes du cinéma transalpin : pensons notamment à Federico Fellini, Luchino Visconti, Michelangelo Antonioni et bien d’autres. Eh oui, la Ritalie ne rime pas exclusivement avec pizza et spaghetti bolognese...
Les Spaghetti, parlons-en d‘ailleurs! Car quand on pense à Sergio Leone, le terme western spaghetti, péjoratif et réducteur à souhait, nous vient immanquablement à l’esprit. Né en 1929 à Rome, fils d’un réalisateur de films muets, le jeune Sergio fait ses classes comme scénariste de plusieurs épopées romaines tels que Les derniers jours de Pompei ou Le Colosse de Rhodes. Lassé de filmer des machos en sandales, Leone va s’attaquer à un autre genre cinématographique alors sur le déclin : le western. Leone nous livre tout d’abord Pour une poignée de Dollars (1964), premier volet de sa Trilogie des Dollars.

L’histoire est intégralement tirée du Yojimbo de Kurosawa, où l’on suivait un samouraï mercenaire venu offrir ses services à deux clans rivaux d’un village paumé. La différence majeure réside dans le fait que Leone a transposé l’histoire dans un patelin tout aussi paumé, mais cette fois dans le désert américain (même si les scènes ont été tournées en Espagne!). Exit le sabre du ronin japonais, voici la gachette de l’Homme sans Nom, un pistolero interprété par Clint Eastwood, beau gosse avec le style dans son premier rôle important. Le film est très bien accueilli aux Etats-Unis et Sergio Leone devient vite le chef de file d’un nouveau type de western, ceci grâce à sa vision inédite du genre : le héros est un être mystérieux et taciturne, tout aussi violent et avide de richesses que ses adversaires. La musique, composée par le talentueux Ennio Morricone, tient une place prépondérante dans l’imposition des scènes. Autre marque de fabrique de Leone : les duels au pistolet, lents et tendus, avec des zooms incessants sur les yeux des protagonistes. Confronté à un succès aussi inattendu que mérité, Leone ne s’arrête pas en si bon chemin et sort un an plus tard Et pour quelques Dollars de plus, séquelle des aventures de l’Homme sans Nom, toujours joué par Eastwood qui semble y avoir pris goût. Ce dernier incarne un chasseur de prime voulant mettre la main sur Indio, un chicanos barbu et druggy désireux de dévaliser la banque d‘El Paso. Mais c’est sans compter sur le Colonel, joué par Lee Van Cleef, dont le visage de fennec s’accorde parfaitement avec le décor. A noter l’utilisation particulière de la musique, présente successivement dans la scène elle-même (matérialisée par une montre-gousset) et comme arrière-fond.


En 1967 c’est Le Bon, la Brute et le Truand, classique parmi les classiques, qui voit le jour. Il s’agit du troisième et dernier épisode de la Trilogie des Dollars, mettant en scène respectivement Clint Eastwood (Blondin), Lee Van Cleef (Angel Eyes) et Eli Wallach dans le rôle de Tuco, un bandit dont la tête est mise à prix dans toute la région. Ces trois personnages sont à la recherche d’une grosse somme d’argent enterrée dans un cimetière. Histoire de corser l’affaire, Blondin est le seul à connaître le nom de la tombe et Tuco le nom du cimetière... Le thème musical principal est sans aucun doute l’un des plus célèbres du cinéma et le duel (ou plutôt « triel » comme disait Leone) de fin est énorme. Tout simplement un monument du western spaghetti.
A ce moment de sa carrière, Leone a l’impression d’avoir suffisamment exploré ce genre et voudrait passer à autre chose. Un nouveau projet trône sur son bureau : Il était une fois en Amérique, histoire retraçant la vie d’un gangster new-yorkais à l’époque de la Prohibition. Confronté au succès de ses westerns et mis sous pression par les producteurs, Leone décide d’abandonner momentanément ce rêve et s’attèle à ce qui s’avérera le western ultime : Il était une fois dans l’Ouest (1968).

Ce film met en scène Charles Bronson, dans le rôle du justicier solitaire qu’il reprendra souvent par la suite. Celui-ci s’allie avec Cheyenne (Jason Robards) pour éliminer Frank, un tueur impitoyable interprété par Henry Fonda. Pourquoi, me direz-vous? Eh bien, il se trouve que Frank a été engagé par un certain Morton, entrepreneur dans l’industrie alors naissante du chemin de fer, pour mettre la main sur une parcelle de terrain qu’il convoite. Une fois le proprio liquidé, ils devront encore se débarrasser de sa jeune femme, jouée par la sublime Claudia Cardinale. De plus, on apprend que le personnage de Bronson a de vieux comptes à régler avec Frank... Le générique du film, le plus long de l’histoire du cinéma (10 minutes) annonce la couleur : Leone prend son temps pour installer une véritable atmosphère qui confère au film sa plus grande force. Par ailleurs, l’entrée en scène de chacun des personnages principaux est accompagnée par un thème musical, encore une fois composition de Ennio Morricone : tantôt un harmonica (Bronson), tantôt la partition inquiétante annonçant Fonda, ou encore des notes sautillantes et mariachi pour Cheyenne. Ce film, que beaucoup considèrent comme le chef d’oeuvre ultime de Sergio Leone, sera suivi de Il était une fois la Révolution (A Fistful of Dynamite en anglais), nettement inférieur mais qui ne doit pas être oublié pour autant. Il retrace le parcours d’un bandit mexicain qui rencontre un terroriste de l’IRA en fuite (James Coburn). Le style est sensiblement différent du travail antérieur de Leone ; les scènes dramatiques sont en effet entrecoupées de répliques et de situations comiques, pour ne pas dire burlesques. Comme d’habitude, la bande-son de Morricone donne beaucoup de profondeur au film tout en nous proposant à son tour des thèmes inédits, très expérimentaux et entêtants.
Il faudra ensuite attendre plus de dix ans pour découvrir un nouveau film de Sergio Leone et cette fois, son vieux rêve se réalise enfin : Il était une fois en Amérique (1984), fruit d’un travail long et passionné.


Robert de Niro et James Woods incarnent les personnages principaux de ce chef d’oeuvre qui dure près de 4 heures. Et c’est le temps qui convient pour cerner le caractère complexe de Noodles (De Niro), son enfance mouvementée, son long séjour en prison pour avoir vengé un de ses amis, les années florissantes du ganster-ariat et enfin son retour à New York, trente cinq après s’être enfui pour echapper à la Police qui avait déjà tué ses partenaires. En toile de fond, son amour torturé pour Deborah qui tentera maintes fois de le détourner de cette mauvaise vie. La dernière scène du film, où l’on voit, au détour d’un dernier flashback, le jeune Noodles souriant et apaisé par l’opium, est la conclusion à la fois majestueuse et énigmatique de ce classique du cinéma. Et également la note finale de la carrière sans pareil du grand réalisateur italien qu’est Sergio Leone.

Publié dans Directors

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S
C'est vrai qu'on peut dire que Leone a en quelque sorte révolutionné le genre du western, proposant des personnages aux limites du bien et du mal assez floues, de longs plans-séquences... Un mythe!
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T
Leone a réinventé le western, pour en faire un spectacle total !
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G
Donc c'est lui SERGIO LEONE
je le voyais pas comme ça
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S
Ben oui, c'est lui... enfin! C'était lui :-DA+ Gigi
M
Salut Systool,J'ai un train du far west en retard vu la date de parution de l'article mais ton blog est si riche que je le découvre au fur et à mesure.Bravo pour cet article qui rend hommage à un réalisateur formidable quia tout fait et même de l'érotique je crois. Ces westerns sont un modéle du genre, une antithèse du western US.Enfin un homme qui nous réconcilie avec l'Italie ( allusion footbalistique ).Bonne soirée.
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S
Hello Merengue... ouais il date cet article, mais vu le nombre réduit de comms, ça me fait plaisir que tu laisses un mot. un tout grand du cinéma que ce Leone...Sinon pour l'Italie, moi je suis très content, puisque je suis italien d'origine :-DA+
P
Je m'arrêterais simplement sur Once upon a time in America, à mon sens le plus grand film de l'Histoire du cinéma++
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S
Tout est dit.