Chuck Palahniuk : Face de Culte (biographie)

Publié le par systool

 

Chuck Palahniuk (prononcez « Paul-à-Nique » avec l'accent amerloque), au même titre que Bret Easton Ellis et Douglas Coupland, est l’un des grands auteurs nord-américains qui ont été révélés ces dernières années ; son style sans concession et ses personnages débridés lui ont valu la considération des critiques et une place de choix parmi les écrivains de la prétendue Génération X, la génération perdue.

 



Charles Michael Palahniuk est né à Pasco, Etat de Washington, en 1961. Son diplôme de journaliste en poche, il déménage à Portland, Oregon (où il vit encore avec ses deux chiens) et dans l’attente d’un poste, il se rend utile en travaillant comme mécanicien. Durant son temps libre, il officie comme volontaire dans un hospice pour patients cancéreux ou atteints du SIDA ; cette activité semble l’avoir convaincu à se mettre sérieusement à écrire, cette fois comme romancier.

Nous sommes en 1994. Son premier roman, Invisible Monsters, est refusé par les éditeurs qui le trouvent trop choquant. Amer, Chuck s’attelle à l’écriture d’une nouvelle histoire, Fight Club. Acclamé par la critique, il ne se vendra qu’à quelques milliers d’exemplaires la première année de sa parution. Mais son adaptation au cinéma par David Fincher (Se7en, The Game) en 1999 lui permettra de se faire enfin connaître du grand public et de republier Invisible Monsters dans une version légèrement remaniée. Ces deux premiers romans traitent de la thématique de l’homme moderne, matérialiste et aux intérêts futiles, qui se retrouve tout à coup mis à nu : le personnage principal de Fight Club, yuppie new-yorkais comme il y en a tant, rencontre un secoué du bocal anarchiste qui va l’initier aux joies des combats clandestins et à la fabrication de savon ; l’héroïne de Invisible Monsters est mannequin, mais un accident de voiture va la défigurer et la propulser de l’autre côté de la barrière ténue de l’esthétisme.

 



Son effort suivant, Survivor, est également un classique schizophréniforme. Tender Branson, dernier survivant d’une secte adepte d’un culte de la mort, est à bord d’un avion sur le point de s’écraser. Avant cela, il va nous raconter son parcours saisissant : son éducation et son métier de domestique, ses rencontres, son rôle de Messie médiatique bourré aux stéroïdes.

En 1999, un événement tragique intervient dans la vie de Chuck Palahniuk : son père, Fred Palahniuk, et sa nouvelle compagne, Donna Fontaine, sont assassinés par Dale Shakleford, l’ex de Donna qui avait été incarcéré quelques années auparavant pour abus sexuel sur cette dernière. Cet homme fut condamné à mort en 2001. Il faut dire qu’on avait déjà donné en matière de meurtre dans la famille Palahniuk. Ainsi, le grand-père de Chuck tua sa femme dans un accès de folie et son fils Fred réussit à en réchapper, caché sous un lit...

 


En 2001, c’est Choke qui paraît. Et désormais, chaque nouveau bouquin de Chuck est classé Bestseller selon le New York Times. Choke relate l’histoire de Victor Mancini, un sexoolique (drogué du sexe) qui passe ses journées à l’hôpital où se trouve sa mère et dans un parc d’attraction où il travaille comme figurant. Sans oublier son passe-temps favori : faire semblant de s’étouffer dans les restos chics pour gagner la compassion d’un client qui pourrait le « sauver » et payer sa note au passage… Ce roman contient comme les précédents les caractéristiques d’écriture de Chuck Palahniuk : sujets grinçants racontés avec des phrases souvent brèves et des termes crus, mais avec une portée bien plus philosophique et symbolique qu’il n’y paraît. Chuck fait également appel à des choruses (refrains) : une expression qui revient tout au long du roman. Voici un exemple tiré de Choke :
« Tout ce que je peux voir, c’est qu’elle n’est pas trop bonne danseuse et, assurément, ce manque de coordination signifie une sclérose latérale amyotrophique.
Voir aussi : Maladie de Lou Gehrig.
Voir aussi : paralysie totale.
Voir aussi : crampes, fatigue, sanglots.
Voir aussi : mort. »

 

 


On remarque d’ailleurs que Chuck aime truffer ses bouquins de termes médicaux et il s’en donne à cœur-joie dans Invisible Monsters et Choke. Dans Survivor, on apprend notamment tout ce qu’il faut en matière d’économie domestique (comment manger correctement, comment préparer un homard, comment nettoyer une tache de sperme…).Pour ce qui est du sujet principal de ses romans, Chuck Palahniuk le résume bien dans le premier chapitre de Stranger than Fiction, son deuxième écrit non-fictionnel :“If you haven’t already noticed, all my books are about a lonely people looking for some way to connect with other people. In a way, this is the opposite of the American Dream”.

Une année après sort Lullaby (Berceuse en français). Les critiques ont salué le perfectionnement de son style et le fait qu’il évite désormais de jouer principalement sur des effets choquants. Berceuse raconte l’histoire de Carl Streator, un journaliste enquêtant sur le phénomène de la mort subite du nourrisson, entité médicale réelle sur laquelle les chercheurs se cassent les dents depuis plusieurs années. Carl apprend grâce à un ambulancier nécrophile que les parents des bébés décédés leur ont tous lu la nuit précédant leur mort une comptine tirée d’un recueil obscur. Accompagné d’une agente immobilière spécialisée en maisons hantées et de deux trippés mystico-écolos, il va tenter de mettre la main sur tous les exemplaires de cette berceuse.

En 2003, Chuck Palahniuk sort son premier récit non-fictionnel, Fugitives and Refugees : A walk in Portland, Oregon. Ce texte autobiographique nous fait suivre Chuck dans sa vie quotidienne et nous conte certains des événements de ces dernières années (les procès qu’on lui a intenté pour incitation à la violence, le succès après Fight Club…).

L’année suivante, c’est Stranger than Fiction qui nous tombe entre les doigts ; il est séparé en trois parties : PEOPLE TOGETHER raconte la vie de personnages que Chuck a rencontrées (des gens qui construisent des châteaux comme hobby, des bouffeurs de stéroïdes, des psychopathes invités à une fête…). PORTRAITS est une série d’interviews que Chuck a réalisé - Juliette Lewis, Marilyn Manson et Amy Hempel entre autres. Enfin, la troisième partie, PERSONAL, raconte certains des sujets qui lui tiennent à cœur (sa vie avant qu’il ne devienne connu, la genèse de Fight Club, le meurtre de son père…). Il faut savoir que grâce à son succès grandissant, Chuck écrit également comme journaliste en free-lance pour des magazines tels que Gear, Playboy ou encore LA Weekly. De plus, il passe plusieurs semaines dans l’année en tournée littéraire, principalement aux Etats-Unis. Pendant ces séances, il lit des passages de ses écrits récents ou encore inédits. L’ambulance n’est jamais très loin puisqu’on peut apprendre que 60 personnes se sont déjà évanouies à l’écoute de ses textes…

Son dernier roman en date s’intitule Diary (Journal Intime). On y suit Misty Wilmot, une artiste ratée et alcoolique vivant à Waytansea Island, une île touristique où elle travaille comme serveuse dans un hôtel. Son mari Peter, dans l’immobilier, se trouve dans le coma après un suicide manqué. Alors que les pages du journal intime de Misty s’égrènent, on apprend que de plus en plus de gens laissent des messages sur son répondeur : il semble manquer une pièce dans leur maison de plaisance. Misty va enquêter sur ce phénomène bizarre et découvrir que son mari paraît impliqué dans cette histoire et qu’il aurait sciemment muré lesdites chambres en y inscrivant des phrases menaçantes…

Parabole sur l'inspiration et la souffrance, Diary est salué par la critique et Ira Levin, auteur de Rosemary’s Baby révéré par Chuck, écrira ceci à propos de Diary : « Just for the record, Diary is as hypnotic as a poised cobra. Chuck Palahniuk demonstrates that the most chilling special effects come not from Industrial Light and Magic but from the words of a gifted writer”.

Dans l’attente de Haunted, un recueil de nouvelles bien barrées, on peut déjà trouver Guts sur le site officiel de Chuck (chuckpalahniuk.net), une véritable mine d’information où on se rend compte de l’impact de Chuck sur les jeunes et l’inspiration qu’il insuffle aux membres du Culte.

Parlons un peu cinéma pour conclure, ou plutôt ADAPTATIONS cinéma… Comme vous le savez, Fight Club a déjà été porté à l’écran, n’en parlons plus.



Les droits de la plupart des autres romans de Chuck Palahniuk ont déjà été achetés, mais il est difficile de vraiment prévoir ce qu’on en fera.
En ce qui concerne Survivor, le projet est au status quo. En effet, un film où un secoué détourne un avion pour s’écraser dans le désert est, comment dire, un sujet un peu délicat après les événements du 11 septembre 2001. Pour ce qui est de Invisible Monsters, le tournage aurait débuté en 2004 et on pense que Jessica Biel (qu’on peut voir dans 7 à la maison, no comment) interprétera le personnage principal. Enfin, des rumeurs persistantes nous annoncent que Choke devrait être adapté par Darren Aronofski (Requiem for a Dream) mais le principal intéressé n’aurait pas encore confirmé la nouvelle…


NOTE : vous pouvez obtenir des informations et des extraits de chacun des romans de Chuck Palahniuk en sélectionnant l'un d'eux sous la catégorie BOOKS de chuckpalahniuk.net. Depuis là, vous pouvez atteindre le site officiel du livre.


Publié dans Writers

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SysTooL 18/08/2009 07:58

Bon, c'est vrai que cet article n'est plus tellement à jour, par contre... :-)Mais tu trouveras une chronique de RANT un peu plus loin, si ça t'intéresse...

Jumbo 18/08/2009 01:17

Excellent article en effet, je ne savais pas pour le meurtre de son père (atroce!). Je ne savais pas non plus (enfin j'avais plutôt oublié je crois) que Invisible Monsters était son premier roman... Je l'ai terminé récemment et il m'avait pas mal déçu par rapport à Fight Club, étant donné qu'il est un peu dans le même registre... Mais là tout s'explique.

patoune 05/01/2008 20:55

Felicitations pour cette belle biographie. Je ne connaissais pas le personnage et je n'ai lu que Fight Club et Choke (d'ailleurs merci pour ton commentaire).

Choke est très .. choquant et je ne vois pas trop comment on peut l'adapter au ciné à moins de l'interdire au moins de 18 ans. mais bon wait and see !!!

Patoune de Loisirs and Co

Systool 05/01/2008 22:13

C'est sûr que le sexe, la maladie et tout ça, ce sont des sujets plutôt sensibles, surtout aux USA... mais dans les mains d'un bon réalisateur, ça peut donner quelque chose d'excellent. De toute façon, personne ne s'est penché dessus sérieusement, à ma connaissance... on achète les droits juste pour les avoir, mais après, on n'en fait souvent rien.Comme tu sembles avoir apprécié Fight Club et Choke, je te propose de lire Survivant ou encore Berceuse...A+ Patoune

Sycophante 30/05/2007 22:16

Mon Dieu, faîtes que le réalisateur de Pie et Requiem for a dream "comette" cette adaptation de Choke ! :)
Merci pour cet article, je ne savais pas que cet auteur avait connu des événements aussi dramatiques. Ca ma rappelle Elroy et sa mère !
Du coup, ça modifie quelque peu ma perception de son travail, ça le rend encore plus desespéré... A ce titre, j'ai entendu beaucoup de gens dire qu'il était tout simplement nihiliste, or je ne suis pas d'accord : je dirai plutôt qu'il est un "nihiliste mystique" car quand on lit Fight Club, et Choke, il y a un coté "desespoir existentiel" très présent car Palahniuk ne dit pas qu'il ne croit pas en Dieu, mais plutôt que (je cite) "Dieu existe et il ne nous aime pas" ! Sans vouloir occulter le coté trash de cet écrivain, je trouve qu'il est dommage que la plupart des gens le réduisent à cette dimension, tant pour moi il est un artiste angoissé très talenteux. Encore une fois, bravo de ne pas être tombé dans le panneau en écrivant ton article ! :)

Systool 30/05/2007 23:23

Effectivement, je pense qu'il serait un peu réducteur de dire que Palahniuk est simplement un nihiliste ;-)

wilbird 19/02/2007 19:08

Ouahhh salut Syst ça fait un bail.. :DJuste pour te dire que je viens de boucler "Berceuse"... Mouhahaha décidément j'adore ce type !@+ wilbird

Systool 19/02/2007 20:10

Ciao Wilbird! ça fait un sacré bout de temps qu'on s'était pas croisés, en effet... Comment ça va?Ah "Berceuse", j'ai bien aimé... enfin! Si on peut dire qu'on "aime" des histoires pareilles ;-)